KALHAUSEN

les années sombres

1939 – 1945



Document daté de décembre 1994 et mis à jour en août 2019

                                                                                            Claude Freyermuth



Préface

Pour la réalisation de ce document, je me suis fixé un triple objectif :

1) Mettre par écrit à l'occasion de la célébration du cinquantième anniversaire de la libération de KALHAUSEN, les 10 et 11 décembre 1994, les souvenirs de la période 1939/45 pour que les jeunes générations n'oublient jamais ces événements.


2) Présenter un ouvrage d'une lecture simple, accessible à tous, retraçant la stricte réalité du vécu de nos aïeux.


3) Assurer un apport supplémentaire dans la caisse de la fabrique de l'église en vue de la réfection intérieure de notre lieu de culte (le bénéfice réalisé par cette opération sera intégralement destiné à cet effet).




50 ans ont passé.
Les haines sont tombées.
Le temps efface les blessures.
L'entente et la paix se sont développées.

La génération de ceux qui ont vécu
la triste période de 1939 à 1945
arrive à bout de course,
ses rangs  commencent à être clairsemés,
les souvenirs risquent de s'estomper,
il faut les sauver de l'oubli ;
les transmettre sans passion ni rancune
afin que les jeunes se rappellent du temps passé.


Sommaire

I) INTRODUCTION

A) Situation géographique  
                                

B) Contexte historique

II) L’EVACUATION DES HABITANTS DE KALHAUSEN

A) Annonce de l'évacuation et préparatifs du départ  
                            

B) Voyage vers l'inconnu     
                  

C) Installation des évacués  

D) Vie quotidienne en Charente 
                      

E)  Extrait des registres paroissiaux de la période d'évacuation

III) L’ARMEE FRANCAISE SUR LE FRONT DE LA LIGNE MAGINOT

IV) L’ARMISTISE DE 1940

V) VIE A KALHAUSEN D’AOUT 1940 A 1944

A) Retour au village natal    
                                          

B) Administration de notre localité

C) Lente reprise d’une vie routinière

D) Expulsions 
                          

E) Malgré-nous, réfractaires et insoumis
                   

F) Sacrifice suprême 
                                                

G) Combattants de la liberté 

H) Autres exilés
                           

I) Déplacés dans notre village

VI) LA LIBERATION

a) Période pré-libératoire

b) Les libérateurs

c) La troupe U.S. cantonnée dans notre village

d) La libération de Kalhausen : le contexte historique par Bernard ZINS
          

e) Contre-offensive allemande et riposte de la 2ème D.B.

f) Opération Nordwind à Achen et Gros-Réderching par Bernard ZINS

g) Etape finale    
                           

h) Complément d'informations

VII) TEMOIGNAGES

VIII) CONCLUSION

ANNEXES



I) INTRODUCTION


a) Situation géographique du village de KALHAUSEN

KALHAUSEN est situé dans l'est mosellan, à l'extrémité sud-ouest du "Bitcherland". 17 km séparent le village de SARREGUEMINES qui est son chef-lieu d'arrondissement.

En 1939, KALHAUSEN compte 825 habitants dont 110 enfants scolarisés dans les trois classes de la localité.

On y trouve également :

- deux épiceries : Anne FABING / Jean-Pierre PEFFERKORN
- deux boulangeries : Ferdinand NEU / Nicolas FABING   
- une boucherie : Nicolas MULLER                                               

- deux quincailleries : Alex GROSZ / Madeleine LETT  
- un forgeron : Léon LETT
- un charron : Paul KIHL                                

- un menuisier : Pierre LENHARD
- un sellier-bourrelier : Jean SIMON                                                

- un cordonnier : Victor SIMKOWIACK                        
- un tailleur d'habits : Jean KORMILZIN.




b) Le contexte historique


En 1933, Adolf Hitler devient le chancelier de l'Allemagne, puis "Reichsführer" à la mort de Hindenburg en 1934. En même temps, du côté français, on commence à construire la ligne Maginot pour protéger la frontière du Nord-Est contre une éventuelle attaque allemande. De nombreux ouvrages (Simserhof à Bitche, Haut-Poirier à Achen, Welschhof à Singling…) et de nombreuses casernes (Achen, Bining, Légeret…) sont occupés par les troupes de forteresse.

D'autres troupes cantonnent dans la plupart des villages environnants. A KALHAUSEN, c'est le 26e Régiment d'Infanterie venu de Nancy qui prend ses quartiers pour un temps indéterminé.

D'importantes manœuvres ont lieu dans toute la région à partir de 1936.


 
La cuisine du 26e R.I. à KALHAUSEN.


Au cours des années 1937/1938, un film intitulé : "Sommes-nous bien défendus ?" est projeté dans les salles de cinéma, dans le but de rassurer la population sur l'efficacité du système de défense du territoire.

Le 11 mars 1938, Hitler débute sa campagne d'agrandissement du "Lebensraum" (l'espace vital) en annexant l'Autriche.

La France signe des alliances et des pactes de non-agression avec de nombreux pays.

Les habitants du village envisagent l'hypothèse d'une guerre imminente mais vaquent à leurs occupations habituelles.



 
L'équipe locale de foot en 1938/39
 



La fête patronale juste avant-guerre
Mme WECKER Cécile près du manège


Le 24 septembre 1938, un ordre de mobilisation générale rappelle les plus jeunes réservistes ; ils seront renvoyés dans leurs foyers quelques semaines plus tard.

Le 30 septembre 1938, Daladier, chef du gouvernement se rend en Allemagne pour rencontrer Hitler et Mussolini : les accords de Munich signés entre la France, l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie laissent les mains libres à Hitler pour envahir la Tchécoslovaquie.

En avril 1939, les deux plus jeunes classes de réservistes sont rappelées, pour de bon cette fois-ci. Le 1er septembre 1939 à l'aube, sans déclaration de guerre, les troupes allemandes envahissent la Pologne liée à la France par un traité d'assistance mutuelle.

La mobilisation générale est décrétée pour le 2 septembre 1939 à minuit. Certaines personnes se souviennent encore de ce fameux jour, lorsque les affiches de mobilisation ont été apposées sur les murs de la mairie et de l'église de notre localité.

La France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939.


II) L’EVACUATION DES HABITANTS DE KALHAUSEN VERS LA CHARENTE.

a) Annonce de la guerre et préparatifs de départ

Le vendredi 1er septembre 1939, l'ordre brutal d’évacuation tombe, il est entre 15h et 16h. À la mairie, le premier magistrat d'alors SIMON Jean, décachète l'enveloppe barrée de rouge déposée là depuis des mois et dont le contenu devait rester secret jusqu'au jour de l'évacuation pour laquelle elle contient des instructions précises établies par les autorités préfectorales.

Le tocsin sonne, puis par son de cloche, l'appariteur BELOTT Jean communique la triste nouvelle à tout le village. Les personnes encore occupées aux travaux des champs, principalement à la récolte du regain, sont rappelées d'urgence.

C'est le branle-bas de combat dans tous les ménages : 30 kg de bagages par personne sont autorisés ; on fait le tri, les affaires qui semblent les plus importantes sont fourrées dans des taies d'oreillers et des paniers.

Ceux qui ont des attelages préparent les chariots et sellent les bêtes. L'on se regroupe, ceux qui n'ont pas de chariot sont pris en charge par d'autres : familles, amis ou voisins. On installe les personnes âgées et les bagages sur les véhicules et le même soir, ce 1er septembre 1939, à 20 heures pour les premiers et minuit pour les derniers, commence l'exode.




Sur la route de l’exode, telle que nos réfugiés l’ont connue.

(Photo internet)
 

b) Le voyage vers l'inconnu

Les chariots partent en direction de RECHICOURT-le-CHATEAU, situé 15 km après Sarrebourg.

Afin de ne pas gêner d'éventuels mouvements de troupes, l'on suit un itinéraire spécial par des routes secondaires, via RAHLING, LORENZEN, DIEMERINGEN, BERG, EYVILLER, HIRSCHLAND, RAUWILLER, DOLVING et KERPRICH-aux-BOIS. Mais certains passeront par Sarrebourg, d'autres encore contourneront l’étang de STOCK et arriveront à LAMGUIMBERG où ils rencontreront Charles DEMMERLE, cantonné là, qui leur indiquera le chemin à suivre pour se rendre à destination.
RECHICOURT sera atteint plus ou moins rapidement selon que les attelages sont composés de chevaux ou de vaches. En tête de convoi se trouve le curé, l'abbé Albert MICHEL, alors âgé de 78 ans ; le maire et les membres de la commission d'évacuation ayant ordre de rester provisoirement sur place.


Anecdote amusante : lors du passage par SCHMITTVILLER, village non évacué, le curé de la paroisse l'abbé SCHOLVING, pris de pitié pour les évacués et désemparé lui aussi leur offre… de l'eau à boire dans la fraîcheur de la nuit.

Sept à huit jeunes avaient été désignés pour rassembler le bétail et le conduire par SCHMITTVILLER et RAHLING vers la vallée de l’EICHEL où les bêtes seraient prises en charge par l'armée. Ils rejoindront le convoi plus loin.
En chemin on se rend compte qu'il aurait mieux valu libérer les lapins, cochons et autres animaux domestiques afin qu'il ne meurent pas de faim, c'est pourquoi quatre jeunes retournent dans la localité pour ouvrir les portes des clapiers, des poulaillers et des porcheries.


Durant le voyage, un appel est fait pour vérifier que tout le monde est bien présent.
La seule personne à avoir refusé de quitter le village est PHILIPP Jean-Pierre. Cependant quelques semaines plus tard, après avoir réussi à vendre son cochon aux militaires, il est forcé de rejoindre ses compatriotes.

Les attelages lents passeront la nuit du lendemain à HIRSCHLAND, près de FENETRANGE et lorsqu'ils se remettront en route, ils essuieront un terrible orage. Les derniers mettront trois jours pour parcourir les quelques 55 km séparant KALHAUSEN de RECHICOURT.

Terrible épreuve que d'être jeté ainsi sur la route de l'exode, devant abandonner tous ses biens et sans rien connaître de la lointaine destination !

Les chariots sont surchargés de passagers et de bagages, parfois jusqu'à 10 occupants par attelage. Il est également à signaler que ce sont les domestiques de WEIDESHEIM qui prennent en charge et convoient les objets de culte de la chapelle et de l'église paroissiale (calices, ciboires, ostensoirs).

Arrivé à RECHICOURT, l'on s'installe tant bien que mal dans les maisons, dans des granges ou bien l'on passe la nuit à la belle étoile, dormant dans les meules de paille ou sur les chariots en attendant la suite, l'embarquement dans le train en direction de la Charente.

Quelques personnes ayant de la parenté en Meurthe-et-Moselle ou encore en Meuse préfèrent trouver refuge auprès des leurs.

Le jeudi 7 septembre, le reste des Kalhousiens quitte ce premier lieu de ralliement. Ils laissent sur place bêtes et chariots ; les personnes âgées sont installées dans les wagons à voyageurs, les autres avec leurs bagages entassés dans les wagons à bestiaux.

Imaginez le confort, les conditions d'hygiène : on est si serré qu'on ne peut même pas se coucher ! Imaginez l'épreuve que doivent endurer les vieillards, les malades, les jeunes enfants !



Cliquer sur la carte pour l'agrandir

 

Images de Charente telle que nos réfugiés l’ont trouvée en 1939

 




  Le château de Pleuville




Le château  d’Aizecq



Images de Charente en 1939







           



c) L’installation des évacués

Le vendredi de la semaine suivante, après un long et pénible voyage entrecoupé de nombreux arrêts où des équipes de la Croix-Rouge ravitaillent les voyageurs depuis les quais des gares, le convoi ferroviaire arrive enfin à ANGOULEME.

Voilà qu'on annonce maintenant à ces pauvres évacués fatigués par un long voyage, un changement d'affectation : le village de VITRAC-SAINT-VINCENT prévu pour accueillir les Kalhousiens a déjà été réquisitionné pour d'autres réfugiés.

Le train est alors obligé de faire une marche arrière de 40 km pour finalement entrer en gare de RUFFEC. De là, pris en charge par des bus et des camions, les évacués sont dirigés sur le village de BENEST où ils passeront ensemble la première nuit d'exil.

Pour ce premier soir en Charente, nos villageois sont invités à dîner dans les familles charentaises et sont hébergés dans différents bâtiments (écoles, château et autres), avant d'être le jour suivant répartis entre trois villages et leurs hameaux : 258 personnes trouvent refuge à BENEST, 152 à AIZECQ et 112 à PLEUVILLE. Les familles sont logées dans les maisons inhabitées en plus ou moins bon état, situées dans le bourg ou les écarts distants de 1 à 2 km du centre-village.


 


La maison GROSS quittée en 1939  



Celle attribuée en Charente
                                                                         

A PLEUVILLE, le château est à nouveau habité à raison d'une famille par pièce. Néanmoins les familles nombreuses ont quelques difficultés à trouver un toit, qui de surcroît est souvent troué. On dort à même le sol, sur de la paille ; par la suite, en confectionnera des lits de fortune. Souvent les nuits sont agitées par un cri strident qui réveille les dormeurs : "une souris" ; les puces et cafards ne manquent pas non plus.

Pensez un instant à ces Charentais sur lesquels se déverse ce flot de réfugiés venus de la lointaine Moselle, dont certains ne parlent même pas le Français. La langue est un obstacle à la communication pour les personnes d'un certain âge. En effet, ne parlant que le dialecte, elles se voient contraintes de s'exprimer par gestes afin de se faire comprendre. À cause de ce dialecte germanique parlé par la majorité des réfugiés, les Charentais les considèrent dans un premier temps comme les "Boches de l’Est", mais ce préjugé tombera bien vite.

Durant les premiers jours, une sorte de cantine est mise en place pour les évacués car faute d'ustensiles de cuisine, les familles exilées ne peuvent préparer les repas. Chaque famille viendra alors chercher les parts qui lui reviennent.



 
En route pour aller chercher leur ration à la cantine.



 
Personnes ayant trouvé refuge au château de PLEUVILLE
      

d) La vie quotidienne en Charente


La vie s'organise tout doucement malgré de nombreux problèmes d'adaptation dus à des conditions de vie différentes. Les réfugiés lorrains vont souffrir pour commencer du manque de confort des habitations charentaises : il n'y a souvent pas l'eau courante, ni l'électricité, ni les toilettes. Les maisons ne sont chauffées que par la grande cheminée de la salle commune. Et puis il a d'autres habitudes alimentaires : la "chopine" * , ce grand verre de vin rouge pouvant se boire à tout moment de la journée va remplacer la bière et il faut apprendre à "faire chabrol" * c'est-à-dire à verser une bonne rasade de vin rouge dans la soupe aux légumes avant de la manger.

Les réfugiés ne chômeront pas longtemps, la majorité d'entre eux ira travailler dans les différentes exploitations agricoles des villages afin de combler le déficit de main-d’œuvre provoqué par le départ des hommes au combat. D'autres pourront exercer leur profession : quelques jeunes filles confectionneront des uniformes pour les soldats français, même le facteur retraité reprendra du service pour distribuer le courrier aux gens de KALHAUSEN.

 
 
 
     Travaux dans les champs

Le curé installé à BENEST dira la messe tous les matins, ce qui étonnera beaucoup les Charentais plutôt non pratiquants et l'institutrice continuera d'enseigner dans les locaux du village d'accueil.



 
Les jeunes Kalhousiens à Pleuville

Une indemnité journalière de dix francs sera versée à chaque réfugié. Ce maigre revenu, auquel s'ajouteront des salaires tout aussi menus permettra d'acquérir quelques ustensiles de cuisine et souvent un petit fourneau, ce poêle cylindrique à trois pieds surnommé "poêle charentais" qui leur servira à préparer les repas.

Une parcelle de potager sera même gracieusement attribuée à certaines familles pour qu'elles puissent produire elles-mêmes leurs légumes. Il y aura également des distributions d'habits au profit des réfugiés mais cela créera quelques rivalités entre différentes familles, toutes voulant les plus beaux habits.


Certaines familles de cheminots seront par la suite regroupées à RUFFEC. Les permissionnaires venant essentiellement de la ligne Maginot, rendront visite à leurs familles et leurs connaissances. Les jeunes de la classe 1919 seront incorporés dans l’armée française pendant leur exil en Charente et même certains anciens seront rappelés sous les drapeaux.

Un journal intitulé "Le Lien" est diffusé par l'abbé GOLDSCHMITT, curé de RECH-les-SARRALBE et donne aux réfugiés des nouvelles sur les autres villages évacués.

Les bains dans la Charente où d'ailleurs on lave également le linge, sont très appréciés des plus jeunes. Une bonne coopération s'installe entre les Charentais et les Mosellans, des liens d'amitié se nouent. La majorité des familles accueillies en Charente y séjourne jusqu'après la signature de l'armistice, le 22 juin 1940. Seules quelques familles de fonctionnaires peuvent rejoindre la Lorraine avant cette date. Ainsi les habitants de KALHAUSEN retrouvent pendant presque une dizaine de mois une vie quasiment paisible à plus de 900 km de leur village d'origine.




  Les lavandières kalhousiennes au bord de la Charente


e) Extrait des registres paroissiaux de la période d'occupation


Des statistiques paroissiales, il ressort que huit enfants sont nés en Charente, sept personnes y sont décédées, et cinq mariages ont été célébrés.

a)    Les naissances :

1) Odette Jeanne FREYERMUTH le 02.11.1939 fille de FREYERMUTH Nicolas et de STARCK Frieda


2) Norbert FREYERMUTH le 15.11.1939 fils de Philippe FREYERMUTH et de Cécile DEMMERLE

3) Pierre STEPHANUS le 04.01.1940 fils de STEPHANUS Christian et de BRUCH Rosa

4) Thomas Gilbert HERRMANN le 17.02.1940 fils de HERRMANN Joseph et de LANG Marie

5) René SELTZER le 07.04.1940 fils de SELTZER Jacques et de RIMLINGER Marie

6) Marie KREMER le 22.04.1940 fille de KREMER Pierre et de PEFFERKORN Louise

7) Jean-Marie LUDMANN le 14.05.1940 fils de LUDMANN Alphonse et de REINHARD Marguerite

8) Jean-Claude DIER le 28.06.1940 fils de DIER Florentine

Dans le même registre apparaît à la date du 25.04.1940, la naissance de Jeanne Agnès ZINS, née à CHOLOY en Meurthe-et-Moselle, fille de ZINS Paul et de DIER Mathilde.

Trois autres naissances sont survenues pendant cette période, mais ne figurent pas dans les registres paroissiaux.

- François FREYERMUTH, né le 15. 02. 1940 à EPINAL (Vosges), fils de Laurent FREYERMUTH et de Joséphine DEMMERLE.

- Marie-Louise LOHMANN, née le 24. 08. 1940 à SAINT-GERMAIN de CONFOLENS (Charente), fille de Paul LOHMANN et de Mathilde BELOTT.

- André BORNER, né le 19. 08. 1940 à LOUDREFING (Moselle), fils de André BORNER et de Marie FREYERMUTH.

b) Les décès

1) GROSZ Florian le 09. 09. 1939 (61 ans), époux de FRANZ Marie

2) KREMER Camille le 22. 09.1939,
(6 mois), fils de KREMER Pierre et de PEFFERKORN Louise

3) METZGER Anne le 08. 12. 1939 (50 ans)

4) GROSZ Marie le 21. 12. 1939 (72 ans)

5) PEFFERKORN Mathilde le 07.02.1940
(54 ans), veuve de HERZOG Georges
   
6) DEHLINGER Clémentine le 03.03.1940 (70 ans), veuve de LENHARD Henri


7) HERRMANN André le 23.07.1940
(74 ans), époux de GROSS Marie    

Est aussi mentionné dans le registre, le décès de BOHL Marie (64 ans) à MOURONS (Meurthe et Moselle) le 21. 09. 1939, veuve de MULLER Auguste.

c)    Les mariages

1) Alphonse LUDMANN et Marguerite REINHARD le 10.10.1939


2) Pierre DANNENHOFFER et Clémence PEFFERKORN le 30.10.1939

3) Jean-Gabriel GERARD et Marie MEYER le 30.12.1939

4) Jean RONDIO et Catherine FERNER le 14.03.1940

5) Thomas REBMANN et Marguerite LANG le 30.09.1940



                                                                                                                                                                                                                                             Groupes de réfugiés en Charente



III) L'ARMEE FRANCAISE SUR LE FRONT DE LA LIGNE MAGINOT


Durant toute cette période, le village de KALHAUSEN est occupé par les troupes françaises. Pendant l'évacuation, les localités désertées sont placées sous l'autorité de la commission de sauvegarde et occupées par la troupe. À KALHAUSEN, l'état-major est installé dans l'ancienne maison LETT au centre du village, l'aumônerie militaire dans la maison JUVING Henri, au bas de la rue de la gare.

Parfois l'armée termine elle-même les récoltes. Les pillages sont inévitables malgré les mesures prises (affichage d'avis où les travaux forcés, puis la peine de mort sont requis contre les pillards) et dus au calme qui règne sur le front, à l’ennui engendré par l'inaction et l'indiscipline.
L'hiver 1939/1940 sera très rude.


Par roulement les soldats de la ligne Maginot sont relevés tous les trois mois, tandis que les unités d'intervalle placées entre les ouvrages se relaient pour consolider certaines positions ou bien profitent de périodes de repos dans les villages hors de la zone rouge.

Après une offensive française du 7 au 14 septembre 1939, puis le repli sur l'avant de la ligne Maginot, le "Sitzkrieg", guerre de position et d'observation, appelée aussi "drôle de guerre" par les troupes françaises se met en place. De nombreuses unités de nos forces sont faites prisonnières sans avoir pu livrer bataille.


Trente-huit militaires français tués au front lors de l'offensive de septembre 1939 sont enterrés à WEIDESHEIM.

IV) L'ARMISTICE

L'armistice signé le 22 juin 1940 à RETHONDES, coupe la France en deux et c'est la ligne de démarcation qui délimite la zone occupée de la zone libre. Même nos réfugiés souffrent de cette délimitation puisque les villages d'accueil se retrouvent de part et d'autre de cette ligne. L'Alsace et la Moselle sont purement et simplement annexées à l'Allemagne et sont incluses l'une dans le "Gau de Baden" et l'autre dans le "Gau Westmark", c'est-à-dire la région de la Marche occidentale. En plus un grand quart nord-est de la France est classé en zone interdite ; les contrôles frontaliers sont instaurés interdisant l'accès à toute personne de souche "étrangère".


 
 





V) LA VIE A KALHAUSEN D’AOUT 1940 à 1944


 a) Retour au village natal

Début août 1940, les réfugiés de PLEUVILLE, en zone libre, se mettent sur le chemin du retour, tandis que les autres, ceux de BENEST et d’AIZECQ en zone occupée, n'entament leur retour qu'en septembre. Le trajet, moins long qu'à l'aller se fait dans des wagons voyageurs, donc dans de meilleures conditions.

La famille PROSZENUCK reste en Charente de même que le cordonnier SIMKOWIACK Victor.
Les familles KORMILZIN et SPIELEWOY d'origine russe, après bien des difficultés au point de contrôle de Saint-Dizier, sont quand même autorisées à revenir à KALHAUSEN.


Les Kalhousiens rapportent de Charente tous ce qu'ils y ont acquis : fourneau, vélo, ustensiles de cuisine, outillage, ce qui leur est d'ailleurs bien utile au retour. En effet, que de changements à leur retour en terre natale ! Quelques maisons de la rue de la Libération à hauteur de l'immeuble KOCH Jean (actuellement DEMMERLE Jean) ont été soufflées ou fortement endommagées lors du dynamitage de la rue par l'armée française battant en retraite devant l'avance allemande.


 


  Rue de la libération avant 1939 



Cette même rue en 1940

 
Tout le village est entièrement pillé, la plupart des biens abandonnés en 1939, ont disparu : plus de lits, ni de draps, plus d'habits, plus d'ustensiles ménagers, plus de matériels agricoles, même des fourneaux ont été volés. Les auteurs de ces méfaits sont de trois catégories différentes :

1) Les soldats français occupant le village après le départ de la population qui ont expédié à leur famille tout ce qui pouvait servir et de surcroît ont détérioré gratuitement beaucoup de biens. Les armoires, tables, chaises et même le parquet des chambres ont souvent servi de combustible pendant l'hiver rigoureux de 1939/1940.

2) Les habitants des villages voisins ne faisant pas parti de la zone rouge et qui n'ont été évacués qu'au mois de mai 1940.

3) Les premiers réfugiés rentrés qui ont récupéré dans d'autres maisons de la localité ce qui leur manquait.

D'ailleurs ceux qui reviennent plus tard font le déplacement jusque dans les villages du fond du Bitcherland encore inhabités à ce moment, pour faire de même. Quelques affaires peuvent être retrouvées, parfois en piteux état, éparpillées en rase campagne.

Pour la première vague de revenants, ceux du mois d'août, pendant quelques temps, la popote est préparée par MULLER Marie, épouse SCHAEFFER à la boucherie, dans les grands bacs qui normalement servent à faire cuire les saucisses.

À la fin septembre, notre village est pratiquement repeuplé, mais sous domination nazie et les Kalhausiens sont devenus sujets allemands. Vivre sous le joug du régime nazi et dans les conditions précaires va leur demander beaucoup d'efforts.

Afin de pouvoir reprendre leur activité, les artisans, les agriculteurs, mais aussi toutes les familles ayant subi des préjudices dus à la guerre, remplissent divers dossiers afin que leurs dommages immobiliers, mobiliers, agricoles et d'ordre commercial leur soient si possible indemnisés. Après examen des dossiers, une distribution de bétail a lieu pour que les familles puissent tant bien que mal subvenir à leurs besoins. D'autre part, bien souvent, ils iront dans les villages non évacués pour se ravitailler en nourriture auprès d'amis ou membres de la famille.

b) Administration de notre localité

Du point de vue de la municipalité, le maire d'avant-guerre, SIMON Jean, réfugié à AIZECQ  avait établi la mairie à BENEST pendant la période d'évacuation.

Le registre des délibérations où est mentionné en date du 30 juillet 1939 la dernière réunion du conseil municipal avant l'exil, ne laisse apparaître que deux délibérations de principe prises en Charente le 21 avril et le 16 juin 1940, délibérations qui ne sont même pas signées et auxquelles n’ont assisté que quatre membres : SIMON Jean (Maire), JUVING Henri, FREYERMUTH Pierre et STEPHANUS Victor.

Les conseillers municipaux absents pour cause de mobilisation sont : GROSS Florian, FREYERMUTH Laurent, LIST Pierre et NEU Jean-Baptiste. Ceux qui sont restés en Moselle ou en Meurthe-et-Moselle sont : MULLER Rodolphe et KARMANN Nicolas.


À son retour à KALHAUSEN, SIMON Jean continue d'administrer la commune encore quelque temps, mais le compte-rendu de la réunion du Conseil Municipal en date du 21 juin 1941 fait apparaître qu'il est remplacé par un certain REINHARD Georges ayant la fonction d’ "Orstgruppenleiter" c'est-à-dire le dirigeant d'un groupement local de communes. Cet homme est de souche allemande, a une épouse de HOTTVILLER et habite au 20 rue de la Montagne, actuellement la maison de M. et Mme KIHL Jean-Pierre.

Le 11 novembre 1941, un nouveau "Bürgermeister" est nommé en la personne de M. KARMANN Nicolas qui demeurera à son poste jusqu'à la débâcle allemande. Le Conseil Municipal, le "Gemeinderat" est formé, mais certains membres ne perdurent guère dans leur fonction et des remaniements ont
lieu à plusieurs reprises.


La "Bürgermeisterei" de KALHAUSEN administre officiellement KALHAUSEN, HUTTING, WEIDESHEIM et SCHMITTWEILLER. Le secrétariat de mairie est tenu par un véritable nazi, un certain Walter THEURING, "Reichsdeutscher Beamter", c’est-à-dire fonctionnaire du Reich allemand.

Des gendarmes allemands, appelés "Feldgendarmen" sont en poste à KALHAUSEN dès le retour des réfugiés. Ils sont au nombre de six :

1) FATLER, chef de brigade, loge dans la maison MALMASSON (actuellement la maison de Mme HITTINGER Marie au 5, rue des Roses) avec sa femme et ses deux enfants. Il se déplace généralement à vélo.

2) HESSE, loge avec sa femme et une fille chez MULLER Florian (actuellement FABING Henri 1, rue des Fleurs). Il se déplace le plus souvent à cheval.                                           
3) SCHNEIDER, originaire d'Alsace, loge avec sa femme et ses cinq enfants au presbytère où d'ailleurs est installé le bureau de la "Feldgendarmerie".                                           
4) ERDEL, célibataire, loge chez BRUCH Jean-Pierre au 14, rue des Jardins.                       

5) BOUR, originaire de la Moselle, loge avec sa femme et ses deux enfants chez PEFFERKORN Marie (Christofels) rue de l’Abbé Albert, à côté de la maison THINNES.   

6) FLAUS Emile, originaire de la région de Forbach, loge avec son épouse Emma chez STEFFANUS Jacques (actuellement STEFFANUS Chrétien), 4, rue de la Libération.


Leur mission consiste à surveiller la population des cinq villages de leur secteur et à y maintenir l'ordre. Ainsi il est, par exemple, défendu d'écouter à la radio les stations françaises ou anglaises. Seules les stations allemandes sont autorisées.                                                                

Un "Ortstbauernführer", un responsable des agriculteurs pour le village, est nommé en la personne de LIST Pierre.


LERBSCHER Jean-Pierre accepte le poste d'appariteur et agent de police locale ("Biddel") et exerce à KALHAUSEN et SCHMITTWEILLER. Maintes fois, il étouffe ou arrange des affaires afin d'éviter de graves désagréments à de nombreuses familles.

L'administration nazie exerce un strict contrôle sur toute l'activité du village, et la germanisation est imposée dans tous les domaines. Les noms des rues sont modifiés :

- ainsi la place de l'Eglise se nomme "Platz des Führers".  

- la rue vers Schmittviller et la rue de la Gare sont la "Adolf Hitler Straβe".                                

- la rue des Roses et la rue des Fleurs sont la "Hermann Göring Straβe" appelées ainsi en l'honneur du maréchal, commandant en chef des
  forces aériennes allemandes.                        

- la rue des jardins, la rue de la montagne et la rue des mésanges sont la "Joseph Bürckel Straβe" nommées ainsi en l'honneur du "Gauleiter", c’est-à-dire du dirigeant du "Gau Westmark".                                                                                                                               

- la rue des Lilas est la "Schulstraβe".


Certains noms de famille à consonance française sont aussi modifiés : MALMASSON devient MALMASSER.

Privation de libertés, restrictions, rationnements, expulsions, répressions, déportations d'opposants et exterminations sont les maîtres mots des occupants. Les Allemands cherchent par tous les moyens à endoctriner la population, maniant la carotte et le bâton, prônant l'intégration pacifique ou exerçant des pressions. Des réunions d'information sont organisées, l'enrôlement dans les associations hitlériennes proposé :

- la "Hitler Jugend" ou Jeunesse Hitlérienne pour les garçons de 10 à 18 ans.                       

- le D.B.M. "Bund Deutscher Mädel" ou cercle des Jeunes Filles Allemandes pour les filles de 10 à 18 ans.


Certains iront dès quinze ans faire une sorte de préparation militaire d'une durée de trois semaines dans des camps appelés "Wehrtüchtigungslager".                                                              

Il ne reste à nos vaillants villageois qu'une solution : plier sous le fardeau du régime hitlérien et attendre des jours meilleurs.
L'histoire ne peut mentir et il faut signaler que quelques personnes au niveau du village affichent une certaine complaisance avec l'occupant et de rares éléments acceptent de coopérer avec l'ennemi.

c) Lente reprise d'une vie routinière

La paperasserie abonde, l'on ne peut rien se procurer sans les fameuses cartes de rationnement : "Karten" qui sont instaurées en 1941 pour toutes les denrées alimentaires : pain, viande, matière grasse, cacao, etc… mais aussi pour d'autres produits tels que charbon, détergents, savon, vêtements, chaussures.

Les quantités attribuées sont variables en fonction de l’âge, de l'état de santé, de l'activité, de la saison et de la disponibilité des aliments. Au début le rationnement est limité au pain, à la farine, à la viande et au sucre. Puis il est étendu au beurre, à l'huile, au lait, à la marmelade, enfin à l'ensemble des denrées alimentaires de même qu’aux pneus, à l'essence, à l’huile lourde et au tabac.


À l'occasion des fêtes de Noël ou de Pâques, des compléments de sucre, de beurre, de vin, d'alcool ou de sucreries peuvent être accordés. Par la suite, apparaissent des produits de remplacement (les "Ersatz"). Le beurre est remplacé par du saindoux, puis par du suif et ensuite par du beurre synthétique à base de charbon. L’huile de poisson additionnée à la graisse fait aussi son apparition. Le pain subit également transformation : on ajoute à la farine de l'amidon de maïs ou de pomme de terre, du son et dans les cas extrêmes de la sciure. L'orge grillée remplace le café, la saccharine le sucre. On fait même des œufs synthétiques à partir du lait, le "Milei". Le miel est remplacé par de la mélasse de betteraves et l’on consomme aussi des topinambours et des rutabagas.

En mai 1941, a lieu la restitution du bétail selon le cheptel existant avant l'évacuation de 1939. Par la suite, le recensement des bêtes et même des petits animaux de basse-cour a lieu une fois par mois, tout est répertorié, quantifié, afin de limiter au maximum le marché noir.

Tuer un cochon pour sa propre consommation nécessite une autorisation, même les œufs doivent être comptés. Pour les récoltes, un quota est en vigueur et tout supplément doit être remis aux autorités allemandes, dans des centres de ramassage. Lorsqu'une famille abat un port ou une vache avec autorisation, elle ne perçoit plus de tickets de viande pendant une période déterminée. Cependant il faut savoir que les personnes tuant des cochons au noir ne sont pas peu nombreuses.

Les trafics et marchés clandestins sont florissants à la campagne où les citadins échangent argent épargné et objets manufacturés contre des denrées alimentaires. Chacun se découvre soudain un cousin éloigné ou un oncle chez qui il peut venir se ravitailler. On souffre beaucoup moins de pénurie à la campagne, qu'à la ville.


La vie au village devient à nouveau quelque peu routinière, seules les relations entre les habitants sont modifiées. En effet, l'atmosphère de confiance a disparu. Les personnes discutent bien moins entre elles après la messe ou lorsqu'elles se croisent dans les rues, qu’au temps où la paix régnait encore.

Un recensement est effectué au village le 1er mars 1943 :


IMMEUBLES
POPULATION 
KALHAUSEN                          109   601
HUTTING                                  12    38
GARE                                          12     46
WEIDESHEIM                            10     57

                                               Ce qui fait un total de 742 âmes dont 270 hommes, 276 femmes et 196 enfants de moins de 15 ans.                                 



Durant la période de 1942-1943, deux des trois cloches de l'église Saint Florian quittent le village en direction des usines d'armement allemandes.






           
Le 22 septembre 1942, des bombes larguées par un avion en détresse viennent troubler le calme apparent. L'une d'entre elles provoquera l'incendie de la maison JUVING Henri.

Durant la période d'occupation, à WEIDESHEIM, des officiers allemands sont logés dans le château et ses dépendances et à proximité sont installés des baraquements servant à héberger des prisonniers russes qui travaillent dans l'usine souterraine de WITTRING.

d) Les expulsions

Le 21 novembre 1940, FREYERMUTH Pierre (père) est expulsé avec toute sa famille, suite à sa demande vers la zone libre, près de PAU, non sans avoir auparavant crié "Vive la France" au restaurant SIMONIN et après que ses fils aient chanté la Marseillaise. Ils ne reviendront qu'en 1945.

Ce même jour, les familles KORMILZIN et SPIELEWOY sont aussi expulsées. Les Allemands ne leur laissent qu'une demi-heure pour rassembler leurs affaires. Ils iront aussi s'établir dans la région de PAU.

DUCHE Guy, né à AVRIL en Meurthe-et-Moselle, avait été adopté par la famille STEPHANUS Florian. Arrêté une première fois par la Gestapo le 2 mai 1941, pour son opposition ouverte envers l'occupant mais aussi parce qu'il était considéré comme étranger de souche française puisque né hors du département annexé, il prendra la fuite vers la zone libre via SAINT-DIZIER et la Charente en compagnie de KLEIN Jean et de MULLER Théophile. Après tout un périple il arrive en Tunisie et s'engage dans l'armée française, au IV ème Régiment de Chasseurs d'Afrique. Il ne reviendra à KALHAUSEN que le 22 août 1945 accompagné de sa jeune épouse Fortunée et de leur premier enfant Gisèle.

Le 28 juillet 1941, le curé Albert MICHEL est expulsé suite à un incident à l'église et sur intervention personnelle de l’ "Ortsgruppenleiter" Reinhard. Il se fixera dans la région de Nancy chez des proches mais aussi chez d'anciens paroissiens ou auprès de leur famille établie dans cette région. Émile KIRCH curé d’ACHEN, devient alors desservant de KALHAUSEN.

e) Les "Malgré-nous", les Réfractaires et les insoumis

Les années 1942-1944 voient successivement l'incorporation de force dans la "Wehrmacht" des différentes classes d'âge allant des plus jeunes de la classe 1927 à celle des plus anciens des classes 1914. Seuls quelques exemptés temporaires voient leur incorporation différée en fonction de leur emploi ou de leur situation familiale mais ce n'est qu'un report car au fil des mois de 1944, ils seront tous soumis à l'obligation de servir dans l'armée allemande. Tous ces hommes incorporés de force, on les appellera les "Malgré-nous".

Triste sort que de devoir servir dans les rangs de l'occupant !




           Prestation de serment dans une caserne allemande


Les jeunes Alsaciens et Mosellans n'ayant pas encore servi dans l'armée française rejoignent d'abord les camps du Service du travail, le "Arbeitsdienst", comportant des séances de maniement d'armes remplacées par des bêches, des exercices de préparation physique et des temps de travaux d'intérêt général.
Enfin suit l'affectation dans un régiment, le plus souvent sur le front russe, pour éviter les désertions. Les plus âgés sont incorporés directement dans
la "Wehrmacht".




PEFFERKORN Victor  en uniforme de l’ "Arbeitsdienst"


En uniforme de la  "Wehrmacht"

 
Il décède en 1948 des suites de maladies contractées durant son service dans l'armée allemande.

La majorité des hommes répond à l'ordre d'incorporation par peur de représailles que l'on pourrait exercer sur eux et sur leur famille et qui se résument en deux mots : arrestation, déportation en camp d'extermination.

Cependant quelques jeunes ne se rendent pas dans les centres de recrutement et passent jusqu'à un an à vivre dans la clandestinité, dans des conditions peu enviables, cachés dans toutes sortes d'endroits : fenil, cave, étable, hangar, caches secrètes, ils sont appelés "Insoumis"

             Ils sont rejoints dans leur clandestinité par d'autres jeunes qui, une fois enrôlés dans l'armée allemande, profitent d'une permission ou même d'une évasion pour rejoindre leur famille et se terrer jusqu'à la libération. Ces derniers sont les déserteurs de l'armée allemands appelés "Malgré-nous et réfractaires".   

Vivre terré dans un "repaire", la peur au ventre d'être découvert ou dénoncé, partager l'angoisse de toute la famille, ce n'est pas évident. Il faut trouver la force de garder l'espoir et survivre dans de telles conditions. Cette force, ils la puisent dans la Foi. Oh ! Combien de chapelets sont égrenés !

   
Liste des "Malgré-nous et réfractaires" :

les trois frères AMANN (Joseph, Arthur et Ernest), JUVING Léon, LIST Joseph, DEMMERLE Jean-Pierre et FABING Arthur.

AMANN Arthur sera le premier déserteur à se cacher ; il reste dans la clandestinité plus d'un an, ayant trouvé refuge chez la famille LANG Jean-Pierre (rue Abbé Albert).

Au quartier de la Gare deux "Malgré-nous" choisissent aussi de déserter les rangs allemands : ROHR Albert qui se réfugie chez des proches à GROS-REDERCHING et BEHR Camille qui après un temps passé au domicile familial, ira se mettre à l'abri dans un recoin des galeries de la carrière de WITTRING.

Lors de la contre-offensive allemande du 3 janvier 1945, il se retirera avec les troupes américaines pour ne revenir que lorsque les positions alliées seront consolidées.


Liste des Insoumis :

SCHEGEL Aloyse, MULLER Auguste, DEMMERLE Florian, RIMLINGER Charles, LANG Pierre, KLEIN Jacques, WEITTMANN Joseph, GASSER Charles et KIHL Jean-Pierre.

A HUTTING, aussi des insoumis vivent dans l'ombre, il s'agit de :

SAARBACH Georges, MULLER Bernard, DEHLINGER Eugène, SOULIER Joseph, chef de gare à l’époque ainsi qu’un certain GRAUSSER François de THIONVILLE.

Ils ont aménagé une bonne cachette dans l’étable, sous la vache et cette planque leur a peut-être sauvé la vie car en septembre 1944, suite à une lettre oubliée par négligence chez des amis, les Allemands apprennent que des insoumis se trouvent à HUTTING. Ils encerclent les quelques maisons et font une fouille systématique mais sans résultat. Cependant plusieurs personnes sont arrêtées pour complicité. DEHLINGER Lucie sera emprisonnée pendant quelques jours à SARRE-UNION, tandis que HERRGOTT Raymond, MULLER Else, DEHLINGER Eugénie, SPECHT Marie, SAARBACH Cécile et GRAUSSER Blanche seront déportés au camp du STRUTHOF près de SCHIRMECK pour ne revenir qu'après l'arrivée des Américains.

Après cette rafle, nos insoumis, pris de peur, vont se cacher en forêt de HERBITZHEIM du côté de la "Waldhutte".   

f) Le sacrifice suprême.


Malheureusement parmi les "Malgré-nous", 15 tomberont sur les différents champs de bataille. Ils ont payé de leur sang la folie hitlérienne. Que de familles en pleurs, de foyers brisés, d'enfants sans père !

Liste des "Malgré-nous" morts au combat ou portés disparus :

les frères Albert et Lucien KLEIN
les demi-frères Henri KIHL et André ZINS
ASSANT Aloyse                                     
BRUCH Joseph                                                                                  
GROSS Joseph                                                       
GROSS Lucien                                          
HOLTZRITTER Victor                                                       
LOHMANN Joseph                                                     
METZGER Nicolas                                                     
PHILIPP André                                                         
SCHEYDECKER Raymond                                         
STEPHANUS Antoine                                               
WENDEL Antoine


A cette liste, se rajoutent les noms de :
                                                                         
LENHARD Nicolas, mort en camp                                                                        
PEFFERKORN Victor, mort des suites de la guerre,                                    
KORMILZIN Albert, seul Kalhausien à être tombé sous l'uniforme français.


LENHARD Nicolas, voulant se soustraire au régime nazi et ainsi éviter l'incorporation dans l'armée allemande, décide de se rendre chez son oncle à NANCY. Mais en passant à METZ, où il se procure de faux papiers, il est arrêté et emprisonné au fort de QUEULEU puis au STRUTHOF et ensuite envoyé dans le camp de concentration de JOHANNGEORGENSTADT * dans l’Erzgeborge en Saxe.

Il doit travailler dans un hangar d'aviation à raison de douze heures par jour. Lorsque les Russes libèrent ce camp, Nicolas est très affaibli. Il est transféré à l'hôpital de THERESIENSTADT* pour se reposer et y reprendre des forces. Malheureusement, il décède sans avoir revu les siens et on l'enterre dans une fosse commune.


Certains "Malgré-nous" sont faits prisonniers par les Russes et passent par le camp de TAMBOV * où beaucoup laisseront leur vie, terrassés par la dysenterie.



KLEIN Albert





HOLTZRITTER Victor



ASSANT  Aloyse  



METZGER Nicolas



          ZINS André                        KIHL Henri



STEPHANUS Antoine


BRUCH Joseph



PHILIPP André


LENHARD Nicolas

 


KLEIN Lucien


GROSS Lucien




WENDEL Antoine



KORMILZIN Albert


g) Les combattants de la liberté.

N'oublions pas que pendant tout ce temps des jeunes passent en zone libre. D'autres, issus de familles expulsées, servent dans les rangs de l'armée française ou dans le maquis.

Le seul résistant engagé dans le maquis pour la durée de la guerre est FREYERMUTH Victor (habitant actuellement à WOELFLING). En Charente, il franchit la ligne de démarcation pour rejoindre les combattants de l'ombre. PROSZENUCK Raymond rejoint aussi le maquis, mais par la suite s'engagera dans l'armée française.

Les frères KORMILZIN se sont engagés dans l'armée française :

- Albert, d'abord gendarme au Maroc, puis mobilisé au IV ème Régiment de Tirailleurs Marocains, passe par la Sardaigne, participe à la libération de sa patrie, mais tombe au champ d'honneur. Il est "Mort pour la France" le 24 novembre 1944 à MULHOUSE.

- Joseph, engagé volontaire le 1er août 1941 dans un Régiment de transmission à CHATEAUROUX est affecté en septembre 1944 dans la brigade Alsace-Lorraine. Il participera à la libération de l'Alsace, puis à l'offensive alliée en Allemagne et restera sous les drapeaux jusqu'au 6 novembre 1946.



 
Une section de l'armée française avec KORMILZIN Joseph à
l’extrême droite et SPIELEWOY Frédéric le troisième à partir de la droite.

   

DIER Jean, STARCK Alfred, PROSZENUCK Théophile, SIMONIN Jacques et KORMILZIN Albert, tous nés à la fin de 1919 ou au début de 1920, font partie du dernier contingent mobilisé en mars 1940 par l'armée française et restent sous les drapeaux pour combattre l'occupant.

KLEIN Jean, MULLER Théophile et DUCHE Guy s'engagent eux aussi dans les forces françaises.
 
Les trois frères FREYERMUTH (Pierre, Jacques et Marcel) s'engagent le 1er septembre 1944 pour trois mois dans les F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur). Pierre et Marcel sont blessés et retournent fin novembre dans leur famille, tandis que Jacques opte pour l'aviation à La ROCHELLE.

h) D'autres exilés.


Durant la période d'occupation nazie, d'autres personnes sont contraintes de délaisser le village.

1) Les déportés pour opinions politiques qui refusent de signer l'arrêté d'intégration dans la "Volksgemeinschaft", la communauté du peuple allemand.

Le 18 janvier 1943, ils sont déplacés dans le "Sudetengau" * , région de Tchécoslovaquie appelée Sudètes. Ils ne reviendront que le 18 juin 1945.

Il s'agit des familles FREYERMUTH André, FREYERMUTH Émile, FREYERMUTH Chrétien avec deux enfants, D’ANDREA Antoine avec deux enfants, KLEIN Auguste avec trois enfants, GROSS Madeleine avec un enfant (en tout 19 personnes).

GROSS Madeleine est décédée à FALKENAU en novembre 1943. La plupart de ces déportés doivent travailler dans une usine fabriquant des détonateurs, les autres sur divers chantiers.

2) Les jeunes garçons issus de souche étrangère ou nés en dehors des départements annexés sont soumis au S.T.O. (Service de Travail Obligatoire) en  Allemagne : c'est le cas de LAZZAROTTO Pietro (Pierre).

3) Les filles, essentiellement celles nées en 1926, après avoir passé un conseil de révision sont contraintes dans le cadre du "Reichsarbeitsdienst" ou
du "Hilfsdienst" d'aller travailler en Allemagne pendant la période 1942/43.


Le "Reichsarbeitsdienst", le Service du travail, consiste pour les filles, après une période de formation de six mois, à travailler dans des exploitations agricoles ou à apporter une aide-ménagère à certaines familles.

Le "Hilfsdienst", le Service d'aide, consiste à travailler dans des usines d'armement.

LENHARD Marie-Thérèse, actuellement veuve MULLER  Oscar, favorisée par sa petite taille est employée durant cinq mois dans le Baden-Würtemberg, dans le service extérieur du camp de WALSHEIM * et ne fera que quatre semaines d’aide familiale.


 

LENHARD Marie-Thérèse en uniforme de l’ "Arbeitsdienst"


JUVING Gabrielle, actuellement épouse LENHARD Nicolas, passe six mois près d’OSNABRÜCK  *. Durant cette période, cette ville est bombardée au phosphore et il y a de nombreuses victimes.


SCHEGEL Marie, actuellement épouse RIMLINGER Charles, séjourne sept mois en Hesse.

LERBSCHER Bernadine, épouse DIER Joseph, passe six mois dans un village, au pays de Bade. Lorsque du coteau qui surplombe le village, elle aperçoit la Suisse qui brille de mille lumières, l'envie de s'évader ne manque pas. Mais la peur d'être reprise l'empêche de s’enfuir.

 Sa sœur Joséphine, épouse BAUER, habitant actuellement à OERMINGEN, passe un an près de STUTTGART *, puis six autres mois au "Hilfsdienst" dans une usine d'aviation.

MOURER Lucie, épouse BERNHARDT, habitant actuellement à SARREGUEMINES, passe aussi un an près de STUTTGART dont un semestre au                   "Arbeitsdienst" et un autre au "Hilfsdienst" dans une usine fabriquant des pièces pour l'aviation.

4) D'autres encore sont contraintes d'aller travailler au chemin de fer, dans l'administration, sur les chantiers de reconstruction, mais dans notre région cette fois-ci : ce sont principalement des personnes célibataires qui n'ont pas besoin de rester au foyer pour aider leurs parents.



 

Laissez-passer d’une jeune Kalhousienne
contrainte de travailler aux chemins de fer allemands.



5)
Des jeunes hommes, tel LENHARD Jacques, après sa démobilisation, restent en zone libre afin d'échapper au contrôle des Allemands. Son frère Nicolas passe clandestinement en zone libre pour le même motif.



i) Des déplacés dans notre village.

Souvent, nos villageois ont aussi un geste de partage envers des Russes et des Italiens qui viennent demander l'aumône. Il s'agit de personnes déplacées de leur patrie, pour servir la machine de guerre allemande. Ils sont installés pour la plupart dans des baraquements à WEIDESHEIM et près de la carrière de WITTRING, contraints de travailler dans l'usine souterraine à la production d'air liquide, combustible utilisé par les fusées V2. Pendant leur temps libre, ils vont dans les villages du secteur chercher un complément à leur maigre nourriture.

Pendant quelque temps, des prisonniers Serbes et des Français de la zone occupée sont mis à la disposition des cultivateurs du village pour les aider dans les travaux agricoles.

Dans le cadre du "Reichsarbeitsdienst" une vingtaine de jeunes étudiantes venues d'autres contrées, telles que le bassin houiller, le Land de Sarre, sont employées en tant qu’aides-ménagères dans les familles de la localité. Elles occupent le logement au-dessus de l'école et les soirs pour passer le temps, elles arpentent les rues du village en chantant ou se rassemblent sous le marronnier à côté de l'église.

Quatre filles ukrainiennes trouvent également refuge dans des familles d'accueil du village de fin août 1944 au printemps 1945.


Des "Malgré-Nous" dans la "Wehrmacht".




Joseph LIST dans une unité motorisée.
Décédé en 1992, il a été l’époux de Cécile LEJEUNE.


Oscar MULLER dans une unité navale.
Décédé en 1988, il a été  l’époux de Marie-Thérèse LENHARD.

  
VI) LA LIBERATION

a) Période pré-libératoire

Depuis des mois déjà, le couvre-feu est imposé, les fenêtres sont fermées, les volets sont calfeutrés dès le coucher du soleil. Bien souvent l'on y pend des couvertures, afin de ne pas laisser filtrer le moindre rayon de lumière pour ne pas être aperçu de l'extérieur à cause des risques de bombardements.



Veillée en famille pendant  la période du couvre-feu,
on accroche des couvertures aux fenêtres.


De temps à autre dans le ciel nocturne se déclenche une fusée lumineuse de la forme de petits sapins de Noël. D'ailleurs dans le dialecte on les appelait   "Dònnebämel", en fait c'était le signal de déclenchement des bombardements par les forteresses volantes alliées qui déverseront leurs tonnes de
 bombes sur des cibles plus ou moins proche : SARREGUEMINES, SARREBRUCK…


Mais l'espoir renaît : le 6 juin 1944, les alliés débarquent en Normandie et le 25 août 1944 en Provence. Cependant, l'avancée des troupes alliées sera bien moins rapide que ne l'espéraient nos villageois.

Les alertes aériennes sont fréquentes. A deux reprises des bombes larguées par des avions atteignent notre village, mais ne causent que des dégâts matériels.

La population se réfugie dans les caves (voûtées de préférence car reconnues plus sûres). Il arrivera un moment où les gens ne sortiront plus des caves, sauf pour nourrir les animaux. Les matelas sont étalés directement sur les tas de pommes de terre ou de betteraves.

Durant l'automne 1944, tous les hommes, présents au village, sont réquisitionnés pour "Schanze", c’est-à-dire creuser des tranchées anti-char.

Durant cette même période, quelques pro-nazis quittent le village.

Le 1er novembre 1944, lors d'une attaque, seize bombes tombent sur WEIDESHEIM. Une des deux fermes flambe et le toit de la chapelle est soufflé par l'explosion.

              Fin novembre, les tirs d'obus se rapprochent, la débâcle est visible, des régiments en retraite traversent notre région, la délivrance approche. Mais une fois encore, nos paysans se font voler le bétail : les Allemands en retraite, emmènent toutes les bêtes à cornes n'en laissant qu'une par étable. Quelques personnes du village sont même obligées d'encadrer le troupeau.

Dans l'après-midi du 1er décembre 1944, des obus meurtriers s'abattent sur le village. PEFFERKORN Aloyse est tué dans la cour de sa maison et MULLER Joséphine (actuellement veuve ASSANT) est blessée à la jambe et à l'épaule droite par un éclat d'obus. Le jour même, la maison de PEFFERKORN Marie née REICH (Christofels) à côté de THINNES est fortement endommagée. Elle ne sera plus reconstruite par la suite. À sa place, se trouve maintenant le commerce THINNES.

b) Les Libérateurs

Le 5 décembre, les derniers soldats allemands traversent le village, il ne reste qu'un char "Panther", qui se déplace continuellement d’un point du village à un autre tirant de temps en temps un obus pour laisser croire aux Américains qui arrivent en vue du village que l'occupant est encore présent en nombre. Avant la tombée de la nuit, la première maison est libérée, il s'agit de la maison JUVING Henri.


 

Première maison libérée, celle de Henri JUVING
(près du croisement : rue de la Gare – rue des Vergers).



Le 6 au matin, par un temps gris et brumeux, un bataillon du 104éme régiment de la 26éme division d'infanterie (appelée Yankee Division), soutenu par des hommes de la C.C.B. (Combat Command 2) de la 4ème Division Blindée du 12éme corps d'armée, (les deux unités appartenant à la 3ème U.S. Army du général PATTON) * va investir KALHAUSEN.

Ils arrivent au village par le côté sud-est venant de SCHMITTVILLER et d’OERMINGEN. Tout semble se passer dans de relatives bonnes conditions : ils fouillent maison après maison se laissant aller parfois à des exacerbations, puis s'installent dans les maisons. Ils sont accueillis en héros, des drapeaux français sont sortis de leur cachette et apparaissent aux fenêtres. Cependant nos villageois devront encore rester terrés dans leurs abris car les Allemands ripostent depuis ACHEN, ce qui n'empêche pas la progression américaine.


HUTTING est libéré le même matin et les unités U.S. avancent de concert vers WEIDESHEIM, où depuis un abri, un allemand fanatique ne cesse de tirer avec sa mitrailleuse.

Les deux jeunes frères GEISLER, René et Armand suivent depuis HUTTING la progression des soldats américains vers WEIDESHEIM et seront blessés par des éclats d'obus.

Pour venir à bout de ce nid de mitrailleuse, installé sur le côté est de WEIDESHEIM, il faut faire appel à l'aviation qui finalement fait sauter ce verrou en détruisant le bunker. Les allemands qui tiennent position au coin du "Grosswald" se rendent sans opposer de grande résistance. Pour KALHAUSEN la libération semble acquise.

Mais voilà que, dans l'après-midi, se produit un grave incident :  au moulin de KALHAUSEN, la "Welschmuhl" un officier américain est grièvement blessé et perd connaissance. La troupe libératrice croit que le coup de feu vient de notre village et a été tiré par un pro-nazi embusqué.

De suite, les ordres fusent en vue d'une répression. Les Américains investissent à nouveau les caves et sans ménagement font sortir les Kalhousiens criant "Raus aus Haus" (Sortez de la maison). Ils braquent leurs armes sur la population terrifiée.

La plupart des villageois sont rassemblés dans les granges FABING et ZINS à l'extrémité du village (rue de la libération). La population est menacée : si le coupable n'est pas retrouvé dans les plus brefs délais, il y aura des représailles. Il se produit un véritable miracle : le blessé, entre-temps ramené au village, reprend connaissance et déclare qu'il a été touché par des tirs allemands venant du côté d’ACHEN.

Les Kalhausiens peuvent alors rentrer chez eux : zigzagant entre les obus qui s'abattent en nombre, ils rejoignent leurs caves jusqu'à la fin des tirs. Un
"ORADOUR-sur-GLANE" bis a été évité de justesse. Il faut comprendre la réaction des Américains : ils ont subi tellement de pertes ces derniers temps
et sont devenus très méfiants. Un petit rappel : rien que pour la libération de SARRE-UNION, 85 soldats U.S. ont laissé leur vie.



 

  La grange de Nicolas FABING

où une partie de la population a été rassemblée.

           

Un poste de secours provisoire est installé par les Américains devant la maison STEFFANUS Jacques  (rue de la libération). Ils y soignent alors leurs blessés avant le transfert vers l'hôpital de campagne qui plus tard sera aménagée dans la maison JUVING Henri.


c) La troupe U.S. cantonnée dans notre village

Les Américains dorment et mangent chez l'habitant. Pour que la communication puisse s’établir avec la population, ils offrent des fascicules destinés à apprendre l'américain. Ils distribuent des boîtes de conserve de légumes et de viande, de la farine, du chocolat, du savon, du sucre, de la confiture, du chewing-gum … En échange, les jeunes filles leur confectionnent des tartes aux pommes ou lavent leurs habits.

Nos villageois n'osent trop y croire, cette liberté dont ils ont si souvent rêvée et qu'ils ont si ardemment souhaitée vient de leur être rendue. Les voilà redevenus citoyens français, libres. La population est ébahie devant le matériel dont disposent les libérateurs.












Troupes U. S. stationnées à KALHAUSEN au 17, rue des roses.



Les Américains établissent leur quartier général dans la maison METZGER (3, rue de la libération). Les Insoumis et les "Malgré-nous et réfractaires" y sont convoqués pour vérification d'identité. Malheureusement ceux qui ont passé un temps dans la "Wehrmacht" (ils sont au nombre de 8, moins FABING Arthur qui réussit à rester à KALHAUSEN en produisant son livre militaire de sous-officier français) sont arrêtés et emmenés d'abord dans une bergerie à OERMINGEN, pour finalement arriver dans un camp de prisonniers à STENAY (près de Verdun). Ils dorment sous des tentes, puis sont dirigés sur la région parisienne. Ils ne reviendront au village qu'au printemps ou à l'été 1945.


 d) La libération de Kalhausen : le contexte historique par Bernard ZINS

Le 6 décembre 1944, Kalhausen retrouve sa liberté. La campagne militaire qui va durer de septembre à décembre 1944, dénommée par les historiens américains The Lorrain campaign, va conduire les XII et XX Corps de la 3ème armée du général Patton de la Meuse à la Sarre et au-delà. Cette bataille va se prolonger trois mois et être très meurtrière, entraînant 50 000 pertes du côté américain (tués, blessés, disparus) et qui correspond à environ un tiers des pertes américaines sur le théâtre d'opérations européen.

Après avoir libéré Sarre-Union, les 26th Infantry Division et 4thArmored Division reprennent l’attaque en direction de la Sarre. Le 6 décembre, la 11. Panzer Division de la 1ère armée allemande du général von Wietesheim * , renforcée par quelques éléments de la 25. Panzer Grenadier Division ont établi une nouvelle ligne de défense allant de Weidesheim, le Grand Bois vers Achen, Singling et Bining, arcboutée sur les ouvrages de la Ligne Maginot. La stratégie adoptée consiste à établir une ligne de résistance avec une défense élastique qui permet de conserver un potentiel offensif, préserver des réserves, contrattaquer dès qu'une opportunité se présente, décrocher quand la pression ennemie devient insupportable et constituer une nouvelle ligne
de défense.

Les prémices de la libération

Après que le général Patton ait été informé le 23 septembre 1944 par le Haut Commandement allié de la suspension de la progression vers la Sarre, seule l'activité des chasseurs bombardiers du XIX Tactial Air Command, l'aviation de soutien de la 3ème armée va maintenir la pression sur les arrières allemands. L'objectif est de désorganiser les liaisons de la 1ère armée allemande et perturber les flux logistiques, en vue de la reprise des opérations militaires qui sera effective le 8 novembre.  Dans l'après-midi du 1er novembre, les escadrilles du XIX TAC vont effectuer 247 sorties.

Dans la région, les infrastructures ferroviaires du secteur de Sarreguemines, Sarralbe avec Wittring comme centre de gravité sont visées. Deux escadrilles du 358th Fighter Group basé à Mourmelon-Le-Grand (Marne), larguent 16 bombes de 226 kg sur un site considéré par les services de renseignement américains comme un dépôt au sud-est de Sarreguemines et affirment avoir détruit 12 immeubles avec pour conséquence un énorme incendie. En réalité ce sont les bâtiments situés à Weidesheim près de la gare de Kalhausen qui ont été visés.

La "Schantzleitung" (direction des travaux de terrassement) a établi son siège au château et occasionne une activité intense. De tout le pays de Bitche, des travailleurs sont amenés par camions, cars…pour édifier des positions défensives dans le secteur de la gare. Le 5, c'est au tour de la bifurcation ferroviaire Sarralbe-Mommenheim au sud de la gare de Kalhausen d'être prise pour cible par l'aviation américaine.

Les témoins qui observent ces attaques depuis le sol désignent communément ces chasseurs- bombardiers, par le terme "Jabo" (acronyme de Jagdbomber).

Arsène Kirschner qui les dénomme "Rotschwäntze" (passereaux - le surnom du 358th Fighter Squadron est Orange tails en référence à la couleur rouge des dérives), est un jeune homme originaire du pays de Bitche, requis pour travailler à l'édification de la "Vogensenstellung", un ouvrage de défense destiné à contrer l'avance américaine. C'est essentiellement un réseau de tranchées qui traverse bois et champs et s'étend de Sarreguemines aux Vosges en passant par Phalsbourg.

Affecté à un chantier situé à proximité de la gare de Kalhausen, sur la ligne Sarreguemines-Sarrebourg, il est témoin de plusieurs de ces attaques aériennes: "Internés au domaine de Weidesheim, nous creusions sous haute surveillance près du pont ferroviaire de l'Eichel vers Herbitzheim. Un train militaire allemand était en attente sur l'ouvrage. Bientôt apparurent quatre chasseurs-bombardiers P47 Thunderbolt. Après avoir effectué un virage, ils effectuèrent trois passes de tir et laissèrent le train désemparé. Nous avions eu de la chance, nous étions protégés par les tranchées que nous avions creusées. Une autre fois ils détruisirent un grand nombre de wagons garés sur les voies; le château d'eau fut percé de part en part et le bâtiment de la gare fut endommagé. Heureusement qu'ils n'avaient pas largué de bombes, nous étions très près des voies. J'ai aussi été témoin de l'attaque des fermes de Weidesheim, situées non loin de la gare ".

L'artillerie américaine procède sporadiquement à des tirs de harcèlement sur les positions arrière de l'armée allemande. Le 1er décembre 1944, une salve d'obus s'abat sur le village de Kalhausen. Les canons sont positionnés à proximité de Sarrewerden près de Sarre-Union, à une dizaine de kilomètres de Kalhausen.

Les forces en présence

Après la prise de Sarre-Union par les Américains le 4 décembre, des éléments de la 11. Panzerdivision et de la 25. Panzer Grenadier Division mènent un combat d’arrière-garde. Une unité de cette division a pour mission de tenir une ligne de défense - Weidesheim, Achen, Bining - sur les positions de la
ligne Maginot.

Le 4 décembre 1944, le moment est venu pour les Américains de la 3ème armée du général Patton de reprendre l’attaque en direction de la Sarre. La 26th Infantry Division  ainsi que la 4thArmored Division sont en charge du secteur à l’est de la Sarre en direction de Rohrbach-lès-Bitche. La 11. Panzerdivision de la 1ère armée allemande du général Balck a été autorisée à se replier sur l’Eichel mais d'un point de vue tactique cela n'avait pas de sens et le 6 décembre la division rejoint une zone qui s'établit de Weidesheim vers Achen et Bining.

Une ligne de défense est établie sur ces positions de la Ligne Maginot qui sont pour les unités américaines le principal obstacle à franchir avant de s’attaquer au "Westwall" (ligne Siegfried). Mais la 11. Panzerdivision commandée par le Generalleutnant von Wietersheim renforcée par quelques éléments de la 25. Panzer Grenadier Division ne fait plus le poids face aux troupes du général Patton. D’après les services de renseignements américains, cette unité dispose encore de 35 chars (en réalité une vingtaine) et d’environ 4000 hommes épuisés et démoralisés, tandis que l’artillerie divisionnaire reste encore assez efficace.  La 11. Panzerdivision avait eu des pertes importantes lors de la défense de Metz au mois de novembre 1944.


L'entrée des Américains à Kalhausen

Le 5 décembre au soir, toute la 26th Infantry Division est regroupée entre la Sarre et l’Eichel. Le matin du 6 décembre, le 3ème  bataillon du 104th Infantry Regiment avec sa compagnie K en tête sous le commandement du lieutenant-colonel Dellert, progresse péniblement sous un harcèlement continuel du feu allemand en direction de Kalhausen, qui, d'après les informations reçues la veille, serait aux mains de la 4thArmored Division, alors
qu’en réalité cette dernière se trouvait toujours engagée devant Singling.

La surprise est grande quand, à l'approche du village, les sections sont accueillies par des tirs d'armes automatiques. Très suspicieux, le commandement américain, rassemble la majorité des habitants dans les granges Zins et Fabing, afin de procéder à une fouille méthodique des maisons. L’affaire de Kalhausen n’est pas une exception. La méfiance des troupes américaines envers les Lorrains parlant allemand est observée très fréquemment (Rodalbe, Berig, Rening, Insming, Francaltroff, Wiesviller, Remelfing, Sarreinsming…).

Dans l'ensemble, les troupes américaines sont accueillies froidement et souvent les civils sont considérés comme hostiles et traités comme ennemis. Dans les états-majors, on attribuait la réserve des civils aux souffrances endurées et à la peur du retour des Allemands. Pour les autochtones, les premières vagues de libérateurs sont prises pour des unités disciplinaires, or il n'en est rien. Arrivée dans le secteur de Kalhausen, après huit semaines de combat confrontée à un ennemi coriace la 26th Infantry Division est usée, les GI's mal équipés face aux rigueurs hivernales sont à bout. Richard D Courtney, de la Antitank Company du 3ème bataillon du 104th Infantry Regiment, se souvient qu’à Kalhausen, les brodequins et les guêtres de la troupe sont échangés contre des combat boots (rangers); des effets neufs sont touchés. Peu après la formation est relevée par la 87th Infantry Division.

D'autre part, la propagande allemande avait annoncé dans la presse que les soldats de ces premières unités étaient des repris de justice, ce qui est complètement faux. Associée à la "chasse aux souvenirs" effectuée par certains GI's peu scrupuleux, une légende qui a la vie dure est née. Ce comportement peu avenant des troupes américaines envers les civils amène l'attaché militaire français à l'état-major du général Patton à formuler une plainte, mais cette situation de suspicion n'allait pas durer et les rapports entre militaires américains et civils malgré la barrière de la langue, vont devenir plus cordiaux.

Le 6 décembre 1944, les villageois voient avec surprise des Américains noirs débarquer de leurs engins blindés. Ils ont face à eux des éléments du 761st Tank Battalion. C’est le premier bataillon de chars de l’US Army composé de gens de couleur. A cette époque les USA mènent une politique ségrégationniste et ce n’est que grâce à l’appui d’Eléanore Roosevelt, la femme du président des Etats-Unis, que des noirs pourront intégrer des unités combattantes.

Les soldats noirs étaient considérés comme des Américains de seconde zone et étaient exclus des unités de combat. Très souvent ils étaient intégrés dans les services de logistique. La mission de cette unité de blindés est le soutien de la 26th Infantry Division. Le 761st Tank Battalion a été activé le 1er avril 1942 à Camp Clairbornre en Louisiane, l’unité a débarqué à Omaha Beach en Normandie le 10 octobre 1944. Patton dira d'eux en 1945 : " Le bataillon blindé noir attaché à mon commandement a vaillamment combattu à Bastogne. Les soldats noirs sont de sacrés bons soldats et la Nation peut être fière d’eux".

La résistance allemande à Weidesheim

Après avoir libéré le village, les Américains progressent vers le Grand Bois pour donner l’assaut à Weidesheim, mais c’est un échec. La compagnie L du 3ème bataillon du 104th Infantry Regiment est bloquée par les tirs ennemis. Une compagnie du 110. Panzergrenadier Regiment, d’un effectif compris entre 30 et 50 hommes, est retranchée dans les blockhaus du hameau. Le 1er  bataillon du 104th regiment est lui aussi bloqué par le feu des casemates au nord d’Achen.

Le 7 décembre, Etting, surplombant Achen, est libéré par le 2ème bataillon du 104th Infantry Regiment. Mais avant de s’en prendre à l’ouvrage du Haut-Poirier et aux casemates sur les hauteurs d’Achen et de la coulée vers Wittring, il est nécessaire de neutraliser les défenseurs de Weidesheim. Le lieutenant-colonel Dellert, commandant du 3ème bataillon, décide alors d'y engager également sa compagnie I. Cette dernière, après être passée par Hutting, libéré peu avant par le 2ème bataillon du 328th Infantry Regiment, suit la voie ferrée pour attaquer du sud. Arrivée à la route de Weidesheim, non loin de la gare de Kalhausen, elle est à son tour immobilisée par les tirs allemands qui proviennent d’un mortier installé derrière le blockhaus, à l’arrière de la ferme Muller.

L’artillerie allemande soutient les défenseurs de Weidesheim et occasionne des pertes dans les rangs américains. Dellert engage sa réserve et fait appel au 2ème bataillon du 328th Infantry Regiment. Finalement, le capitaine Leboeuf, venant de Kalhausen à la tête de la compagnie K du 104th Infantry Regiment, après avoir suivi le ruisseau d'Achen, coupant à travers champs, investit Weidesheim au pas de charge. Au moins deux défenseurs allemands sont tués, les autres sont capturés. La progression de Leboeuf a été si rapide qu'il a failli être pris sous le tir de sa propre artillerie. Quelque temps plus tard, il explique avec une pointe d'humour « qu'il commençait à faire nuit et qu'il n'aimait pas combattre la nuit».

Bill Giesler est un soldat américain de la 26th Infantry Division blessé lors de l'attaque du Grand Bois ou Grosswald, le 7 décembre 1944. Le secteur est entre les mains d’une compagnie du 110e Panzergrenadier Regiment de la 11. Panzerdivision. Cette unité allemande défend fanatiquement Weidesheim et ses alentours.

Il relate les faits: "Vers 9h00 du matin, nous avancions en contrebas d’une forêt (le Grosswald) près d’un village nommé Kalhausen. L’officier de renseignement du bataillon a vu ce qu’il pensait être des corps à 200 yards de nous (environ 180 m). Il m’a envoyé, moi et un camarade, pour voir si c’étaient bien des corps. En fait c’étaient des débris. Un obus d’artillerie avait explosé là-bas. En revenant, un sniper allemand a ouvert le feu sur nous et j’ai été touché au bras, mon copain a décampé et je me suis couché près d’une haie. Quand la balle m’a touché, étrangement, je n’ai senti aucune douleur, puis je n’avais plus de sensation dans le bras. La balle a fracassé 3 inches d’os (5 à 6cm) puis j’ai rampé tout doucement. J’étais très fatigué, je tenais mon bras. Il n’y a plus eu de coup de feu. Je suis retourné dans nos lignes aidé du cuisinier de la compagnie. Nous avons descendu la colline, traversé un petit ruisseau (le ruisseau d’Achen) et sommes remontés vers le village où nous avons trouvé un médecin. A la tombée de la nuit, j’ai été évacué vers Dieuze. J’ai passé les 14 mois suivants dans divers hôpitaux ".


L'attaque de la Ligne Maginot

Pour contraindre les troupes allemandes qui occupent la Ligne Maginot à la reddition, le commandement américain fait appel à l'aviation et à une arme d'un nouveau genre, testée la première fois le 17 juillet 1944 près de Coutances (Manche) contre des bâtiments camouflés. Le 8 décembre, dans la matinée, seize chasseurs-bombardiers P47 du 510th Fighter Squadron attaquent les forts de la Ligne Maginot entre Wittring et Achen. Les appareils larguent des bombes à fragmentation ainsi que 16 bidons d'une contenance de 6800 litres de napalm, une substance très inflammable. Les résultats sont jugés décevants, les projectiles ont mis le feu à une zone loin de leur cible. Finalement le 9 décembre, l'infanterie appuyée par un char du 761st Tank Battalion se rend maître des ouvrages, pas du tout adaptés à contrer un ennemi qui attaque par l'ouest et qui peuvent uniquement servir d'abri. C'est la fin des opérations militaires dans le secteur.

Conclusion

La normalité semble être presque de retour, mais dans l’après-midi du 24 décembre 1944 arrivent les premiers réfugiés en provenance de Bliesbruck dans le sillage  des troupes de Patton, appelées en urgence dans les Ardennes, suite à l’offensive "Wacht am Rhein" *. La tête de pont américaine dans la proche Sarre est évacuée. La contre-offensive von Rundstedt dans les Ardennes va porter un coup d'arrêt aux ambitions du général Patton. La 3ème armée qui a pénétré dans le territoire allemand jusque Walsheim en Sarre opère un mouvement de repli vers la Blies pour se diriger ensuite vers le Luxembourg. La relève américaine est assurée par la 7ème armée commandée par le général Patch. Un détachement de troupes de service, composé essentiellement de musiciens et d'infirmiers, appose les premiers graffitis à l’école du village.


Bernard Zins août 2019

Sources et bibliographie

Archives municipales de Sarreguemines, 82X6, 82X8
Témoignages de Joseph Pefferkorn, Arsène Kirschner, Bill Giesler
Ninth Air Force, April to November 1944, Army Air Force Historical Studies, October 1945
COLE (Hugh M), The Lorraine Campaign, Center of Military History, Washington DC, 1997
COURTNEY (Richard D), Normandy to the Bulge, University Press, Southern Illinois, 1997

     

A KALHAUSEN la vie reprend, on fête Noël et la Saint-Sylvestre. Pourtant, au matin du 1er janvier des nouvelles peu rassurantes mettent les Américains en alerte : Hitler vient de déclencher une opération de contre-attaque baptisée "Nordwind".

e) Contre-offensive allemande et riposte de la 2ème D.B.

Le 3 janvier 1945, au matin, les Allemands sont de retour à ACHEN. La panique s'installe parmi la population, les habitants des villages frontaliers fuient devant l'avancée allemande. Une partie des Kalhausiens se joint à eux et les voilà repartis pour un nouvel exode, laissant tout sur place, n'emmenant parfois que ce qui tient dans une charrette tirée à bras hommes. Le reste de la population locale se terre à nouveau dans les abris.

Arrivés au-delà de la crête de la "Hapreit", sur la route d’OERMINGEN, les fugitifs rencontrent des unités de la 2ème Division Blindée de l'armée Leclerc : il s'agit du 4ème escadron et d'un peloton de T.D. (Tanks destroyers), des chasseurs de chars armés de tubes 76,2). Ces hommes de la 2ème D. B. sont surnommés "La Meute". Ils prennent position et, voyant ces gens qui fuient, tentent de les rassurer en leur disant : « N'allez pas trop loin, on les aura ».

D'ailleurs immédiatement "La Meute" se met en mouvement et va se porter au secours de l'infanterie U.S. bloquée à ACHEN où la contre-attaque allemande est stoppée non sans avoir causé de nombreuses victimes dans la population civile et dans les rangs U.S. Au soir du 3 janvier, la 2ème Division Blindée s’installe à KALHAUSEN. Nos Kalhausiens qui ont fui un éventuel retour des Allemands, vont pour certains jusqu'à OERMINGEN pour d'autres plus loin, jusqu'à BISTROFF-sur-SARRE.

Malgré l'arrêt de l'offensive allemande, certains attendront une huitaine de jours pour revenir au village, mais définitivement cette fois-ci, car l'ennemi ne pourra plus jamais reprendre pied sur le territoire de notre commune.

Dans l'après-midi du 3 janvier, LALUET Jacques est tué par un éclat d'obus allemands alors qu'il se trouve dans le "Hohléck" (la rue des jardins), en face de l'actuelle maison BOUR Lucien en compagnie de l’abbé SCHILT Aloyse. Ce jeune prêtre curé réfugié de MALLAUCOURT, originaire de SAINT-LOUIS-Les-BITCHE, assurait le service religieux dans la paroisse depuis le 26/10/1944.

Une triste constatation sur le sort tragique des deux victimes civiles de la guerre. La première, PEFFERKORN Aloyse, est tuée par le premier obus tiré par les libérateurs tant attendus, tandis que la deuxième victime, LALUET Jacques, est tuée par un des derniers obus allemands tirés sur notre village.





 
Il est vrai que l'arrivée de la 2ème D.B. est tout à fait providentielle car sans eux, les Allemands auraient pénétré bien plus en avant durant leur contre-offensive, l'état-major américain prévoyant de les laisser revenir jusqu'à SARREBOURG. "La Meute" restera une quinzaine de jours à KALHAUSEN. Elle profitera même de quelques matinées ensoleillées pour filmer des scènes de guerre dans un mètre de neige, scènes qui en réalité ne sont que des entraînements de tirs sur des carcasses de chars allemands.


 f) Opération Nordwind à Achen et Gros-Réderching par Bernard ZINS
     (Paru en 2015 dans la revue de la Shal, section de Bitche)

En 1945, Nordwind est la dernière offensive allemande sur le territoire français. En Moselle-Est, les opérations militaires s'essoufflent au bout de quelques jours, mais pour beaucoup de soldats américains inexpérimentés, débarqués depuis peu en Europe, ce sera un baptême du feu terrible. Des éléments de la 2e Division Blindée du général Leclerc, engagés à leurs côtés, vont être confrontés à un adversaire très déterminé. A l'issue des engagements, un spectacle de désolation s'offre aux yeux des habitants des villages touchés par les combats: maisons soufflées par les explosions, cheptel décimé...

Le contexte général.

Le 16 décembre 1944, à 5h30 du matin, Hitler déclenche l’opération Wacht am Rhein, plus connue sous le nom de Bataille des Ardennes. L’objectif est de reprendre le port d’Anvers par lequel transitent la majorité des approvisionnements destinés aux armées alliées. Considéré comme calme, destiné à l'entraînement et au repos des troupes, le secteur des Ardennes est défendu par des forces dérisoires : quatre divisions d'infanterie. De gros moyens sont mis en œuvre par les Allemands : 10 divisions blindées, 200 000 hommes prennent part à l’assaut. A ce moment, l'effort allié se situe dans la Ruhr et dans la région de la Sarre.

Devant l’urgence de la situation, les forces du général Patton engagées en Sarre stoppent leurs opérations et volent au secours des unités engagées dans les Ardennes. A partir du 19 décembre, la 3e armée américaine fait un virage de 90° et se dirige vers le Luxembourg. La portion de territoire allemand conquise ainsi que les villages lorrains libérés sont abandonnés et un no man’s land se crée, vite réoccupé par les Allemands.

En fin d'après-midi du 24 décembre, les premiers réfugiés en provenance de Bliesbruck arrivent à Kalhausen dans le sillage d’une colonne américaine. La population ne comprend pas pourquoi les Américains reculent et les abandonnent! Ces convois de blindés et de véhicules de la 87th Infantry Division, entrés en Sarre quelques jours plus tôt, se dirigent vers un point de rassemblement situé à Munster (Moselle). La prochaine étape est Reims; leur objectif est la ville de Bastogne encerclée par les forces du maréchal von Rundstedt.

La 7e armée du général Patch prend la relève des troupes envoyées vers le nord. Les lignes du nouveau front sont très étirées (135 km). La 44th Infantry, Division, commandée par le général Dean, arrive dans le secteur vers le 20-21 décembre et s’installe en position défensive. Le secteur tenu par l’unité s’étend le long de la Blies jusqu’à Bliesbruck, suit la ligne de chemin de fer, passe devant Niedergailbach, Obergailbach, Guiderkirch. La Century Division flanque la 44th sur sa droite vers Bitche, tandis que la 103rd est déployée à l’ouest de Sarreguemines. Un plan de retrait est prévu en cas d’offensive ennemie majeure.

Vers le 22 décembre 1944, Hitler se rend compte que l’offensive en Belgique n’aboutit pas et commence à planifier l’opération Nordwind. L’objectif est de détruire la 7e armée américaine en la prenant en tenaille. Une attaque doit percer le front dans le secteur de la Ligne Maginot, entre Sarreguemines et Rimling, une autre attaque a pour objectif le débouché des vallées de Wingen et Niederbronn. D’autres forces allemandes doivent traverser le Rhin au nord de Strasbourg et celles de la poche de Colmar établir la jonction avec les troupes engagées dans le secteur Nord, ainsi l’Alsace serait à nouveau allemande et le drapeau à croix gammée flotterait à nouveau sur la cathédrale de Strasbourg.

Le 25 décembre 1944, le plan est approuvé par Hitler. Une série de réunions avec les officiers généraux a lieu le 28 décembre. Finalement dans la soirée, le groupe est conduit au quartier général à l’Adlerhorst * dans le Taunus (Land de Hesse) où Hitler tient une conférence. L’accent est mis sur l’importance de cette offensive pour la poursuite de la guerre. Des promesses relatives à l’attribution de moyens aux unités concernées par l’opération sont faites. Pour donner le maximum de chances à la réussite de l'opération et bénéficier de l'effet de surprise, le Generaloberst Blaskowitz, commandant en chef de l'Heeresgruppe G (groupe d'armées G), interdit toute reconnaissance des zones d'attaque. Les communications radio sont bannies, les ordres doivent être écrits et transmis par messagers. Seuls les officiers généraux, les commandants de division et leurs aides connaissent les détails du plan.

Dès le 26 décembre, malgré les précautions allemandes, le service G2 (service de renseignements) de la 7e armée américaine soupçonne l’imminence d’une offensive. Le 27 décembre, le général Eisenhower annule les ordres pour la réduction de la poche de Colmar. Aussitôt, la 2e DB (Division Blindée du Général Leclerc) est mise à disposition de la 7e Armée du général Patch. Des photos aériennes mettent en évidence la préparation de positions d'artillerie dans le secteur de Bitche, des patrouilles relèvent des concentrations de troupes inhabituelles... Quarante-huit heures avant le début de l'offensive, le service G2 de la 7e Armée déclare qu'une attaque serait imminente dans le secteur de Bitche-Sarreguemines.

En cas d’une attaque massive allemande, un plan de repli stratégique est prévu par les Alliés en direction des Vosges. Il concerne la 7e Armée de Patch et la Première Armée Française. Le 1er janvier 1945, l’ordre est donné et doit être effectif le 5 janvier 1945. De Gaulle réagit promptement : hors de question d’abandonner Strasbourg et l’Alsace.

Le 3 janvier a lieu une conférence au sommet entre de Gaulle, Eisenhower et Churchill. Au moment de la conférence, les Allemands sont arrêtés à Achen et la situation militaire dans les Ardennes s’améliore. A Wingen-sur-Moder où est engagée la 6. SS Gebirgs Division Nord, unité très expérimentée qui a combattu en Carélie sur le front de l'Est, la situation est devenue précaire pour les Américains. Eisenhower se range toutefois à l’avis émis par de Gaulle et fait suspendre le mouvement de retrait.

Préparatifs et ordres allemands pour l’opération  Nordwind  dans la région de Sarreguemines

L’attaque est prévue le 31 décembre 1944, à 23 heures. Les instructions pour la mission Achen, "Aufgabe Achen"  (nom que donneront les Allemands plus tard à Nordwind au niveau local) sont données le 29 décembre. Le XIII SS Infanterie Korps doit pousser vers Rohrbach. Les missions des unités sont les suivantes :

- La 19. Volksgrenadierdivision attaquera entre Habkirchen et Bliesbruck, traversera la Blies, tiendra le secteur des fermes du Viesing et poussera jusque Zetting.

- La 36. Volksgrenadierdivision attaquera, en direction d’Achen, les forts de la Ligne Maginot et continuera vers le Sud. L’objectif est d’être maître de la Ligne Maginot le 1er janvier au matin.

- La 17. SS Panzergrenadierdivision Götz Von Berlichingen percera les lignes alliées à l’Ouest d’Erching, traversera la Ligne Maginot, puis, avec l’aide d’un groupe blindé, avancera vers Diemeringen et Drulingen.

Arrivée des renforts américains et du détachement de la 2e DB.

Des renforts américains issus de la 63rd Infantry Division, les 253rd Infantry Regiment et 255th Infantry Regiment sous l'appellation de Task Force Harris, sont acheminés dans la nuit du 31 au 1er janvier 1945 depuis Haguenau en Alsace vers les secteurs de Hambach, Siltzheim, Wittring et Achen. Les soldats de ces régiments, rattachées au XV Corps, récemment arrivés en Europe, sont inexpérimentés et mal entraînés; ils n'ont jamais connu le combat.

Le matériel lourd est encore aux Etats-Unis. Un certain nombre de ces hommes proviennent d'unités antiaériennes dissoutes, de l'Army Specialized Training Program (programme destiné à fournir des ingénieurs et des techniciens pour l'armée US) dont les effectifs ont été réduits... Ces unités doivent stopper les Allemands au cas où les premières lignes américaines seraient enfoncées. Une grande confusion règne lors de la recherche et de l'installation des positions de combat. Le terrain n'est pas familier, le sol gelé ne permet pas de creuser des positions de combat.

 


Achen, janvier 1945.
Ces soldats américains, issus de régiments de la 63rd Infantry Division
récemment débarquée en Europe, vont connaître le baptême
du feu lors de l'opération Nordwind.
(Collection 63rd Div assn historian)


Mis en alerte le 29 décembre 1944, le GTL (Groupement Tactique Langlade), formé de différentes unités de la 2e Division Blindée du général Leclerc, prend position le 2 janvier dans des localités de l’Alsace Bossue et dans quelques villages du pays de Bitche. Un détachement conduit par le capitaine Fonde du 2e RMT (Régiment de Marche du Tchad) quitte Bourgheim en Alsace, le 30 décembre 1944, à 13 heures. La colonne traverse Molsheim, Saverne, Phalsbourg, puis est dirigée sur Mittelbronn, sans connaître sa mission.

Une halte est faite à Baerendorf, dans le Bas-Rhin. Beaucoup de soldats français sont frappés par le contraste existant entre les villages alsaciens relativement opulents et les villages lorrains plus modestes. La population de ces derniers semble plus réservée à leur égard. Ce sentiment ne les quittera pas durant leur court séjour en Moselle-Est.

La mission du GTL est de stopper toute infiltration ennemie sur la ligne Wittring, Achen, Bining. Le 2 janvier au matin, le sous-groupement Minjonnet *, dont fait partie Fonde, reçoit ses ordres : rejoindre Kalhausen, Oermingen, Dehlingen par Wolfskirchen et Sarre-Union. Il fait très froid ( -17°), certains half-tracks (véhicules semi-chenillés) ne démarrent pas; de l’eau contenue dans l’essence a gelé dans les canalisations. Des lampes à souder sont utilisées pour dégeler. Instruction est donnée de maintenir les moteurs chauds en les faisant tourner à intervalle régulier de jour comme de nuit.

A Postroff, le sous-lieutenant de Miscault *, commandant un peloton de chars du 4e escadron du 12e RCA * (Régiment de Chasseurs d’Afrique), est lui aussi confronté aux rigueurs climatiques. Parmi les cinq chars Sherman sous ses ordres, deux sont du modèle M4A3, équipés d’un moteur à essence Ford V8 de 500 CV, tandis que les trois autres sont des M4A2 équipés de moteurs diesel.

A l’origine, seuls la 2e DB, l’Armée Rouge et les Marines américains dans le Pacifique sont équipés de ce modèle de char, fonctionnant avec du carburant diesel. Pour remplacer les matériels perdus, la 2e DB perçoit les mêmes modèles de chars que les divisions blindées américaines en Europe, équipés de moteurs à essence. Dans les unités, le panachage d'engins utilisant deux sortes de carburant va poser de gros problèmes de maintenance. Lors d’une révision par manque de pièces détachées, les réchauffeurs sur les chars équipés diesel du peloton n’ont pas pu été remontés. Pour démarrer ces engins par temps froid, le sous-lieutenant de Miscaut n'a qu'une solution : les démarrer en les tirant avec les chars Sherman équipés de moteurs à essence. Etre débrouillard et savoir improviser sont des qualités essentielles dans les unités de la 2e DB.


L’attaque allemande.

En alerte depuis le 29 décembre, les Américains ont retiré leurs avant-postes et organisé des patrouilles. L’attaque débute le 31 décembre 1944, vers 23 heures. L'objectif initial du XIII SS Infanterie Korps est la prise de Rohrbach et l'ouverture d'un passage suffisant pour permettre le déploiement de la 21. Panzer-Division et la 25. Panzer-Grenadier Division vers la Plaine d’Alsace. Aucune préparation d’artillerie n'a lieu, mais très vite les Allemands se rendent compte que l’effet de surprise escompté n’a pas lieu. Le commandant en chef de la 7ème armée américaine, le général Alexander Patch *, s'est rendu le soir même à Fénétrange, au poste de commandement du XV Corps (44th Infantry Division, Century Division, 103rd Infantry Division) et a ordonné aux commandants de faire annuler toutes les festivités, car cette nuit une attaque allemande est attendue.
 



Cette inscription paraphée par trois soldats américains
de la 44th Infantry Division a été apposée le soir
même du déclenchement de l'opération Nordwind sur un mur
de l'école de Kalhausen.




Les troupes américaines de la 44th et de la Century situées en première ligne se battent avec acharnement, mais cèdent du terrain sous la pression ennemie. La bataille fait rage sur les hauteurs d’Obergailbach et autour des fermes de Morainville et de Brandelfing. Pour enrayer l’avance allemande, l’artillerie américaine effectue des tirs de barrage qui se révèlent très efficaces. De l'infanterie soutenue par des chars Sherman bloque l'avance allemande au sud du bois de Bliesbruck. Un régiment de la Century Division contient la poussée ennemie à l'ouest de Rimling.

Alors que la bataille est engagée, un calme trompeur règne à Achen. Dans une lettre datée du 2 janvier, Philipp L Baker, un lieutenant américain du 255th Infantry Regiment, âgé de 23 ans, exprime son ressenti à Achen: « J’ai passé le premier jour de l’an dans un village français en partie démoli. La messe avait été célébrée, les gens sortaient de l’église. Ils avaient l’air pathétiques en descendant la rue encombrée de matériel militaire, jeeps, camions, chars, canons et de soldats américains. Leurs habits étaient vieux, mais en bon état. La silhouette de leur église en partie détruite se découpait dans le ciel hivernal. J’avais le son de leurs chants en tête, s’en dégageait une impression de tragédie et d’espoir qu’il sera difficile d’oublier ». C’est la dernière lettre écrite par cet officier tué le lendemain à Achen.

Un sous-officier et quelques hommes du 1er Régiment de Marche des Spahis Marocains, l’unité de reconnaissance de la 2e DB, sont détachés à Achen pour faire la liaison avec les troupes américaines. En soirée, à l’issue de la patrouille vers Woelfling, ils rapportent aux civils que tout est calme et qu’il ne faut pas s'inquiéter. Toutefois, l’incertitude sur l’issue des combats donne lieu à des mouvements de panique. A Schmittviller, le chauffeur d’un camion GMC benne son chargement composé de ravitaillement dans la rue et prend le large.

Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les lignes américaines sont percées. Les forces allemandes atteignent la voie ferrée Sarreguemines-Bitche. La route nationale 410 est coupée. Gros-Réderching est à nouveau occupé. La situation est très confuse. Dans la matinée, c’est au tour d’Achen d’être investi par la Stossgruppe Kaiser, composée d’éléments du 38. SS Panzergrenadier Regiment  et d’éléments de la 17. SS Panzer Abteilung. Le 2 janvier, un peu avant minuit, le groupement Kaiser estimé à 150 hommes, soutenu par trois blindés Sturmgeschütz s’avance venant de Gros-Réderching en direction d’ Achen, par la vallée du ruisseau d’Achen.

Le 3 janvier vers 4h30, la lisière Nord d’Achen est atteinte. Surpris par la soudaineté de l'incursion allemande, les occupants du blockhaus de la ligne Maginot près de la route de Wiesviller n'ont pas le temps de réagir et sont capturés. Vers 9h, Achen insuffisamment défendu est entre les mains allemandes.




   L'avancée allemande à la date du 3 janvier 1945
(Infographie Alain Behr)
 
                                                                
Comme dans les villages environnants, de nombreux déserteurs et réfractaires à l’armée allemande sont cachés dans les fenils et greniers. Charles Rimlinger de Kalhausen, caché chez Petri à Achen, raconte : « Le 3 janvier très tôt, je trayais l’unique vache qui nous restait, les autorités allemandes ayant réquisitionné le cheptel. Il y avait des bruits inhabituels. Dans l’obscurité, je vis des fusées de signalisation. Ayant été soldat allemand, je compris tout de suite. Ils étaient de retour. J’enfourchais mon vélo, mais dans le village, je fus arrêté par des soldats américains. Ils n’avaient pas compris ce qui se passait ; après quelques palabres, ils me laissèrent repartir. Je repris mon vélo. Près du pont, j’entendis les balles siffler et je  partis en direction de Kalhausen. Un camion GMC venant de la petite route d’Etting s’encastra dans la maison d’en face. Le chauffeur fut tué. D’autres rafales de mitrailleuses claquaient, je vis les impacts de balles non loin de moi, me jetai dans le fossé et traînai mon vélo comme je pus. Au Val d’Achen, je réveillai les gens, ils n’avaient pas pris conscience des évènements. Arrivé à Kalhausen, depuis les hauteurs, je vis les maisons d' Achen en feu. »

Réveillés par la famille Jung, les Spahis qui ont patrouillé la veille en direction de Woelfling, quittent précipitamment le village et rejoignent in extremis le détachement du GTL à Kalhausen. Peu après, un convoi de véhicules américains cherche à évacuer Achen. Deux camions avec leurs remorques, chargés d’explosifs et de munitions de la antitank company du 255th Infantry Regiment, sont stoppés par un char allemand au croisement de l’actuelle rue du Haut Poirier et de la rue de Wiesviller.

Le "Sturmgeschütz" ouvre le feu et incendie un véhicule. Depuis l'étage d'une maison voisine, un soldat américain met le tank en joue avec un bazooka, mais l'engin antichar ne fonctionne pas. A cause du froid, la pile électrique nécessaire à la mise à feu est déficiente. Dans un grand fracas, les munitions explosent et soufflent tout le quartier. Par chance, il n’y a qu’un blessé à déplorer parmi la population civile réfugiée dans les caves. Les chauffeurs des camions, légèrement blessés, ont pu quitter les véhicules et se mettre à l’abri.

    











A droite, une vue des dégâts occasionnés à Achen au matin du 3 janvier 1945
par les tirs d’artillerie et l’explosion
de 2 camions américains chargés de torpilles Bangalore, de munitions et de mines.
A gauche, une photo du même pâté de maisons, datant d'avant-guerre.
Ces bâtiments étaient situés face au croisement de l'actuelle
rue du Haut-Poirier et de la rue de Wiesviller.
(Collection privée et Ecpad)



Les deux bataillons du 255th Infantry Regiment de la Task Force Harris rejetés d'Achen, prennent position de part et d’autre de la petite route reliant Achen à Gros-Réderching qui est l’unique voie de communication vers l’arrière pour les Allemands. Ces unités se regroupent vers 9h45 entre Singling et le ruisseau d’Achen, protégées par l'artillerie tirant sur Achen depuis Oermingen. Les Américains se réorganisent et vers midi, la souricière se referme sur les Allemands. Coupés de leur ravitaillement et de leurs renforts, ils n’ont pas les moyens de poursuivre leur avancée.

Les blindés français du 4e escadron du 12e RCA, en alerte à Oermingen, se dirigent sur Kalhausen. Ordre leur est donné de bloquer toutes les voies de communication. Un peloton de chars est positionné sur les hauteurs d'Etting, d’autres chars surveillent la coulée entre Etting et Schmittviller. Des renforts sont acheminés à Oermingen. Vers 9 heures, le sous-groupement Minjonnet reçoit l’ordre de contre-attaquer et de nettoyer Achen. Il est aussitôt annulé, en raison de la confusion possible entre troupes amies et ennemies à cet instant. Quelques Allemands montent jusqu’au cimetière d'Etting. Arrêtés par les chars français, ils refluent. Un blindé allemand fait une reconnaissance jusqu’à la Oligmühle, puis fait demi-tour. Les fantassins de la compagnie du capitaine Fonde reçoivent l’ordre de s’installer sur les crêtes dominant le village de Kalhausen. Le sol est gelé, impossible de creuser des trous. Depuis peu, un contingent de jeunes recrues inexpérimentées a rejoint la compagnie. Connaissant la réputation de l'adversaire, l'encadrement ne cache pas son inquiétude. De loin, ils voient les premiers villageois d'Achen fuir la zone des combats.

 



Le Bigorre est le char de l’aspirant Catala. On retrouve souvent cette photo dans les ouvrages relatant l’épopée de la 2e DB, ceci sans explications ou fantaisistes. Cette photo a été prise au "Làngenéckerkritz", au niveau du croisement Kalhausen, Oermingen, Schmittviller, Ritterstròss bien après la fin des combats. Le char s’engage sur le chemin de terre en direction d’Etting. Il est du type Sherman M4A2, avec un canon de 75 mm, équipé d’un jumelage de moteurs diesel développant une puissance de 410 cv. Ce modèle n’est pas utilisé par l’armée américaine en Europe. Ecpad


Achen est repris

Vers 11h30, de nouvelles instructions sont transmises aux Français. L’ordre est donné de prêter main-forte aux Américains, la 1ère section du lieutenant Salbaing * de la 7e compagnie ainsi que 2 pelotons de chars du 4e escadron sont désignés.

Michel de Miscault, chef de peloton, raconte : « Le 3 janvier au matin, nous vîmes un petit détachement US, automitrailleuses M8 et quelques véhicules à roues traverser à vive allure Kalhausen vers l’Est. Le peloton Dufour fut envoyé en observation sur la crête qui nous séparait du village d’Achen. Vers 12 heures, je reçus l’ordre d’aider le commandant d’un bataillon US à reprendre le village d’Achen. Mon chef de corps (le Chef d’Escadron Gribius) me rejoignit au PC de ce bataillon, mais il m’interdit de m’engager avec la totalité de mon peloton. J’ai donc envoyé le MDL/C (Maréchal des Logis-Chef) Quéffelec avec son groupe de 2 Sherman. Il fut malheureusement tué ainsi que le maréchal des logis chef de Vaumas. »

Peu après 12 heures, l’attaque démarre, les blindés français appuient les Américains qui progressent de maison en maison. Dans l’après-midi, les chars du peloton de Miscault démolissent deux Stumgeschütz qui apportent leur soutien aux unités allemandes. Le compartiment moteur des blindés est touché. Les tirs fusent de toute part. Un tankiste SS est abattu lors d'une tentative visant à récupérer la radio du char devant la maison Jung, en passant par la fenêtre de la maison. Un tireur embusqué américain interdit aux SS de traverser la rue devant la maison de Joseph Rimlinger. Des mitrailleuses mises en batterie sur les lignes de crêtes surplombant les rues transversales du village tirent sans discontinuer.

A la nuit tombée, les troupes françaises rejoignent Kalhausen et laissent aux Américains le soin de parachever le nettoyage et la reconquête d’Achen. Les Allemands retranchés dans l’extrémité nord du village reçoivent l’ordre de décrocher et se replient en direction de Gros-Réderching. Le Hauptsturmführer Toni Eichner, à la tête du III.Bataillon du 38. Panzergrenadier Regiment,  raconte : « Le village était toute la journée sous le feu ennemi, les communications radio étaient difficiles, nos munitions étaient presque consommées, les renforts ne suivaient pas. L’opérateur radio fit une crise de nerfs, il nous fut possible de traverser les lignes américaines au cours de la nuit ».

Appuyés par le 3e Sturmgeschütz intact, les SS percent l’encerclement et parviennent à rejoindre leurs lignes en franchissant la nationale Sarreguemines - Rohrbach au nord de Gros-Réderching.

Alors que le 3 janvier les combats se poursuivent à Achen, le général de Langlade donne l’ordre au lieutenant-colonel Massu de reprendre Gros-Réderching par l’est. Parti aux alentours de 14h de Rahling, le sous-groupement progresse par la vallée de l’Altkirch en pleine tempête de neige, n’arrive que vers 16 heures de l’après-midi. L’infanterie et les chars investissent le village par le sud et l’est après un vif combat près du cimetière et aux lisières sud. A la tête du 2ème  peloton du 12ème  R.C.A., le lieutenant Rives Henrys chargé de l’action principale, est grièvement blessé d’une balle dans la nuque, dans la tourelle du char "Maurienne". *

Le nettoyage du village est entrepris par 2 sections de la 6ème compagnie de 2ème  R.M.T. du capitaine Langlois mais l'unité ne parvient pas à se rendre complètement maître des lieux. De nombreux foyers de résistance subsistent et sont renforcés d’une manière continuelle par des éléments retraitant d’Achen. Pour cette raison, le général De Langlade demande avec insistance à ses homologues américains de la 44th Infantry Division de relever au plus vite le sous-groupement Massu dont l’infanterie n’est pas assez nombreuse pour tenir le village.




Un char Hetzer lance-flamme de la Flamm Kompanie 353 à court de carburant,
abandonné dans la grange de la maison Schmitt à Gros-Réderching.
Le jet enflammé a une portée de 50 mètres. Ces engins devaient contribuer au succès
de Nordwind en perçant la Ligne Maginot dans le secteur d'Achen.
Seuls 20 exemplaires de ce modèle ont été construits.
(Collection mairie de Gros-Réderching)


 
Le commandement américain donne suite, mais les liaisons radio et le manque de coordination avec les troupes américaines vont faire échouer l'opération. Le second bataillon du 71th Infantry Regiment chargé de cette mission rapporte que dans l'obscurité et la confusion, des chars français les ont pris sous leur feu, les obligeant à faire demi-tour.

Du côté français, il est rapporté que le 4 janvier vers 1 heure du matin, ce n’est pas la relève américaine attendue qui entre à Gros-Réderching, mais ce serait un groupement SS vêtu d'uniformes américains, utilisant l’itinéraire prévu, appuyé par un char Sherman arborant l'étoile américaine!  La confusion est totale. En désespoir de cause, le lieutenant-colonel Massu fait évacuer les rescapés français sous un tir de barrage d’artillerie. Le bilan de cette nuit est lourd et fait état de 4 chars français détruits ainsi que de 10 tués. Le capitaine Langlois est capturé. Le village est de nouveau entre les mains allemandes.

Par un froid glacial, le 4 janvier vers 6h30, à la demande des Américains, le tandem infanterie-blindés du 12e RCA, commandé par le lieutenant Salbaing et l’aspirant Catala reprend la direction d’Achen. Les Français sont accueillis par des Américains croyant dans un premier temps entendre des blindés ennemis. Certains embrassent les chars. Le nettoyage final commence, il ne reste que des Allemands isolés qui se rendent pour la plupart. Une douzaine de prisonniers sont faits, pour la plupart des SS tchèques et polonais. Vers 10h, le dernier point de résistance est un blockhaus de la ligne Maginot. Vers 17h, les Français retournent sur Kalhausen. L’offensive allemande est endiguée, Gros-Réderching est repris le 5 janvier.




Comme son frère Henri, Hubert de Hautecloque s’engage dans la 2e DB.
Ils sont les fils aînés du général Leclerc. Leclerc est le nom de guerre
que le capitaine de Hautecloque prend en Angleterre, en juillet 1940.
Après la victoire de 1945, Leclerc de Hautecloque sera le
patronyme familial pour lui et ses descendants. Hubert de Hautecloque
est photographié au Làngenéck (rue de la libération) au niveau du jardin Muller.
Il est âgé de 17 ans et porte le grade de brigadier.
L’équipage de 5 hommes du char Sherman Bordelais II
du sous-lieutenant de Miscault, dont il fait partie, loge chez Nicolas Lenhard.
(Ecpad)



Robert Velut, du 4e escadron du 12e RCA, se souvient: « J’ai été volontaire avec quelques autres pour aller rechercher le corps du MDL/C Quéffelec qui était un ami, tué la veille (3 janvier). Son char était le "Saintonge" un Sherman M4A2. Au cours d’une reconnaissance à pied, il avait été tué par une grenade. Les Allemands tiraient toujours sur Achen. C’était un spectacle désolant, les maisons étaient en feu, les tas de fumier étaient répandus sur la route qui n’était plus qu’un sentier. Partout des cadavres d’hommes et d’animaux mêlés. Ça et là des vaches blessées, pour achever l’une d’elles, l’arrière écrabouillé, je dus lui tirer 7 balles dans la tête. Nous avons enfin trouvé notre copain étendu. Sous le feu ennemi, nous avons salué sa dépouille et l’avons mis à l’abri dans l’attente d’un moment de calme. »

Le MDL/C Quéffelec, originaire de Benodet dans le Finistère, est inhumé au cimetière de Kalhausen par le curé Schilt. Après-guerre, son corps est transféré en Bretagne



Jean Queffelec, chef de char du 12ème RCA
 
Le maréchal des logis-chef Jean Queffelec, chef de char du 12ème RCA, a été tué à Achen, le 3 janvier 1945. Engagé en 1938, il a fait partie du 507ème régiment de char, puis 19e BCC sous les ordres du colonel de Gaulle. Jean Queffelec a déjà effectué un séjour en Moselle-Est en 1939-1940 pendant la drôle de guerre dans le secteur Sarreinsberg, Althorn, Goetzenbruck. (AHK)




Le capitaine Jean Julien Fonde
 
Le capitaine Jean Julien Fonde, commandant la 7e compagnie du 2e régiment de marche du Tchad (2e RMT), pose devant son PC à Kalhausen. Des câbles téléphoniques courent depuis le bâtiment. En remerciement de l’aide apportée à Achen les 3 et 4 janvier, un officier américain cède à Fonde un central téléphonique de campagne ce qui permet au capitaine de rester en contact avec ses hommes répartis dans les maisons du village. (Ecpad)


Le chef du 2e char, le maréchal des logis-chef de Vaumas, voulant remplacer Quéffelec tué par une grenade, est blessé par balle, le chef d’escadron Gribius, voulant suivre de près l'action, bloqué à Achen, le transporte dans une maison voisine qui prend feu. Il aura toutes les peines du monde à faire évacuer le blessé par les Américains. De Vaumas décède des suites de sa blessure à l’hôpital américain de Dieuze, le 10 janvier 1945.

Les civils dans la tourmente

Dès le 3 janvier et les jours suivants, des civils originaires de Bliesbruck, Woelfling, Wiesviller, Gros-Réderching, Achen quittent la zone de combat et trouvent refuge à Kalhausen et dans les villages environnants. 292 hommes, femmes, enfants, originaires des villages pris dans la tourmente de l’offensive Nordwind sont officiellement enregistrés par la mairie de Kalhausen pour la journée du 3 janvier. (Ce chiffre est à prendre avec précautions, puisque des réfugiés de Bliesbruck enregistrés à la journée du 3 janvier sont présents à Kalhausen depuis le 24 décembre 1944.)

D’autres sinistrés suivent dans les jours à venir. La présence d’une compagnie de la 2e DB rassure les gens et stoppe le flux de réfugiés. Les soldats français leur garantissent que l’offensive allemande est jugulée. Dans beaucoup de maisons, les propriétaires doivent se contenter de 2 pièces habitables. En plus des réfugiés, le village abrite une compagnie de la 2e Division Blindée jusqu’au 18 janvier, ainsi que des soldats américains.




Des réfugiés de Gros-Rédeching se dirigent vers Achen.
Ils empruntent le même chemin que les SS de la 17. SS Panzergrenadierdivision
Götz Von Berlichingen quelques jours plus tôt. En arrière plan la Walckmühle.
(Ecpad)

 
Bernard Obry, de Wiesviller, dont la famille a trouvé refuge à Kalhausen le 3 janvier 1945, se souvient de cette journée: « J’avais 10 ans à l’époque. Le bruit s’était propagé que les Allemands étaient de retour. Nous sommes partis, mes parents, mes frères et sœurs (nous étions quatre enfants), ainsi que mes grands-parents dans une voiture tirée par un attelage de chevaux. Nous y avons entassé ce que nous avons pu, y compris deux cochons venant d’être tués. Il faisait très froid. Mon père a pris la route menant à Achen. Arrivés sur les hauteurs avant la descente vers le village, nous avons été stoppés par la police militaire américaine. C’est là que nous avons compris qu’il se passait quelque chose à Achen, une bataille avec des chars à ce qu’on nous a dit. Refoulés, nous n’avions plus qu’à faire demi-tour et revenir à Wiesviller. Mon père a décidé alors de passer par Wittring en empruntant la route s’appelant actuellement rue de la libération. Arrivés sur les hauteurs avant la descente vers Wittring, nous avons été face à un nouveau barrage établi par la police militaire américaine. Un soldat nous arrêta, mais mon père, excédé, continua son chemin. Le policier militaire braqua son pistolet sur la tempe de mon père, pour finalement ranger son arme et nous laisser passer. La route était verglacée. Dans la descente vers Wittring, la voiture fit un tête-à-queue. Plus de peur que de mal, il n’y eut pas de blessés. Nous avons poursuivi notre chemin par Weidesheim. Arrivés à la patte d’oie en contrebas de Kalhausen, nous sommes montés vers le village. C’est là que nous avons entendu la déflagration d’un obus. Nous avons appris un peu plus tard que Laluet, le boucher du village, avait été tué dans l’explosion. Arrivés sur la place du village, nous avons cherché à nous loger. Finalement, c’est la famille Neu habitant la rue menant à Oermingen qui nous a accueillis. Nous ne sommes retournés chez nous que vers la fin mars. »

La percée allemande vers Rohrbach a échoué, cependant l'Armeegruppe G a encore une carte à jouer dans le secteur nord de l'opération Nordwind. A l'instar de ce qui a été tenté dans le pays de Bitche, l'objectif allemand consiste à créer un couloir où pourraient s'engouffrer la 21. Panzerdivision et la 25. Panzergrenadierdivision. L'action se déroule dans la zone de 16 km comprise entre la Century Division à l'est de Bitche et Neunhoffen dans le Bas-Rhin où commence le secteur tenu par la 45th Division.

La Task Force Hudelson, composée d'unités de reconnaissance mécanisées et d'infanterie motorisée cède du terrain le 1er jour de l'attaque, ce qui permet à la 6. Gebirgs Division Nord d'atteindre Wingen-sur-Moder. La plaine d'Alsace pourrait être atteinte via Ingwiller. Conscients des enjeux, les Américains défendent âprement la route de Lemberg-Goetzenbruck. Le 7 janvier, la reprise de Wingen marque la fin de la première phase de l'opération Nordwind. Le centre de gravité de la bataille se déplace vers Wissembourg et atteint son paroxysme à Hatten-Rittershoffen où 2000 soldats allemands et 1200 Américains vont laisser leur vie. Sur ordre de Hitler, l'offensive est stoppée le 25 janvier.


 


Le capitaine Fonde et le lieutenant Baillou sont photographiés
devant le Sturmgeschütz abandonné par les Allemands
dans un bosquet en contrebas de la route menant de Kalhausen à Oermingen.
Notez le gilet en peau de lapin du lieutenant Baillou : l’intendance de la 2e DB
en acheta un grand nombre dans une usine des Vosges en octobre 1944.
Ils furent confectionnés à l’origine pour l’armée allemande.
Ce Sturmgeschütz III est du modèle G équipé d’un canon de 75 mm.
Ce char pèse 24 tonnes, c’est un blindé d’appui-feu pour l’infanterie.
Les Sherman du 12e RCA sont confrontés à ces engins à Achen et Gros-Réderching.
(AHK)



Les dernières victimes

Les dernières victimes à mettre au compte de l'opération Nordwind dans la région trouvent la mort sur la route de Lemberg vers Goetzenbruck, citée précédemment. Dans l’après-midi du 18 janvier 1945, vers 16 heures, le véhicule Peugeot 402, conduit par Joseph Jost, est pris sous des tirs sur la route de Lemberg vers Goetzenbruck. Les passagers sont le lieutenant de réserve Aloyse Schilt et le capitaine de réserve Edouard Fogt de la résistance locale en mission de reconnaissance. Deux occupants de la voiture décèdent: Joseph Jost est tué d'une balle dans la tête, la poitrine d'Aloyse Schilt est criblée de balles.

Edouard Fogt en réchappe et parvient à atteindre les lignes américaines. Ils sont victimes d’une méprise. L’auteur des tirs est un avant-poste américain pensant être confronté à une patrouille allemande circulant dans un véhicule civil. Aloyse Schilt est le curé du village de Kalhausen. Avant de prendre en charge la paroisse le 26 octobre 1944, il est successivement, à partir de 1941, curé de Montbronn, de Malaucourt-sur-Seille et de Manhoué, près de Delme. Intrépide et volontaire, il est plusieurs fois inquiété par la Gestapo du fait de ses prises de position antinazies dans ses sermons.

Début décembre, devant l'église de Kalhausen, une altercation entre le curé et un officier SS faillit dégénérer. Un élève officier allemand, ancien séminariste, pris de sympathie pour le curé, calme le jeu. Le 3 janvier, au plus fort de l'opération Nordwind, Schilt échappe de justesse à la mort. En début d’après-midi, accompagné de Jacques Laluet, le boucher du village, il se rend dans une position française surplombant la vallée d'Achen. Sur le chemin du retour, un obus tiré trop court explose sur le sol gelé. Les éclats fusent, l’un traverse la soutane du curé et tue Jacques Laluet, lui sectionnant l’artère fémorale.

                                             


Pendant la drôle de guerre, Aloyse Schilt occupe la fonction de chef de section de mitrailleuses au 168e Régiment d’Infanterie de Forteresse dans le Secteur Fortifié de Thionville. Il tombe sous les balles d'un avant-poste américain le 18 janvier 1945.

(Archives municipales de Sarreguemines)


Jacques Laluet,
le boucher de Kalhausen, une des
victimes civiles lors de l'opération Nordwind.
(AHK)

Mythes

Si dans l'ensemble le déroulement de l’opération Nordwind en Moselle-Est est bien connu, se pose le problème des sources. Pour certains épisodes, elles sont incomplètes, voire manquantes. Certains témoignages sont contradictoires et peuvent ne pas refléter ce qui s’est réellement passé. Dès le 3 janvier, des réfugiés arrivés d’Achen racontent à leurs hôtes de Kalhausen qu’un combat à l’arme blanche opposant Américains et Allemands a eu lieu dans une des dernières maisons du village en direction de Wiesviller entraînant un bain de sang.

Les corps de trois soldats allemands et d’une dizaine d’Américains sont effectivement relevés. La consultation des sources allemandes aussi bien qu’américaines n’apporte aucun élément probant. Un témoin oculaire, Raymond Jung a vu la scène et réfute cette affirmation. Il n'y a pas eu de combat corps à corps, ni d'exécution sommaire à l'arme blanche. Le décès des soldats est imputable à l’éclatement d’un obus qui éventre la façade de la maison où quelques SS gardent des soldats américains capturés le matin même dans le blockhaus de la Ligne Maginot, situé non loin de là.

Que s'est-il passé la nuit du 3 janvier à Gros-Réderching ? A aucun moment, les comptes-rendus allemands ne font état de l'utilisation d'un char Sherman capturé et d'autres véhicules utilisés par des équipages allemands en uniforme américain, relaté par les soldats français. 

L'opération de cette nuit est à mettre au compte d'un officier SS de la "Götz von Berlichingen" très expérimenté et audacieux, un ancien de la division
"Das Reich" qui a fait ses armes en Russie, puis sur le front Ouest. Le SS Sturmbannführer Wahl à la tête d'un groupe de combat composée  de 11 Sturmgeschütze de la SS-Panzerjäger-Abteilung 17 de la SS-Panzeraufklärungs-Abteilung 17 a pour mission de dégager les éléments de la SS-Panzer-Abteilung 17 et du SS-Panzergrenadier-Regiments 38 pris au piège à Achen. C'est un succès, il bouscule les troupes alliées à Gros-Réderching, détruit quatre chars Sherman, pousse jusque Achen et regagne les lignes amies avec la majeure partie des encerclés.


En conclusion.

Le rapport allemand analysant l’échec de l’opération Achen paraît le 29 janvier 1945. Les points suivants sont soulignés :

-L'absence d'un certain nombre de blindés sur les positions de départ au moment de l’attaque.


-La faible combativité de certaines unités composées de 30% de Volksdeutsche : Russes issus de minorités germaniques, Polonais, Tchèques, quelques Lorrains.


-Le manque de réserves en hommes et matériel, des flancs non protégés.


-La détermination des Américains disposant d’une puissante artillerie, de munitions à profusion, de blindés et de la supériorité aérienne.


Un état de la 17. Panzerdivision Goetz Von Berlichingen rapporte que 38 Américains ont été capturés durant les combats de Gros-Réderching et d'Achen.


Du côté français, les points suivants sont mis en exergue : ordonner l'attaque tardive d'un village sans reconnaissance est à proscrire, mettre impérativement au point les liaisons entre unités de nationalités différentes.... Les pertes allemandes relevées dans le journal de marche du GTL font état de 200 tués ou blessés et de 62 prisonniers pour tout le secteur. Au final, l'analyse du général de Langlade sur Nordwind en Moselle-Est est très pertinente. :
« De Bitche à Sarreguemines, un front de 35 km était tenu par un détachement de 2000 fantassins (allemands NDLR) appuyé de deux douzaines de chars. Le tout commandé par un enragé lieutenant-colonel (SS Standartenführer Lingner NDLR) démuni de tout, sans réserves, n’ayant derrière lui que le vide barométrique ! »

Bernard Zins, mise à jour août 2019            

Sources et bibliographie

DE LANGLADE (Paul), En suivant Leclerc, Robert Laffont, Paris, 1964
FONDE (Jean Julien), J'ai vu une meute de loups, Fernand Nathan, Paris, 1969
HOLZRITTER (Etienne) Hoffmann (Gaston), Au cœur de la tourmente; Gros-Réderching en janvier 1945
SALBAING (Jacques), Ardeur et réflexion, La pensée universelle, Paris, 1992
STÖBER (Hans), Die Sturmflut und das Ende, Munin Verlag, Osnabruck, 1987
WOLF T ZOEPF, MATAXIS (Theodore) Seven Days in January: With the 6th SS-Mountain Division in Operation Nordwind, Aberjona Press, 2001
63rd Infantry Division History, edited by the 63rd Div Assn Historian, 2006
Battle of the Vosges mountains, Combat Studies Institute, US Army Command and General Staff College, Fort Leavenworth, 1984
Kriegstagebuch Goetz von Berlichingen, Arbeits und Förderverein Für Bliesdalheimer Dorfgeschichte, 1995
"Der Freiwillige", Jahrgang 52, Heft 4, April 2006

Archives municipales de Kalhausen, Sarreguemines, Service Historique de la Défense Vincennes

Infographie Alain Behr
Interviews de Michel de Miscault, Robert Velut, Jacques Fenouillère, anciens de la 2e DB
Interview de Raymond Jung, Bernard Obry. Témoignages divers.
Remerciements à Jacques Fougeray, René Buchheit



Le 18 janvier 1945, la 2ème Division Blindée quitte notre village par un temps très froid et des bourrasques de neige pour aller faire barrage aux Allemands près de WASSELONNE. Le passage de "La Meute" est même mentionné sur la carte des différents combats livrés par la 2ème D.B. au cours
de cette horrible guerre.


À la mi-janvier, le maire du village est destitué de ses fonctions suite à l'intervention de l'abbé SCHILT. Ce dernier est, en fait, un responsable de la résistance du secteur. L'abbé SCHILT est "mort pour la France" le 18 janvier 1945, tué d'une balle dans le cœur, près de LEMBERG, en voulant revoir son pays natal. Il a été victime d’un tir fratricide de la part d’un Américains qui croyait avoir affaire à une patrouille allemande. Dans son rapport, il s’en excusa de suite, mais l’irréparable venait d’avoir lieu. Certains Kalhausiens se souviennent encore de lui, puisqu'ils l'attendaient pour qu'il dise la messe ce matin-là. Malheureusement, il ne viendra pas.

Les villages frontaliers étant encore le théâtre de combats, des gens évacués hors de la zone de combat ne peuvent regagner leur maison et un grand nombre d'entre eux demeurent à KALHAUSEN. Certains y séjournent en tant que réfugiés pendant trois mois.

g) Étape finale

Les alliés progressent et vont de victoire en victoire sur le front Ouest tandis que les Russes font de même sur le front Est. L'étau se resserre autour d'Hitler qui se suicide le 30 avril 1945. L'amiral DÖNITZ engage des négociations à Reims le 5 mai 1945 et le 8 mai, à 15 heures, la capitulation sans condition de l'Allemagne met fin à la guerre en Europe.

Au soir du 8 mai, jour de la victoire alliée, un mannequin représentant Adolf Hitler est conduit en procession dans tout le village avant d'être brûlé sur un bûcher à la grande joie de tous ou presque.

Ce même soir, alors que les cloches sonnent pour la libération, le premier "Malgré-nous" revient au village, c'est PEFFERKORN Victor.

Le dimanche 26 août 1945, une grande fête de la libération est organisée. Toutes les maisons sont décorées de croix de Lorraine et de drapeaux français.

      




La maison GROSS, rue des jardins
(anciennement TAESCH Aloyse)


h) Complément d'informations

Au niveau de la paroisse, après la mort de l'abbé SCHILT, c'est l’abbé SCHOVING, le curé réfugié de BLIESBRUCK, qui lui succède jusqu'au 12 avril 1945.

Le 15 mai 1945, c'est le retour de l'abbé ALBERT, de son exil de la région nancéenne, mais il décède le 14 juin 1945 à 23 heures et sera enterré le 18 du même mois. Il était âgé de presque 83 ans.

        


        La paroisse fête le retour de l’abbé Albert MICHEL



Le 11 septembre 1945, c'est l'arrivée de l'abbé Nicolas ICHTERTZ.

À la mairie, l'arrêté préfectoral du 29 mars 1945 officialise la nomination du conseil d'administration provisoire. La présidence en revient à GROSS Florian.

Ce nouveau conseil se réunira pour délibérer officiellement le 22 avril 1945 (première séance inscrite au registre des réunions du Conseil Municipal).

Les premières élections d'après-guerre ont lieu le 23 septembre 1945. GROSS Florian est élu maire.

La deuxième guerre mondiale prend fin le 2 septembre 1945 avec la capitulation du Japon.

Pour les 57 nations engagées dans ce conflit, le tribut payé est effroyable : environ 55 millions de morts dont 580.000 pour la France soit 1,1 % de la population et pour KALHAUSEN, avec ses 20 victimes (dont une décédée des suites de la guerre) le quota est de 2,4 %.


Les G. I. et la jeunesse




Marie-Louise FREYERMUTH  actuellement
épouse de Pierre FREYERMUTH
et  André FREYERMUTH  actuellement
époux de Denise HOFFMANN

en compagnie d’un soldat U.S
devant le 21, rue des roses.






Camille WENDEL en compagnie d’un soldat
américain devant le 9, rue des fleurs.

Décédée en 1971, elle a été la première
épouse d’Aloyse SCHLEGEL


                                                             
  
VII) TEMOIGNAGES
  
M. DEMMERLE ERWIN

« Au moment des faits, j'avais 14 ans et j'habitais rue des mésanges. Les Allemands envoyaient les jeunes de mon âge en Allemagne et les faisait travailler dans des usines afin de soi-disant y acquérir un métier, mais en réalité pour pallier au manque de main-d’œuvre. Ces usines étaient souvent soumises aux bombardements des avions alliés. Pour échapper à cet enrôlement et aussi pour compenser la pénurie de main-d’œuvre dans le village (car beaucoup de jeunes avaient été enrôlés de force dans l'armée allemande) je travaillais comme aide chez le boulanger du village, FABING Nicolas dit "Bägger Niggel".

En ce début d'après-midi du 1er décembre 1944, la dernière fournée de pain est en train de cuire. D'un seul coup, les vitres volent en éclat, suite à un grand bruit assourdissant et de la fumée monte de la maison voisine. Un obus envoyé sur le village par les Américains vient de s’abattre dans la cour des PEFFERKORN. Malgré les consignes de mon patron, je franchis les quelques mètres me séparant du lieu d'impact de l'obus et découvre PEFFERKORN Aloyse recroquevillé et grièvement blessé au thorax : il était sorti avec un panier pour chercher du bois. Quelques instants après, les soldats allemands viennent lui porter secours mais ils ne peuvent empêcher sa mort : c'est la première victime civile de la guerre pour le village.

Le 5 décembre, j'observe depuis la cave MOURER (rue des mésanges) le passage des derniers allemands. Un des soldats, d'un âge certain, arrive, chancelant, au bout du rouleau ; les personnes retranchées dans la cave MOURER lui demandent des nouvelles sur l'avancée des libérateurs et il leur répond qu'ils arriveront d'un moment à l'autre. Sur ce, nos villageois, pris de pitié pour cet homme vaincu physiquement et moralement, lui proposent de le prendre en charge et même de lui procurer des vêtements civils et de le cacher. Dans un premier temps, il accepte, puis après un moment, entrouvrant la porte, il aperçoit les sept derniers fantassins qui passent ; il décide de rejoindre le groupe qu'il suit à grande peine. Le dernier char allemand, après des manœuvres de diversion, quitte le village, mais pas d'Américains en vue.

Le 6 décembre, au matin, je vais rejoindre BECKER Auguste qui habite dans le haut de la rue de la montagne afin de l'aider à nourrir ses chèvres et ses volailles. Jetant un coup d'œil par la porte de l’étable, j'aperçois la tête d'un Noir qui émerge de la tranchée antichar creusée à quelques pas de la maison. Mon cousin WECKER Jean et moi, nous sortons de la maison, chacun agitant un mouchoir et criant de joie. Mais notre élan est vite stoppé car l'Américain nous met en joue et nous regagnons précipitamment l'intérieur. Ensuite, une à une, des têtes émergent et les hommes, le doigt sur la détente, sorte de la tranchée et investissent les maisons : il est entre huit et neuf heures du matin.

En face, chez BOUR Jean, les Américains entrent par l'arrière et lorsqu'ils sortent par la porte de devant, un obus allemand tiré depuis la côte d’ACHEN vient exploser devant eux et tue un G.I. J'ai aussi été marqué par l'incident qui a conduit au rassemblement de la population dans les granges ZINS et FABING où l'on a frôlé un véritable carnage. »


M. LALUET GASTON

« Je me souviens que la boucherie de mes parents avait été réquisitionnée par les Allemands pour l'abattage des bêtes et la confection de saucisses destinées à l'armée allemande. Mon père ne pouvait exercer que deux jours par semaine. Je me rappelle aussi qu'en octobre ou début novembre 1944, alors que j'avais six ans, je promenais, en compagnie de ma cousine SCHAEFFER Hélène et de HERRMANN Colette, le landau dans lequel dormait mon petit frère Hubert âgé de quelques semaines. Sans que l'alerte aérienne ait été donnée, voici qu'arrivent des avions de chasse alliés, venant de l'est et se dirigeant vers la gare. Quelle n’est pas notre stupeur ! Un des avions ouvre le feu et mitraille notre petit groupe. Heureusement personne n’est touché, mais les impacts de balles sont visibles sur les pavés devant la maison de même que dans le voisinage.

Je me rappelle bien la Libération puisque mon grand-père s'appelait Nicolas et on lui avait confectionné une bassine pleine de petits gâteaux pour l'occasion. Mais ce fut la dizaine d'Américains qui après avoir investi la maison, eurent le droit de savourer ces biscuits que ma famille leur avait offert en signe d'amitié. Mon oncle me demanda de m'adresser aux Américains pour avoir un peu de chocolat ; je suivis ses conseils et répétai la phrase que mon oncle m'avait apprise : « Have you chocolate ? » et effectivement ils me donnèrent du chocolat, certes un peu dur et recouvert de cire, mais du chocolat, le premier que j'eus la joie de goûter.

Je me rappelle aussi la fin tragique de mon père. Le 3 janvier 1945, les allemands ont réussi par une contre-attaque à revenir jusqu'à ACHEN, mais ils ont à nouveau été mis en déroute par l'arrivée de la 2ème D.B. En ce début d'après-midi, l’abbé SCHILT vient au magasin de la boucherie et demande à ma mère s'il peut voir mon père avec lequel il entretient des contacts fréquents. Mais mon père était sorti par derrière afin de se rendre dans le "Hohléck"
(rue des jardins). Sur ce, notre jeune abbé va rejoindre mon père qui est en pleine discussion au milieu de la rue avec BRUCH Jean-Pierre, LAUER Charles et STEPHANUS Pierre. Après s'être mêlé à eux l'abbé SCHILT demande mon père s'il veut bien l'accompagner à la "Rutsch" pour aller aux nouvelles : il y a là, en position un char de la 2ème D.B. qui pourrait leur fournir des renseignements sur le front. Mon père refuse une première fois et la discussion continue. L'abbé réitère sa demande une deuxième fois, puis une troisième. Après tant d'insistance mon père finit par accepter. Ensemble, ils vont donc auprès de ce char recueillir les dernières nouvelles des mouvements des troupes. L'abbé SCHILT est intéressé à plusieurs titres : en tant qu'officier français, en tant que responsable d’un réseau des résistants, mais il aurait aussi aimé rendre visite aux siens à SAINT-LOUIS-les-BITCHE.


Il est entre 14 h et 15 h lorsque nos deux amis, après avoir été aux renseignements s’en retournent vers le village. Mais, ils sont à peine arrivés à hauteur de l'actuelle maison BOUR Lucien (rue des jardins), qu’un obus allemand tiré depuis ACHEN explose sur le sol fortement gelé du talus longeant la rue. Surpris, les deux hommes n'ont pas le temps de réagir, les éclats fusent, l'un d'entre eux traverse la soutane de l'abbé SCHILT sans le blesser mais vient frapper de plein fouet la cuisse de mon père et lui arrache la jambe. Voyant qu’il gît à terre, grièvement blessé, perdant son sang en abondance, l'abbé appelle du secours dans la maison PEFFERKORN (Schummàchersch) et revient auprès du blessé. Plusieurs personnes sortent de leur abri et accourent mais constatent leur impuissance. Il n'y a pas moyen de poser un garrot, et en quelques instants, vidé de son sang, mon père s’éteint.

L'abbé SCHILT se sentait coupable de la mort de mon père mais le pauvre ne devait pas longtemps survivre à son ami Jacques puisque, dans la nuit du 17 au 18 janvier 1945 il fut tué près de LEMBERG, par un tir fratricide d’un Américain le confondant avec un allemand, alors qu'il voulait rejoindre son village natal. Cette virée nocturne à bord d'une jeep en compagnie d'un certain JOST de SARREGUEMINES fut fatale à ces deux résistants. »

LA ROUTE DE LA LIBERTE  POUR UN
OFFICIER EVADE  PASSE PAR KALHAUSEN

Blanche Behr

Une centaine de généraux, d’amiraux et d’officiers français sont détenus dans la forteresse de KOENIGSTEIN-an-der-ELBE * construite sur un pic rocheux de 42 m. Pourtant dans cette forteresse, ils n'ont qu'une idée en tête : s'évader.

Durant la détention, certains se mettent à l'apprentissage de l'allemand dont il faut maîtriser la langue s'ils veulent réussir leur coup. Avec la complicité de codétenus qui gardent les ficelles de leurs colis, une corde de 45 m de long et tressée. Des plans d'évasion sont élaborés ; tout est soigneusement préparé avec des complicités extérieures, qui devait servir de guide jusqu'en zone libre. L’officier est pris en charge par son guide. Ils passent à travers l'Allemagne grâce à leurs faux papiers. Cependant, un moment il y a une rupture dans le dispositif et on ne saura jamais pourquoi. Toujours est-il que le 19 avril 1942, le périple de cet officier passe par KALHAUSEN et c'est grâce au témoignage de Mme BEHR Blanche, née LETT que nous allons reconstituer une partie du puzzle.

« Ce 19 avril, mon père, Léon LETT, aidé par Florian LOHMANN est en train de planter des pommes de terre au lieu-dit "Krischetter" où il possède également un petit lopin de terre planté de vignes avec une cabane pour ranger les outils. Florian veut entrer dans la cabane mais n'arrive pas à ouvrir la porte qui semble bloquée de l'intérieur. Il va alors en informer mon père qui vient s'en rendre compte. Ce dernier donne un grand coup de pied dans la porte qui cède. Quelle n'est pas sa surprise ! Devant lui se dresse un homme de forte stature et brandissant un bâton, prêt à se défendre.

De suite, papa joue l'apaisement et arrive à détendre l'atmosphère en lui faisant comprendre qu'il faut refermer la porte pour ne pas être entendu par d'autres villageois affairés dans les champs alentour. L'homme se présente comme étant Léon LAFONT, un évadé français de la forteresse de KOENIGSTEIN et devant rejoindre au plus vite la gare de BENESTROFF où le chef de gare, résistant-passeur avec comme signe de reconnaissance, un béret sur la tête, l’attend afin de le faire monter dans un train à destination de l'Alsace. Cela paraît convaincant et mon père lui promet aide et assistance, puis le laissant sur place, il rappelle Florian et ils rentrent tous deux à la maison.

Mon père m'envoie (j'avais 10 ans à l'époque) apporter à cet évadé un vélo, de la nourriture et d'autres vêtements. Puis mon père et Florian enfourchent leur vélo en prenant soin d'emmener des ustensiles agricoles : faux, fourches et râteau. Revenus auprès de leur évadé, ils lui passent le râteau et les voilà qui ressemblent à un bon trio de paysans. Ils s'élancent sur la route d’OERMINGEN et passent devant l'actuel centre de détention qui à cette époque était un hôpital militaire allemand avec des gardes à l'entrée. Ils sifflent la chanson de Lili MARLENE " Vor der Kaserne, vor dem groβen Tor,… "

Tout semble bien se passer : par un chemin forestier, ils rejoignent KESKASTEL où ils font halte chez une connaissance, FEUERSTOSS Théophile, qu'ils persuadent de se joindre à eux et ils arrivent effectivement sans encombre à BENESTROFF. L'homme de liaison (du réseau Metz) attend avec le béret sur la tête. Il prend en charge l’évadé et c'est dans un grand coffre en osier qu'il est hissé à bord du train. D'autres résistants des chemins de fer se chargeront de la suite.

Avec la fierté d'avoir accompli leur "mission", nous trois patriotes entament leur retour. Se relayant pour convoyer le vélo supplémentaire et laissant Théophile à KESKASTEL, nos deux Kalhausiens rejoignent le village via HERBITZHEIM et la gare. Arrivés au croisement de la rue de la gare/rue des vergers, alors que la nuit est bien avancée, ils entendent le bruit des sabots d'un cheval : c'est le gendarme HESSE qui patrouille encore. Ils jettent alors le troisième vélo dans le fossé et, prenant chacun le sien sur le dos, ils longent la "Bannhéck", cette haie qui sépare le banc de KALHAUSEN du ban de WEISDESHEIM, et rejoignent leur domicile à travers champs. Après avoir déposé sa bicyclette, mon père retourne récupérer le vélo abandonné et peut rentrer chez lui sans encombre. Mais le gendarme allemand a flairé quelque chose et ne cesse de patrouiller à cheval dans le village.

Papa se couche et vraisemblablement un rai de lumière va guider HESSE qui tel une furie se met à cogner contre la porte d'entrée de notre maison. Mon père attend quelques instants puis, faisant celui que l'on vient de tirer d'un profond sommeil, va s'enquérir des raisons de ce vacarme : pour toute réponse, le gendarme lui demande d'ouvrir la porte sur le champ et de lui prêter un vélo, voulant signifier par là qu'il a bien reconnu celui qui a pris la fuite à l'entrée du village. Papa s'exécute, l'allemand passe sa main sur les selles des quatre vélos entreposés dans la remise et emmène celui dont la selle est encore tiède. Le lendemain, HESSE ramène le vélo, sans autre explication, ne pouvant imaginer à quoi il a servi.

Pour mon père les ennuis ne sont pas terminés, quelques jours plus tard, vraisemblablement suite à une indiscrétion d'un familier, la Gestapo encercle de nuit notre maison et procède à une fouille minutieuse mais sans résultat. Faute de preuves, elle ne peut importuner plus longtemps ma famille qui, il est vrai, est passée très près de la déportation.

Deux autres perquisitions par la Gestapo nous seront imposées plus tard : une, lorsque mon oncle JACOBI Nicolas s'était réfugié à Dieuze (sa femme, ma tante Berthe, avait été incarcérée à SARREGUEMINES), la seconde, lorsqu'un de mes oncles paternels, Joseph, a adopté le statut des réfractaires et s’est caché au moulin de DIEDING. »

NB : Pour la famille LETT, l’officier qu’ils avaient convoyé, ne pouvait être autre que le Général GIRAUD, puisque le 20 avril, la radio allemande diffuse un avis de recherche concernant ce Général et de plus par après sur photo, ils pensaient l’avoir identifié. Cette certitude était restée ancrée dans la famille et pouvait très bien être plausible, cependant selon les historiens qui ont reconstitué le parcours du Général GIRAUD, ce dernier ne serait pas passé par ici. Alors qui était cet officier qui avait bénéficié de l’aide de nos patriotes au péril de leur vie ?  Mystère.

Nicolas Jacobi, malgré-nous et réfractaire

  Voici une partie de l’épopée vécue durant la deuxième guerre mondiale par Nicolas JACOBI né le 1er janvier 1915 à Achen (57) et décédé le 24 décembre 1999 à Kalhausen (57).

Cette épopée est mise en forme par son fils Gérard.




Nicolas Jacobi

 « Pendant l’occupation allemande, j’ai d’abord travaillé dans une fabrique de chaussures en Allemagne et ce jusqu’à ce que les déportés (de Kalhausen), dont ma femme Berthe, soient revenus de la Charente. C’est là, en me rapprochant au plus près de ma famille, que j’ai trouvé du travail à la faïencerie de Sarreguemines en tant que menuisier.

Le 25 août 1942 a été décrétée l’incorporation de force dans la Wehrmacht : les Alsaciens nés à partir de 1908 et les Lorrains (1) nés à partir de 1914 étaient concernés. Né en 1915, j’ai dû me rendre sur le front russe en passant par la Pologne, comme la plupart de mes camarades.

Quatre mois ont passé là-bas, où j’ai combattu aux côtés des soldats allemands. En décembre 1943, j’ai été blessé à Zhytomyr * en Ukraine, par des éclats d’obus au niveau des jambes.

Au retour, on m’a transporté vers un lazaret (établissement de guérison et de quarantaine) en Pologne où j’ai passé Noël 1943. C’est là qu’on m’a offert un petit sapin en carton compressé que je sors depuis chaque année à Noël en guise de souvenir. De la Pologne, en passant par l’Allemagne où tous les lazarets étaient pleins de soldats allemands blessés et où il n’y avait plus de place, on m’a transporté vers la Lorraine pour finalement m’installer au lazaret de Phalsbourg (collège Saint-Antoine occupé par l’armée allemande). J’y ai passé trois mois.

Après un mois de récupération, j’ai dû retourner dans l’armée allemande mais c’était impossible à cause des bombardements intenses sur Sarreguemines et alentours. Je me suis donc réfugié dans un bunker en forêt de Rémelfing et j’y ai passé la nuit du 1er au 2 mai 1943. Le lendemain, j’ai décidé de ne pas retourner dans l’armée allemande, en somme de déserter.

Je me suis caché pour la première fois chez une tante à Créhange. Comme celle-ci vivait dans la peur à cause de moi, un ami m’a conseillé de partir rejoindre un autre déserteur à Boucheporn, dans  les environs de St-Avold, qui lui était seul. J’y suis allé mais déjà la Gestapo (police secrète allemande) commençait à chercher les déserteurs dans le secteur.
  

 J’ai compris alors qu’il ne fallait pas rester à cet endroit et à la première occasion, j’ai pris le train en direction de Dieuze pour aller me réfugier à nouveau dans ma famille proche, chez la belle-mère de mon frère. C’est là que je suis resté pendant 8 mois, me cachant durant le jour dans une petite cavité creusée de la maison vers le jardin et sortant la nuit pour prendre l’air.

A 100 mètres environ de cette maison qui était située un peu en dehors de Dieuze, se trouvait une caserne occupée par des soldats allemands. Quand les soldats américains ont commencé à se rapprocher, les Allemands du casernement ont réquisitionné cette maison pour la prendre comme avant-poste.

La belle-mère de mon frère dû donc la quitter et trouver une solution pour continuer à me cacher. Elle est allée en ville chez une amie pour lui expliquer les faits. Cette femme a accepté de nous héberger…mais il fallait quitter la maison sans que je ne sois vu.

J’ai alors eu l’idée de me coucher, recroquevillé au fond d’une petite charrette à quatre roues. Par-dessus, la belle-mère de mon frère a mis des draps, un matelas et pour finir encore des valises. Elle m’a tiré de là avec tout ce nécessaire pour prendre la route. Ça et là quelques soldats allemands sont même intervenus pour aider à pousser la charrette et cela sans me voir. Heureusement pour moi, car je transpirais de peur qu’ils ne me découvrent. Arrivé à destination, je suis encore resté caché quelques mois chez l’amie en question et ce jusqu’à la Libération.

Pendant ce temps, ma femme Berthe a été interrogée plusieurs fois par la Gestapo, qui la menaçait de me faire fusiller si j’étais capturé. Mais Berthe n’a jamais révélé ma cachette et a toujours déclaré que j’avais rejoint le front russe.




Berthe Jacobi née Lett.

Pour soustraire des informations aux familles, les Allemands avaient pour habitude de prendre une personne de la famille en otage. Le 1er juillet 1944, la Gestapo est ainsi venu chercher ma femme pour l’emprisonner à la prison de Sarreguemines jusqu’au 2 septembre 1944. Ce jour-là, elle fut libérée en même temps que d’autres prisonniers par les Allemands, qui craignaient l’arrivée des soldats américains.

Nous nous sommes retrouvés à la fin de la guerre, tous les deux sains et saufs. »

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(1L'Alsace et la Moselle occupées ont fourni 1 % du contingent total des forces armées allemandes, soit 134 000 hommes, dont 103 000 Alsaciens et 31 000 Mosellans. Parmi les 134 000 hommes qui furent appelés par le Troisième Reich, environ 30 % furent tués ou portés disparus, 30 000 blessés et 10 000 invalides.
(Source : Jean-Luc Vonau, « Le procès de Bordeaux. Les Malgré-nous et le drame d’Oradour ». La Nuée Bleue, Strasbourg 2003.)


Mme FABING MARIE-ELISE,
née JUVING  SOUVENIRS DE GUERRE

« Le 22 septembre 1942, vers 23 h, je suis tirée du sommeil avec toute ma famille par l'explosion de bombes larguées par un avion en détresse. Une première bombe au phosphore explose tout près et des centaines de fragments s'abattent sur notre maison, rue de la gare et sur les alentours. La grange et les étables sont immédiatement la proie des flammes. Autour de la maison, tout brûle : les prés, au-delà de la route, à l'arrière de la maison, jusqu'au fond de la vallée où coule le ruisseau d’ACHEN, et même sur le coteau vers la forêt du "Großwald".

Une seconde bombe explose au lieu-dit "Hohrbruch" et creuse un profond cratère. Pour nous, c'est la panique lorsque nous nous apercevons que la maison flambe. Nous sautons du lit et ensemble cherchons à sortir du brasier, mais il y a des flammes partout. En pyjama et chemise de nuit, nous quittons la maison, passons par la cave et nous nous réfugions sur le coteau en face d’où nous subissons ce spectacle de désolation. Choqués, nous allons nous réfugier dans un bunker à côté de l'actuelle maison BELOTT, rue des vergers, pour revenir par la suite à la "Welschmuhl". Pendant ce temps, le corps local des sapeurs-pompiers arrive sur place et tente d'intervenir avec ses faibles moyens de l'époque. Certains rentrent dans l'habitation, tentent de sauver les meubles et d'autres effets en les jetant par la fenêtre. Or, comme les fragments de phosphore brûlent tout autour de la maison, tout ce qui passe par la fenêtre prend aussitôt feu.

Ce jour-là, KLEIN Rémy se distingue tout particulièrement par son courage puisqu'il grimpe sur le toit et scie la panne faîtière ; la charpente des dépendances s'effondre, mais la partie habitation est partiellement préservée. Les vaches et les chevaux sont épargnés mais les cochons, les poules et les lapins périssent dans l'incendie. Nous logerons dans la cave pendant tout l'hiver car la maison ne sera habitable qu'au printemps 1943, malgré la réfection du toit pour Noël.

Je garde un très mauvais souvenir du gendarme HESSE, pavoisant du haut de son cheval noir, véritable sadique, toujours à la recherche du moindre indice, mettant les gens sous pression, harcelant la population. Un jour, pour impressionner ma famille, il n'hésite pas à rentrer dans le couloir de la maison d'habitation, assis sur son cheval, puis en ressort en marche arrière.

 Je me remémore les bousculades des villageois sur le tas de charbon fraîchement déversé par des camions, chacun ayant peur de ne pas avoir sa ration malgré la possession des tickets de rationnement. Cela se terminait parfois en véritable scène.

Je me rappelle aussi de ces huit Serbes qui avaient trouvé refuge sur notre fenil, dans le tas de paille. Des soldats allemands étaient venus à leur recherche, la baïonnette au bout du fusil. Ils transpercèrent la paille, mais repartirent bredouille. Un des Serbes avait eu les vêtements déchirés et la chair légèrement écorchée par un coup de baïonnette, mais n'avait pas bronché. Sachant que ce lieu était peu sûr maintenant, ma sœur Gabrielle et mon cousin Jean LEININGER accompagnèrent les Serbes jusqu'à HUTTING, leur expliquèrent la route à suivre et leur remirent une carte afin qu'ils puissent se rendre à DIEUZE chez mon oncle qui servait de relais sur le chemin de la zone libre.

Je me souviens aussi d'un après-midi de début août 1943. Nous sommes affairés, mon père et moi, à charger une charrette de gerbes d'avoine au lieu-dit "Hiddingerbérsch" près de la forêt. Un avion de chasse se met soudain à nous mitrailler. Nous nous réfugions à la lisière du bois derrière de gros arbres. L'avion revient à la charge à plusieurs reprises mais sans nous atteindre. À la fin août 1943, un train de voyageurs est aussi attaqué sur la voie de chemin de fer entre HUTTING et OERMINGEN. Là non plus, pas de blessés, les voyageurs ont le temps de sortir du train et de se mettre à l'abri derrière le ballast, changeant rapidement du côté à chaque nouveau piqué des avions.

J'ai aussi été témoin oculaire du bombardement de l'actuel centre de détention d’OERMINGEN, alors transformé en hôpital militaire allemand. Mon père, ma sœur et moi, nous nous sommes plaqués au sol dans un sillon, pour nous protéger.

Le 15 mars 1944, je fus accréditée à me servir de la grande bascule devant notre maison et fus la seule à pouvoir assurer officiellement la pesée. Or de nombreux camions allemands chargés de matériaux divers à destination de l'usine installée dans la carrière souterraine de WITTRING venaient y effectuer des opérations de pesée. Pour la manipulation de ces matériaux, les Allemands employaient des prisonniers russes.

Certains d'entre eux étaient présents sur les camions lors des pesées et profitaient de ces moments de  halte pour essayer d'assouvir leur faim en s'appropriant une betterave pour la manger. Prises de pitié face à un tel spectacle, ma sœur et moi avons imaginé un stratagème. Tandis que je retenais les soldats allemands à l'intérieur en faisant traîner volontairement les choses, ma sœur en profitait pour passer par la grange et remettre quelques vivres à ces pauvres prisonniers.

Toute ma famille vécut aussi des moments de forte angoisse à cause d'un jeune homme, FABING Arthur, dont j’étais tombée amoureuse. Ce dernier, après avoir été blessé au front russe, revint au village, décida de ne plus rejoindre son unité et se cacha chez nous. Nous lui avions aménagé plusieurs caches qui furent bien utiles puisqu'un jour, la Gestapo a encerclé puis fouillé toute la maison. C'est grâce à ma sœur Gabrielle, qu'Arthur n'a pas été découvert puisque dans un effort surhumain, elle réussit à faire glisser la grosse marche en pierre de l'escalier qui fermait la cache.

Le 1er novembre 1944, depuis notre maison, j'ai observé les avions alliés lâcher des bombes sur WEIDESHEIM. Ce sont essentiellement les étables, les écuries et les dépendances qui ont été atteintes et malgré l'immense nuage de poussière provoqué par l'explosion, j'ai pu voir les poutres de la toiture projetées dans les airs. Les avions avaient en réalité raté leur cible puisque c'était un train chargé de matériel militaire qui était visé.

Arrive le temps de la libération.

Dans la nuit du 3 au 4 décembre 1944, les Allemands qui sont cantonnés dans notre maison, la quittent à pas feutrés et, au matin, il n'y a plus âme qui vive. Durant la journée du 4 décembre les derniers groupes d'Allemands passent à pied, venant de SARRALBE. Parmi eux, un très jeune soldat s'adresse à mon père et s'enquiert de la distance jusqu'à Pirmasens, car dit-il, « Je suis originaire de là-bas et si j'arrive à atteindre ma ville, je n'irai pas plus loin et je me cacherai. »

Dans la nuit du 4 au 5 décembre, les Américains déclenchent un tir de barrage sur le carrefour, mais les obus manquent leur cible et atterrissent derrière notre maison, en contrebas vers le ruisseau. Ces tirs, à raison d'un toutes les deux minutes, chronométrés par mon père, durent pratiquement toute la nuit. Il n'y a heureusement ni dégâts, ni blessés.


Le 5 décembre, au crépuscule, un à un, les Américains arrivent par le coteau d'en face venant d’OERMINGEN, et investissent notre demeure qui devient ainsi la première maison libérée du village. Notre famille est contrainte pour des raisons de sécurité de passer la nuit dans la casemate à côté de la maison. Nous y resterons aussi terrés le 6 décembre et grâce aux meurtrières, nous pourrons suivre l'attaque de WEIDESHEIM. Au matin, des renforts en fantassins arrivent ; un char prend position devant notre maison et tire en direction d'un abri bétonné d'où un allemand fanatique ne cesse de tirer. Les fantassins américains avancent en ligne, par bonds successifs et font appel à l'aviation qui réussit à faire sauter ce nid des mitrailleuses. D'ailleurs, plusieurs semaines après, le corps de l'allemand, recroquevillé et gelé, est encore étendu près des restes de l'abri.
   
Les Américains réquisitionnent notre maison et installent l'aumônerie et un hôpital de campagne dans la partie habitation. Dans les dépendances sont installées des cuisinières électriques (fonctionnant sur les accus et servant à faire la popote pour plusieurs unités). Par moment, cette cuisine est transformée en cinéma et déjà sur grand écran sont projetés des films couleurs pour la distraction de la troupe.

Au moment de la contre-offensive allemande de fin décembre 1944, notre famille accueille dans la cave, une trentaine de réfugiés de BLIESBRUCK dont l’abbé SCHOVING. Ils y resteront trois mois, entassés dans ce refuge sauf le curé qui pendant le dernier mois s'installe au presbytère. Tout ce monde ne peut survivre que grâce à l'aide américaine. Ils leur fournissent quotidiennement le matin, un grand seau de cacao, des crêpes épaisses et un seau de conserves de fruits et à midi, des saucisses, des haricots, du pain blanc en barre. Ils leur distribuent également du chocolat, des chewing-gums, des cigarettes et des produits pour faire la lessive. Pendant ce temps, des unités d'un régiment d'artillerie américaine prennent position à HUTTING (entre les maisons et le chemin de fer). Avec leurs canons à gros calibres, ils envoient des déluges d'obus sur les villages encore sous l'emprise allemande, tel BLIESBRUCK, … »

M. LAZZAROTTO PIERRE :
UN JEUNE HOMME PARTI AU S.T.O.


« Je suis né en 1925 à HOMECOURT et j'ai été accueilli dans mon jeune âge par la famille DEMMERLE Charles de KALHAUSEN. Âgé de 14 ans en 1939, j'ai vécu l'exode en Charente avec les habitants du village. Au retour de la Charente, en 1940, je travaille au village, puis à ETTING dans une entreprise en bâtiment qui répare les dommages de guerre. En septembre 1943, je suis convoqué au "Arbeitsamt" car je dois partir au S.T.O. (Service du Travail obligatoire).

N'ayant pas répondu à la convocation, je suis arrêté le 3 décembre 1943 par le gendarme HESSE. Je passe une journée à la "« prison" du village située au sous-sol de l'actuelle école mixte N°2 (rue des lilas). Durant la nuit, je réussis à m'évader, brisant la porte de la "cellule" et arrachant un barreau à la fenêtre. Je retourne dans ma famille, mais tout le monde me persuade par peur de représailles, de réintégrer ma « cellule ».

Le lendemain, je suis emmené à SARREGUEMINES où je passe huit jours derrière les barreaux. Pendant mon interrogatoire par la Gestapo, je profite d'un moment d'inattention de mes gardiens pour prendre connaissance du motif de ma convocation : "il incite les jeunes à parler le français". Je me rappelle bien la scène qui me valut ce motif, car un soir, je jouais aux cartes avec des copains au café SIMONIN. Un certain METZINGER de Sarreguemines y tint une réunion d'information. Après la réunion, ce dernier vint au comptoir et observa notre groupe car nous parlions français entre nous. D'ailleurs, un de mes copains, FABING Roger lui fit même un bras d'honneur. Derrière nous, au mur, était accroché le portrait de Hitler. Ce même FABING Roger avait pour habitude de verser le fond de son verre par-dessus son épaule en plein sur le "Führer".


Donc, de SARREGUEMINES, je suis transféré à SARREBRUCK par wagon cellulaire pour être ensuite conduit à FRANKENTHAL puis à LUDWIGSHAFEN où je dois scier du bois en tant que détenu. Sorti de prison, je me rends à "l’Arbeitsamt" où je rencontre deux hommes et une femme très compréhensifs : je ne serai pas envoyé dans une usine mais à la campagne car je suis, soi-disant, trop jeune (j'ai pourtant 19 ans). Le soir, on m'offre une pomme et du pain ; il me sera également permis de passer la nuit à "l’Arbeitsamt". Le lendemain, la femme après m’avoir demandé si j'ai de l'argent, me donne cinq tickets alimentaires pour aller acheter du pain. Je n'ose pas refuser. De retour, lorsque je veux remettre les pains à la femme, elle me fait comprendre qu'ils sont pour moi et elle m'offre même le café.

Le 17 décembre 1943, je suis donc affecté dans une entreprise de travaux en bâtiment à FÜẞGÄNHEIM (village situé entre LUDWIDSHAFEN et BAD DÜRKEIM dans la vallée du Rhin). Lorsque le patron apprend que je parle allemand, un grand sourire illumine son visage car les autres ouvriers du S.T.O. sont tous originaires de la région parisienne et ne comprennent donc pas un mot d'allemand ; je peux donc servir d'interprète. La principale activité de l'entreprise est la réfection des toitures de ferme pour pouvoir stocker les récoltes.

Nous ne sommes pas vraiment surveillés mais plutôt assez libres : nous dormons dans une cité ouvrière (à dix dans deux pièces), distante de 1,5 km de notre lieu de travail. Le week-end, nous pouvons nous rendre au cinéma ou aller danser ; une semaine sur trois, une permission nous est accordée. Lorsque nous travaillons sur place, nous prenons le repas dans un restaurant où les soldats allemands d'un poste de la "Flack", la D.C.A. allemande, mangent également, mais ces derniers ont droit à moins de nourriture que nous (car ils ne sont pas travailleurs de force), ce qui nous amuse bien. Lorsque nous travaillons dans des fermes, le patron nous remet une gamelle et comme les cultivateurs nous offrent toujours un casse-croûte conséquent, nous donnons notre gamelle à ceux qui restent sur place. Je reçois régulièrement des lettres venant de KALHAUSEN et contenant des tickets de pain, ce qui me permet de manger correctement.

Pendant l'hiver, nous devons creuser des tranchées mais dès que le contremaître, déjà un peu âgé, tourne le dos, nous nous cachons au fond de la tranchée pour ne pas être exposés au vent. Un de mes camarades allemands, ancien communiste, me communique souvent les informations écoutées à la radio anglaise.

Au début de l'année 1944, je fais une demande de passeport (que j'obtiens car je suis encore ressortissant italien à ce moment-là) ; là on se rend compte que je suis mobilisable, mais heureusement, quelques jours plus tard, SARREBRUCK est bombardé et les papiers perdus.
Le 19 mars 1945, les Américains attaquent et le lendemain, c'est la retraite allemande dans la débâcle.

Le 21 mars, c'est la libération et nous reprenons la route en direction de notre village d'origine. Malheureusement, nous sommes arrêtés et fouillés à DEUX-PONTS, où nous logeons dans une caserne. Dans ce même camp, se trouvent d'autres prisonniers, des hommes du Général BADOGLIO (général italien qui s'est retourné contre Mussolini). Ainsi, si les Américains avaient voulu me créer des problèmes, j’aurais pu dire que je faisais partie de ces hommes. Mais tout se passe bien et on me transfère de DEUX-PONTS jusqu'au bureau de rapatriement de SAINT-AVOLD, d’où je rallie KALHAUSEN à pied»


M. DEMMERLE NICOLAS



« J'ai 11 ans à l'époque et je me rappelle particulièrement de ce 6 décembre 1944, puisque c'est aussi le jour de ma fête. Retranché avec mes parents dans la cave de FREYERMUTH Pierre (père de Théo, angle rue de la gare/rue des jardins), j'aperçois les premiers soldats américains vers 9 h. C'est une patrouille de reconnaissance de trois hommes : ils arrivent par le "Lòngenéck" (l'actuelle rue de la libération), vont jusqu'à la boucherie et reviennent
sur leurs pas.


Quelques instants après, de nombreux  fantassins font leur apparition, puis des chars. Mais voilà qu'un des soldats se dirige vers notre maison et avec la crosse du fusil, tente d'enfoncer la porte. Mon père sort de l'abri et montre la clé à bout de bras pour éviter qu'on lui défonce la porte. L'Américain, par deux fois, le met en joue.

Mon père, paniqué, parvient quand même à le raisonner : il accepte finalement de se laisser ouvrir la porte et investit la maison. Mon père avait eu, ce jour-là, des sueurs froides car il pensait sa dernière heure venue. »

M. WEITTMANN JOSEPH :
UN INSOUMIS QUI NE CONNUT PAS
LE STATUT DE MALGRE-NOUS


« Je suis né le 28 novembre 1914 et j'ai effectué mon service militaire dans l'armée française de 1935 à 1937. Par la suite, j'ai travaillé dans la mine à PETITE-ROSSELLE. A la mi-août 1939, je suis rappelé sous les drapeaux dans le 153ème Régiment d'Infanterie à ROHRBACH qui prend ses quartiers le 25 août 1939 à la caserne du VAL d’ACHEN. Par le bon vouloir de mon capitaine, un échange est effectué avec les soldats cantonnés à KALHAUSEN et je peux retourner dans mon village. Trop tard, l'évacuation a eu lieu la veille. Je reste cependant cantonné une dizaine de jours dans mon village ; je peux dormir dans mon lit, tout est encore en place dans notre maison.

Puis vient une période de mobilité : mon unité change souvent de cantonnement : SARREBOURG -  HOMMARTING – puis le fin fond du Bitcherland – RATZVILLER (j'ai même droit à une permission pour passer les fêtes du Nouvel An 1940 en Charente, avec ma famille et ma fiancée évacuées) et c'est l'inévitable retraite vers le DONON où je suis fait prisonnier le jour de l'Armistice, le 22 juin 1940.


Emmené dans un camp de prisonniers à STRASBOURG et libéré quelques jours après, je me rends à pied à RATZVILLER où j'ai lié connaissance avec la famille JUNG durant mon cantonnement dans ce village. Après quelques jours, le mal du pays m'étreint, j'enfourche un vélo et avec quelques provisions je reviens à KALHAUSEN. Tout est désert, de plus, il ne reste rien dans notre maison. Je couche sur de la paille et le lendemain,  je retourne à RATZVILLER. Je fais souvent la navette entre RATZVILLER et KALHAUSEN uniquement pour satisfaire mon attrait pour mon village natal.

Août 1940. Vient le temps des mirabelles. Comme les arbres dans mon verger croulent sous les beaux fruits dorés, je décide avec la fille de ma famille d'accueil de RATZVILLER de les cueillir pour les mettre en bocaux. Arrivé à SCHMITTVILLER, j'apprends que les miens sont rentrés de Charente. Je me mets rapidement en selle pour aller les retrouver et les aider à se réinstaller.

La vie reprend tout doucement son cours, je me remets à la tâche et pendant quelques mois, je suis embauché dans le service de reconstruction comme maçon pour exercer dans la région de DIEUZE. Comme la mine offre à nouveau des débouchés, je réintègre le puits de MERLEBACH. Entre-temps, le 11 novembre 1940, je convole en justes noces avec Marie LIST. Mon père quitte ce monde le 5 août 1942 et ma mère quelques mois après, s'installera chez mon frère Pierre à NEUFGRANGE. En mai 1942, une petite fille vient égayer notre foyer ; la vie va son petit train, non sans quelques difficultés imposées par les nazis.

Au fil des mois, différentes classes de mosellans sont soumises au service militaire dans les rangs des Fridolins puisque en Moselle annexée, nous sommes considérés comme sujets allemands. Au lieu d'être incorporé en juillet 1943, je bénéficie d'un report puisque "réclamé" par la mine. Mais le 8 septembre 1944, le facteur, FREYERMUTH Nicolas, vient me prévenir qu'un ordre d'incorporation est arrivé à la poste, ainsi que celui de KLEIN Rémy, mais qu'il ne les remettrait que le lendemain : cela nous laisserait un temps de réflexion au cas où nous voudrions entreprendre quelque chose. Je vais alors me concerter avec KLEIN Rémy dont la décision est catégorique : « Je ne partirai pas ! » D'ailleurs, il trouvera une parade en s'ébouillantant un pied de telle façon qu'il ne peut être incorporé mais il en gardera des séquelles durant toute sa vie. Moi, je suis indécis par peur d'éventuelles représailles contre ma petite famille.

Le 10 septembre, je décide de donner suite à la convocation. Accompagné de ma femme et de mon enfant, je me rends à la gare de KALHAUSEN et je fais mes adieux. Je prends un billet pour SARREGUEMINES où je dois me présenter pour le recrutement. Arrivé dans la cité des faïences, le cœur gros, je vais d'abord rendre visite à ma demi-sœur Anne qui habite au Blauberg. Elle trouve les bonnes paroles pour me persuader de ne pas partir : « Bientôt les allemands seront vaincus : les alliés approchent ». Je m'installe chez eux mais au troisième jour, mon beau-frère, craignant pour les siens, aimerait me voir partir. Il faut me cacher ailleurs.

Le dimanche suivant, ma nièce, qui veut m'accompagner, prend deux billets de train pour OERMINGEN. Descendre du train en gare de KALHAUSEN présenterait un trop gros risque. À la nuit tombante, nous arrivons à pied à KALHAUSEN venant de la gare d’OERMINGEN et nous nous rendons chez mes beaux-parents (rue de la libération) où ma femme s'est d'ailleurs réfugiée par crainte des bombardements. Quelles ne furent pas sa surprise et sa joie de me revoir ! Très vite, on échafaude un plan pour me cacher : démonter une partie du plafond en bois de l'étable afin de permettre un accès au fenil, en plein dans le tas de foin, y créer une cache suffisamment spacieuse pour une personne et percer un trou dans le mur pour l'aération. Tout cela est rapidement réalisé et je rejoins ma cachette, ne pouvant la quitter que pour faire mes besoins, à la nuit tombée. Le repas m'est apporté après que ma femme ou ma belle-famille se soit assurée que la voie est libre : un coup frappé avec un manche de balai ou de fourche est le signal que je dois dégager une planche du plafond pour qu'on puisse me faire parvenir la nourriture.

Pendant tout ce temps, mon épouse est retournée dans sa maison, ne revenant que de temps à autre ou bien quand il y a une alerte aérienne. Elle a juste été importunée une fois par les gendarmes qui l'ont questionnée sur la disparition de son mari, mais sans plus. Il n’y eut pas d'autres recherches. Mais ne voilà-t-il pas que six semaines après, mon beau-frère KLEIN Jacques refuse lui aussi de rejoindre la « Wehrmacht » : il faut agrandir la cachette et y vivre à deux. Or, un soir, j'ai envie de revoir toute ma famille : je sors de mon trou et je rejoins les miens dans leur logement pour une heure. J'ai à peine réintégré mon abri que quelqu'un frappe à la porte. On n'a jamais su qui a ainsi effrayé ma famille, mais la crainte d'être découverts s'installe alors en nous. Il faut changer d'air. La nuit suivante, nous la passons sur le fenil de KOCH Jean sans que celui-ci le sache et la nuit d'après, par un grand détour autour du village, nous rejoignons de nouveaux quartiers : la vieille maison attenante à la mienne, dans la rue des roses et qui m'appartient aussi. Il est à signaler que depuis quelque temps, un soldat allemand s'est installé dans mon logement et mon épouse doit lui faire la popote. Il n'est pas question d'attirer son attention par la préparation de trop grandes quantités de nourriture.

Il y a dans cette vieille maison, un tas de charbon et notre belle-sœur Madeleine, qui habite avec son époux LIST Jean et ses enfants, au 4 rue des roses, vient souvent se ravitailler ici. Au second jour de notre nouvelle cachette, nous voyons notre belle-sœur venir au ravitaillement de chauffe. Je ne vous dis pas sa tête, lorsqu'elle nous voit derrière le tas de charbon. Remise de ses émotions, c'est elle qui désormais nous fournira le petit déjeuner. Pour les autres repas, il faudra nous débrouiller. Un gros jambon était encore au fumoir. Profitant de l'absence de l'allemand, ma femme le fait cuire et nous l'apporte. Le menu ne variera guère : jambon midi et soir. Au bout de quelques temps, nous sommes très amaigris au point que mon épouse ne garde guère espoir que je survive à cette épreuve. Nous faisons alors le vœu, ma femme et moi, de faire ériger un calvaire si cette période trouve une fin heureuse.


Combien de temps faut-il encore tenir jusqu'à l'arrivée des Américains ? Peu de temps après, le 1er décembre 1944, un obus tombe dans la cour de la maison PEFFERKORN située à cinquante mètres à peine de nous. PEFFERKORN Aloyse est tué. Il faut trouver un abri plus sûr. Le 2 décembre, mon beau-frère LIST Jean, nous emmène à nouveau chez ses parents dans la rue de la libération. La première nuit, nous la passons dans la porcherie et les jours suivants, je me crée une cachette dans le tas de betteraves entreposées dans l’étable tandis que mon beau-frère s'installe dans le râtelier à foin. Le 6 au matin, les Américains font leur apparition au village et nous sortons de notre cachette.

En début d'après-midi, alors que nous nous tenons dans la cage d'escalier de la cave, un Américain nous en fait sortir brutalement en nous poussant dans la rue. Nous devons alors rejoindre la population qui commence à être rassemblée par les libérateurs dans l'ancienne grange FABING. Nous éprouvons une grande frayeur au moment où nous devons sortir dans la rue car un Américain lance deux grenades dans la cave. Elles y explosent, mais grâce à la solidité d'un mur de séparation, la dizaine de femmes et d'enfants qui y sont entassés, sont épargnés. Ils sortiront tous abasourdis et seront eux aussi dirigés vers la grange FABING, d'où tout le monde sera libéré le soir même, à notre grand soulagement. »


M. PEFFERKORN JOSEPH  
SOUVENIRS DE CLASSE


« En 1942/1943, exerçait en tant qu'instituteur, un Allemand du nom de WAHL. C'était un nazi pur et dur, faisant parti des "S.A." les Sections d'Assaut dont les membres étaient encore appelé "Gold Fasanen" à cause de leurs uniformes. Au programme scolaire classique se rajoutait une heure d'instruction politique par jour. Celle-ci servait essentiellement à endoctriner les jeunes en vantant les mérites du système nazi.

En préambule à cette instruction politique, les enfants avaient à recopier dans leur cahier le "Wehrmachtbericht" (communiqué de l'armée allemande) paru dans le journal de la veille. De plus, les enfants devaient connaître les "Sondermeldungen" (communiqués spéciaux de la radio allemande) sur l'invasion de la Russie que l'instituteur commentait tous les matins.

Une carte murale de l'Europe était accrochée dans la salle de classe, de petits fanions y étaient piqués, représentant les unités allemandes sur le front russe et un fil rouge indiquait la ligne du front. Chaque jour cette carte était mise à jour par l'enseignant et permettait ainsi de suivre l'avancée des Allemands.

Lorsque les troupes allemandes arrivèrent en vue de STALINGRAD, en automne 1942, elles se heurtèrent à une forte résistance russe. Et l’instituteur fanatique ne cessait de répéter : « Und STALINGRAD wird fallen, der Führer hat es gesagt » (Et STALINGRAD tombera, le Führer l’a dit.) Les Allemands ne purent jamais occuper entièrement la ville. Pire, ils y furent encerclés et la VIème Armée allemande du général VON PAULUS, réduite à 91 000 hommes, capitula le 1er février 1943. Comme tout vrai nazi, il était raciste et croyait en la supériorité de la race arienne caractérisée par les yeux bleus et les cheveux blonds. Il essaya par la suite d'impressionner les élèves par des médisances sur les Américains.

Un matin, à la rentrée des classes, l'inscription "Vive la France" figurait au tableau ; il se la fit traduire par un élève, mais cela en restera là puisqu'un autre élève avait profité d'un moment d'inattention de sa part pour effacer la phrase. Bien sûr, il essaya de faire la morale aux jeunes et finit par déclarer : « Je sais bien ce qu'ils ont dans leur tête, ces Français ! »

L’instituteur WAHL avec un groupe d’élèves de KALHAUSEN


 
De gauche à droite : au premier rang : Marie-Louise DIER, Monique PHILIPP,
au second rang : Marie WEIDER, Hedwige LERBSCHER, Ilse HESSE (fille d’un Feldgendarme en poste au village),
au troisième rang : Mathilde HOFFMANN, Frieda AMANN, Marie-Thérèse PEFFERKORN, Anne KLEIN.

Souvenirs de la libération :

  Après la libération, des unités U.S. étaient stationnées au village. La cour de l'école était pleine de véhicules. Trois hommes étaient affectés aux tours de garde, mais au lieu de remplir leur rôle de sentinelle, ils se mettaient autour de notre table pour jouer aux cartes, au "Schwartz Peter".

Lorsque tonnaient les canons et qu'il n'y avait pas de danger les Américains disaient : « Ist gut ». Dans la nuit de la Saint-Sylvestre 1944, des bruits d'obus qui explosaient se firent entendre. Les soldats américains qui avaient l’ouïe fine se mirent à répéter : « Nicht gut ». Ils avaient détecté que les obus venaient de la direction opposée. C'était le début de l'opération "Nordwind". Quelques instants après, un autre militaire vint rappeler les sentinelles. Ce fut immédiatement l'état d'alerte et rapidement la cour d'école se vida, tous les hommes présents durent remonter au combat. »


   Mme JUNG MARIE, née MULLER
        (Oswald’s Marie)

   

« Un jour, en compagnie de FREYERMUTH Clémentine, je revenais du moulin d’ACHEN où nous avions cherché de la farine, bien sûr au noir. Voilà qu'arrive sur son cheval le gendarme HESSE. Clémentine prend peur, mais je garde mon calme. Du haut de sa monture, sur un ton ironique, le gendarme nous demande ce que nous avons dans le sachet ; je lui réplique d'un air serein : « Le meunier M. ASSANT, a préparé la même chose pour vous ». Il me lança un malicieux sourire et passa son chemin.

Un jour, BRUCH Jean-Pierre, chez qui logeait le gendarme ERDER, voulut tuer un cochon au noir. Mon père Henri, m'emmène avec lui chez les BRUCH, accompagné d'autres jeunes. Le scénario était prêt : pendant que les hommes tueront le cochon dans la porcherie, les jeunes seront quelque peu bruyants afin d'étouffer certains bruits ; ils joueront aussi aux cartes en y faisant participer le gendarme. Ainsi fut dit, ainsi fut fait ; aucun incident ne vint troubler le déroulement de cette opération clandestine.

Je me souviens très bien du décès de Clémence, la femme de FREYERMUTH Chrétien puisque nos maisons étaient mitoyennes. Le couple FREYERMUTH Chrétien et ses deux enfants Albert et Clémentine (appelée Mendine) faisaient partie des déportés politiques qui avaient été assignés à résidence à TREBENDORF dans les Sudètes. Leur fille aînée Marie était avec son jeune époux MOURER Joseph revenue habiter le domicile parental, principalement pour s'occuper des bêtes laissées par les parents au moment de leur expulsion.

Or, voilà que Clémence en proie au mal du pays, revient clandestinement au village. Selon ses dires, elle compte rester une quinzaine de jours ; son séjour doit passer inaperçu, sauf pour nous, ses voisins qui sommes en très bons termes avec eux. C'est aussi à cette période que s’abat la fièvre aphteuse sur un certain nombre de bêtes à cornes et nous faisons partie de ceux qui ont l’étable infectée. Un grillage est dressé devant les maisons pour une mise en quarantaine et pour qu’il n’y ait pas de contact en théorie avec autrui.

Mais notre voisine ne résiste pas à cette mesure et le soir, à maintes reprises, elle passe sous le grillage et vient faire la causette avec nous. Elle prolonge quelque peu son séjour et malheureusement tombe malade (problèmes cardiaques). Son état va en s'empirant et finalement, il faut se résoudre à appeler un médecin. Le Dr HESSEMANN de ROHRBACH vient à son chevet et établit une ordonnance. Je suis désigné pour aller à vélo, le lendemain matin, chercher les médicaments à ROHRBACH. Je n'ai pas à faire le trajet car durant la nuit, sa fille vient nous annoncer le décès de sa mère.

Le lendemain matin, le 26 octobre 1943, très tôt, se pose un tout autre problème : comment annoncer aux autorités locales le décès de cette personne qui était censée se trouver en Tchécoslovaquie. Il faut faire vite car il est de coutume de sonner le glas au moment de l'angélus du matin. Je suis chargée de cette mission. Je vais donc trouver STEPHANUS Florian qui cumule les fonctions d'organiste, de sacristain et de secrétaire de mairie. Il est tout étonné et me demande depuis quand Clémence est revenue au domicile. Je lui réponds : « Six semaines » et il réplique : « Et moi qui passe tous les jours devant leur maison lorsque je me rends à la mairie, à aucun instant je n'ai remarqué sa présence ».

En fait, ce sera STEPHANUS Florian qui s'occupera des formalités et le jeune couple MOURER ne sera pas inquiété. FREYERMUTH Chrétien et ses deux enfants seront autorisés à revenir pour quelques jours afin d'assister à l'enterrement présidé par l'abbé KIRCH.
Je me rappelle aussi de deux déserteurs, SCHLEGEL Aloyse et JUVING Léon.

SCHLEGEL Aloyse avait répondu à l'ordre d'incorporation et à ce titre avait donc d'abord été affecté au "Reichsarbeisdienst" à METZ d'où il s'est enfui pour revenir au village à vélo. J'étais sur le pas de la porte, lorsque je le vis sur un vélo descendre en trombe le haut de la rue de la montagne et s'engouffrer dans la rue des mésanges où il alla se terrer dans la maison BELOTT Henri (actuellement D’ANDREA Noël).

Son père prit peur à cause d'éventuelles représailles et voulut renvoyer Aloyse à METZ. Il l’accompagna même à SARREGUEMINES et le vit monter dans le train. Aloyse ne fit que passer par le wagon et ressortit de l'autre côté et lorsque son père revint à la maison, il ne peut que se résigner puisque Aloyse était déjà retourné dans sa cachette.

C'est sa mère, SCHLEGEL Clémence qui assurera son approvisionnement alimentaire. Pour brouiller les pistes, elle disait : « Je vais amener le repas à LOHMANN Baptiste » (maison accolée à BELOTT Henri).


Quant à JUVING Léon, après avoir été blessé lors de son service dans la Wehrmacht, il décide de ne plus rejoindre son régiment. Il avait trouvé refuge dans la grange de GROSS Florian. Pour lui amener à manger, les sœurs de Florian, Marie et Cécile, devaient traverser la cour qui séparait la maison d'habitation de la grange. Elles cachaient la nourriture dans un seau qui d'habitude servait à aller nourrir les cochons. Elles ne risquaient ainsi pas d'éveiller les soupçons.

Un soir, j'aperçus JUVING Léon un grand chapeau sur la tête et un manteau jeté sur les épaules, qui passait devant notre maison en longeant les murs pour se rendre à l'épicerie PEFFERKORN Jean-Pierre (rue de la montagne, actuellement la maison de DEMMERLE Martin).

     Après la guerre, je lui rappelai cette anecdote et il fut très étonné car il ne pensait pas que quelqu'un l’avait remarqué. Il est vrai que certains réfractaires jouaient gros lorsqu'ils quittaient leur repaire ».


M. AMANN JOSEPH


« Revenu de Charente, je fus réquisitionné pour effectuer des travaux de reconstruction du 10 septembre 1940 au 20 novembre 1941, date à laquelle je reçus l'ordre d'aller travailler à la "Reischsbahn" (les chemins de fer allemands). Le 12 juin 1943, je fus incorporé dans l'armée allemande à GIESSEN
près de la frontière polonaise. Chargé de la lutte contre les terroristes, je fus blessé à POZNAN *.


Des permissions sur place étaient accordées aux soldats allemands ; en contrepartie ceux-ci devaient déposer à la caserne, durant leur temps d'absence, un vélo ou une moto, suivant la distance où ils voulaient se rendre. En aucun cas une permission pour KALHAUSEN ne pouvait être accordée. Je demandai donc d’aller à KAISERSLAUTERN et obtins satisfaction, le 18 août 1944. Je pris le train pour KAISERSLAUTERN où une connaissance me procura de faux papiers. Je montai dans un second train jusqu’à HOMBOURG ; le voyage dura trois jours et trois nuits au cours desquels je changeai régulièrement de compartiment et de wagon. Grâce à un cheminot de BLIESBRUCK, je pus atteindre SARREGUEMINES par un troisième train. Finalement, je rejoignis KALHAUSEN à travers champs, passant par SARRALBE car tous les ponts sur la Sarre avaient été dynamités.

Arrivé à destination, je ne trouvai que ma mère. Elle me dissimula alors dans la cave de notre habitation, mais cette cachette était peu sûre, car un officier de gendarmerie logeait dans la maison. Un jour, il y eut une alerte aérienne, je dus fuir de la cave, me cacher dans un clapier, avant de rejoindre, non loin de la maison un blockhaus vide. Lors d’une autre alerte, je ne pus quitter la cave et dus me cacher sous une grande caisse en bois, sur laquelle vint s'asseoir le soldat allemand quelques instants plus tard.

Huit jours après ma désertion, les gendarmes vinrent rendre visite à ma mère qui les accueillit au rez-de-chaussée. Ne voyant rien et me connaissant pour avoir eu recours à mes services de coiffeur, ils ne jugèrent pas nécessaire de fouiller toute la maison et s'en allèrent ; heureusement pour eux, car je me tenais dans la cage d'escalier, le pistolet-mitrailleur à la main.

Par la suite, je changeai souvent de cachette, allant de fenil en fenil. Un jour, alors que je me trouvais sur un fenil à l'insu de son propriétaire, la fermière ramassant des pommes dans le foin, passa sa main sur mon visage sans me remarquer. Dès que j'eus les habits civils, j’enterrai uniforme, fusil et grenades dans le jardin de la maison.
 
Lors de la retraite allemande, je profitai du désordre pour capturer et tuer une vache blessée, en compagnie de mon frère, également déserteur et d'une tierce personne ; ainsi, nous n’eûmes pas de problème d'alimentation pendant un certain temps.   

Arrive ensuite le 6 décembre 1944, les Américains libèrent le village ; l'appariteur passa et annonça que les personnes cachées devaient sortir de leurs abris et se rassembler sur la place du village. Se croyant sauvés, les déserteurs suivirent les consignes données. Mais ils furent arrêtés par les Américains et emmenés au camp de prisonniers de STENAY (via OERMINGEN, BENESTROFF), où ils rejoignirent des déportés et des collaborateurs. Je fus interrogé huit jours durant à REIMS (il faisait tellement froid que les détenus se chauffaient les mains avec des allumettes), puis transféré dans un camp de démobilisation à LAON. De là, je sortis libre le 4 juillet 1945. Je passai par PARIS, VERSAILLES et enfin NANCY, où j'entrai en contact avec un douanier qui, en échange d'un peu de lard et de jambon, accepta de me raccompagner jusqu’à KALHAUSEN ».

M. LENHARD JACQUES
SOUVENIRS DE GUERRE PAR SA FILLE
BLANDINE


« Mon père fut incorporé le 2 septembre 1937 dans la Marine Nationale à TOULON, pour accomplir les deux années de service militaire obligatoire. En 1937, au lieu d'être libéré, il fut maintenu sous les drapeaux. Au mois de septembre 1939, il obtint une permission pour se rendre dans sa famille réfugiée en Charente où il fut le premier militaire à visiter les évacués depuis le début du conflit.



Mon père en permission en Charente


Voyant les conditions de vie précaires des évacués, il décida de chercher un petit logement à TOULON afin que sa mère et sa tante puissent l'y rejoindre au plus vite. L'appartement fut difficile à trouver et ce ne fut qu'au mois d'avril 1940, que l'installation à TOULON eut lieu.


Après l'armistice du 22 juin 1940, il fut démobilisé dès le 3 juillet, car sa famille se trouvait à TOULON même. Étant titulaire des PTT avant 1937, il se présenta au receveur de la poste de TOULON Principal pour être embauché. Le receveur signala son cas à la Direction des PTT de la Moselle repliée à AGEN. Vers le 20 juillet, cette dernière télégraphia au receveur que mon père devait rejoindre PERIGUEUX en vue du rapatriement.

N'ayant nullement cette intention, il s'y rendit quand même mais ne prit pas le convoi spécial du 15 août 1940 à destination de l'Alsace-Lorraine. Cependant, il profita de l'occasion pour remettre, à un ancien collègue, une lettre destinée à son frère Nicolas, dans laquelle il écrivait : « J'ai encore le costume gris de papa ; il me serre de trop, dois-je te l'envoyer ? » (tous deux étaient orphelins de guerre 1914/18, leur père ayant été tué sous l'uniforme allemand). Il voulait lui signifier par là qu’il devait venir le rejoindre dans la zone libre.


Après une affectation à VICHY, au moment de la création des cartes interzones, il retourna à TOULON le 1er juillet 1942. Durant ces deux années d'absence, sa mère et sa tante étaient restées seules à TOULON où elles ne se débrouillaient pas trop mal avec le peu de français qu'elles connaissaient.

Avant l'arrivée des troupes allemandes, le 26 novembre 1942, la flotte se saborda ; mon père en fut très peiné. Ce ne fut qu'à partir de cette date que des problèmes de ravitaillement allaient apparaître. Seuls les fruits et légumes qui constituaient alors la principale nourriture, pouvaient encore être acquis  dans les campagnes à raison d'un kilo par-ci et d'un autre par-là. Ce dont mon père souffrait le plus, fut le manque de pain : la ration journalière était consommée au petit déjeuner, les autres repas se faisaient sans pain.




Deux oranges constituent le
maigre repas de mon père




Ma grand-mère et ma
grand-tante à TOULON

   

À cette difficulté matérielle, s'ajoutait la hantise des bombardements américains. Le 11 mars 1943, lors du premier bombardement, 105 forteresses volantes déversèrent plusieurs centaines de tonnes de bombes qui allaient exploser dans l'arsenal et dans de nombreux quartiers de la ville (une bombe tomba même sur la poste tuant un collègue de mon père).

Le 29 avril 1943, un second bombardement eut lieu, causant d'énormes dégâts mais faisant moins de victimes civiles que le premier, car la population s'était dirigée en plus grand nombre dans les abris.

Fin 1943 – début 1944, les bombardements devinrent plus fréquents, les alertes presque quotidiennes, durant la semaine précédant le débarquement en Provence (15 août 1944). Pendant plusieurs jours, ce fut un va et vient continuel entre l'abri et l'appartement ; toute la nuit avant la libération de la ville (intervenue le 28 août), on entendit des tirs ininterrompus de mitrailleuses. Au lever du jour, le calme revint, les troupes allemandes avaient quitté les lieux abandonnant leurs morts allongés le long des rues.

Les soldats français et américains, ayant libéré avec le concours des F.F.I., tout le Midi de la France, les denrées alimentaires réapparurent peu à peu sur le marché. Comme l'armée alliée progressait très rapidement vers le Nord-Est, mon père quitta TOULON le 27 novembre avec un laissez-passer jusqu'à METZ, où il arriva le 8 décembre.

Le 2 janvier 1945, il fut chargé d'ouvrir le bureau de poste de DELME, encore désert. En attendant le retour des habitants expulsés en Dordogne, il remit en état le bureau très endommagé avec l'aide du facteur. Désigné pour effectuer l'ouverture du bureau de ROHRBACH-les-BITCHE le 10 mai 1945, il était présent à KALHAUSEN deux jours avant, lorsque le mannequin d'Hitler fut brûlé.

Au mois d'août 1945, en compagnie de son frère Nicolas revenu au pays depuis le mois de mai, il retourna à TOULON pour rapatrier enfin sa mère, sa tante et le peu de bien qu'elles possédaient. »

Mme PROSZENUCK MATHILDE Née WECKER

« Je me souviens très bien de Kathia, cette jeune Ukrainienne, qui avait trouvé refuge au sein de notre famille. Elles étaient quatre filles à s’être évadées d’un camp de SARREGUEMINES en août 1944. Après avoir erré, elles se cachèrent dans la forêt du "Muhlenwald" et ce fut SCHLEGEL Aloyse, lors de son évasion qui les aperçut. Il en fit part à mon frère Jean et à son cousin DEMMERLE Erwin qui, après consultation de leurs parents, allèrent les recueillir.

Elles furent hébergées par nos familles et par des voisins. Mes parents, Auguste et Cécile, accueillirent donc Kathia, les parents d'Erwin, Henri et Anne, prirent Maria. Soura trouva un gîte dans la famille LOHMANN Nicolas et Donnia chez BOUR Jean.

Il fallut les protéger d'une éventuelle rafle des nazis ; elles s'intégrèrent très bien dans les familles au point d'appeler leurs protecteurs « papa et
maman ». Elles se réjouirent avec nous de l'arrivée des libérateurs, mais vécurent à nouveau des moments d'angoisse lorsque les Allemands tentèrent une contre-offensive en janvier 1945. Elles nous quittèrent au printemps 1945 en vue d'un éventuel rapatriement.


Kathia n'était guère enthousiaste pour le retour, car disait-elle : « Nous étions sa famille, chez eux c’était très pauvre ». Elle et ses amies promirent de nous donner de leurs nouvelles, mais nous avons espéré en vain. Que sont-elles devenues ?


Lors de la libération, le 6 décembre, nous étions avec plus d'une vingtaine de personnes du voisinage, terrés dans la cave voûtée de la maison LOHMANN Florian, actuellement habitée par HERRMANN René, dans la rue des mésanges.

Mathilde LOHMANN, dont le mari Paul était à la guerre, s'y trouvait aussi. Quelques jours auparavant, le 27 novembre 1944, dans cette même cave, elle avait mis au monde la petite Irma. Or, dans l'après-midi du 6 décembre, lorsque les Américains firent sortir les gens des caves pour les rassembler dans le haut de la rue de la libération, un soldat, le doigt sur la détente, se présenta et nous donna l'ordre évacuer les lieux.

Pour Mathilde et son bébé, pas question de bouger de l'endroit ! Ne voulant pas les laisser seuls, le grand-père BELOTT Henri, s’assit sur le lit avec la ferme intention de ne pas céder aux injonctions de l'Américain qui commençait à s'exciter. Ma mère qui était aussi la tante de la jeune maman s'exclama : « Si le Opa doit partir, alors moi je resterai ! » Finalement après bien des palabres, le grand-père eut le dernier mot et put rester dans la cave avec sa fille et sa petite fille. »

JOSEPH HOFFMANN

« En 1942, j'avais 21 ans. Arrive l'ordre d'incorporation dans la "Wehrmacht". Ne voulant pas faire courir de risques à ma mère et à ma famille, je pars donc, à contrecœur, et me voilà enrôlé de force dans l'armée des occupants.

Après six mois de "Reichsarbeitsdienst", je suis envoyé au front russe à MINSK (à l'ouest de MOSCOU près de VILNA) et je vais subir dix mois d'enfer sous le déluge des tirs d'obus. J'ai vraiment vu les horreurs de la guerre, la brutalité et, pire, la bestialité humaine. J'ai vu la fierté des S.S. (les " Schutz Staffel", ou escadrons de protection) après leurs forfaits et quels forfaits !

Un jour, dans une forêt, ils ont cloué au sol des jeunes filles russes vivantes et pas de n'importe quelle manière : en leur traversant le sexe avec un bâton. Ils les ont laissées pendant un temps dans leurs terribles souffrances avant de les achever.
 
J'avais le dégoût des Allemands et pourtant je devais participer aux combats. Au cours d'une bataille, je suis blessé. Lorsque je reprends connaissance, je dois me rendre à l'évidence que je suis le seul rescapé de toute la section. Je suis fait prisonnier par les Russes et considéré comme Allemand. C'était vraiment le comble !

Quelque temps après, ma condition d’Alsacien-Lorrain est reconnue et je rejoins l'immense camp de prisonniers à TAMBOV,* à 450 km au sud-est de MOSCOU. En réalité, ce camp est situé dans la forêt de RADA à 20 km de TAMBOV. Il était composé d'une centaine de baraques semi-souterraines, des espèces de bunkers en bois. Il y a là, plus de 10 000 prisonniers et parmi eux approximativement 7000 "Malgré-Nous" dont près de la moitié mourra.

Nous sommes trois de KALHAUSEN à avoir séjourné dans ce sinistre lieu : FABING Roger qui en réchappa comme moi et GROSS Lucien qui contracta la dysenterie et que personne ne reverra.

Pour ma famille, officiellement, j'avais été porté disparu. Comprenez l'angoisse, le désespoir d’une mère à qui parvient une telle nouvelle : elle en perdit pratiquement le sommeil, et pourtant se raccrocha à un mince espoir, priant de plus belle, soutenue par toute la famille.

Pendant ce temps, j'essayais de survivre. Je croyais avoir tout connu, hélas, non ! Mais là, en Russie, je connus la faim. C'était bien pire que le plus mauvais des traitements. On nous servait une "soupe à l'eau" ne contenant presque rien. J'eus la chance de pouvoir parfois trouver des épluchures ou ramasser des tomates sur un fumier et ainsi améliorer mon ordinaire puisque, affecté au Commando de bois, je pouvais sortir du camp. Je devais parcourir plusieurs kilomètres à pied et ramener à dos d'homme le bois pour le chauffage et la cuisine.

Un autre mal me rongeait : la nostalgie du pays natal. Pour meubler le temps, quelques divertissements étaient proposés tels que des matchs de football, mais le cœur n'y était guère. L’on s’entraidait autant que possible.

Nous avons encore souffert du froid, et paradoxalement aussi des grosses chaleurs qui pouvaient régner en cet endroit, en été. Je me souviens que parfois, sous une chaleur torride, on nous servait des harengs salés et nous n'avions rien à boire !

Un jour d'été 1944, on nous a emmenés à une marche de propagande pour montrer aux autorités de la Russie et à des diplomates étrangers invités, le bon traitement réservé aux prisonniers dans les camps russes. Il est vrai que, pour une fois, nous avons eu droit à une petite ration supplémentaire.

Malgré tout, j'ai eu la chance immense de pouvoir revenir à KALHAUSEN en automne 1945, mais je ne pesais plus que 40 kg. Cette période m'a profondément marqué, moralement mais aussi physiquement puisque depuis la guerre je souffre de rhumatismes et aussi de troubles pulmonaires. »


Note de l'auteur :

Il est à signaler aussi que : JUNG Joseph originaire de ROUHLING, époux décédé de MULLER Marie, domiciliée au 4, rue de la montagne ; NOLL Roger originaire de SARRALBE, habitant le quartier de la gare et HITTINGER Jean originaire de SCHMITTVILLER, époux décédé de KLEIN Marie, domiciliée aux 5, rue des roses, sont également passés par le sinistre camp de TAMBOV.


VIII) CONCLUSION


Le 8 mai 1945, la guerre se termine enfin. Quel soulagement pour la population qui commence à revivre ! Tout le monde se remet à l'œuvre pour panser les blessures engendrées par ces années sombres.

KALHAUSEN n'a pas été épargné par cette triste période, en effet 15 % des habitations ont été détruites, toute la population a été marquée physiquement et moralement, mais surtout notre village a payé un lourd tribut en vies humaines : 19 personnes manquent à l'appel dont 15 "Malgré-nous", un engagé dans l'armée française, un mort dans un camp et deux victimes civiles.

La vingtième personne décédera en 1948 des suites d'une maladie contractée durant le conflit.

À la date du 1er juin 1945, KALHAUSEN compte 750 habitants dont 25 réfugiés.

Tous les hommes, toutes les femmes ayant apporté leur témoignage ici, sont unanimes : la guerre fut une période difficile de leur vie et elles ne souhaitent à personne d'avoir à subir les épreuves qu'elles ont vécues (exode, bombardements, prisons, pénuries alimentaires…).

Les événements des années sombres 1939 - 1945 doivent rester dans toutes les mémoires et il faut espérer qu'elles ne se reproduiront plus jamais.

En ces journées des 10 et 11 décembre 1994, fêtant le cinquantième anniversaire de la libération, nous voulons  rendre hommage à toutes ces vies sacrifiées, afin de faire barrage à la dictature et à la barbarie et nous voulons remercier le ciel d'avoir retrouvé un régime de libertés auquel aspirent encore tant de peuples de nos jours.

Pour perpétuer ce précieux héritage, peut-être avons-nous aussi à apporter notre contribution à toutes celles et ceux qui veulent se tourner résolument vers un avenir fondé sur l'Entente et la Paix. Dans cette optique, demandons  à notre Père commun de nous guider dans cette voie.

Quelles traces de ces années sombres reste-t-il 50 ans après ? Bien peu !

Quelques-uns de ceux qui ont vécu durant cette rude période, nous en content encore les moments forts. Parmi nous, vivent encore quelques personnes qui ont connu les épreuves de l'internement dans un  "KZ" (camp de concentration) : DIENER François, RAUSCH André et SCHMITT Jacques.

Il nous reste quelques documents, quelques photos ou cartes. Des collectionneurs nous présentent pêle-mêle toutes sortes d'objets rappelant cette période tourmentée.

Des casemates ayant fait partie de la ligne Maginot sont encore en place sur le territoire de la commune. Les dernières traces de balles ou d'éclats d'obus, longtemps visibles sur les murs de l'église viennent d'être effacées par la nouvelle parure dont elle a été dotée, l'année dernière.

Sur les murs de l'ancien logement au-dessus de l'école de la rue des lilas, sont encore gravés des noms et des adresses de soldats U.S. de passage dans notre localité. La majorité d'entre eux était originaire du New Jersey, de l’Indiana et de Boston.

De temps à autre, un engin explosif est encore mis à jour sur le ban communal. Le danger persiste cinquante ans après.

Derrière l'église, face à la rue de l'Abbé ALBERT, veille le monument aux morts, nous rappelant le prix du sacrifice consenti par notre village. Une croix érigée par la famille LALUET marque dans la rue des jardins, l'emplacement où Jacques a été tué. La croix de la famille WEITTMANN, rue des roses, rappelle aussi ces moments d'épreuves.

Et d'oublions pas que demeurent encore les liens tissés, par nos aïeux lors de l'exode en Charente et que KALHAUSEN est depuis le 31 août 1986 officiellement jumelé avec le village d'accueil de BENEST.



 
Cérémonie de jumelage à KALHAUSEN, le 31 août 1986
 
 



La croix de la famille LALUET    


La croix de la famille WEITTMANN


SOURCES D’INFORMATIONS

Pour la constitution de cet ouvrage, j'ai partiellement reproduit un document élaboré par LENHARD Sébastien en juin 1992, intitulé « Destinée des habitants de KALHAUSEN durant la seconde guerre mondiale ». Il l'avait lui-même composé à partir de quelques témoignages et des ouvrages suivants :

- La drôle de guerre en Moselle – H. LIEGEL (Pierron)                                 
- L'arrondissement de Sarreguemines – J. ROHR (Pierron)


La majorité des informations et photos, je les ai recueillies auprès des témoins du temps passé dont :

- les membres du Club de l'Amitié, lors d'une de leurs réunions,
- les familles des victimes,
- puis par des contacts personnels auprès de :

M. et Mme AMANN Ernest 
M. et Mme AMANN Joseph                                 

M. et Mme DEMMERLE Erwin 
M. et Mme KORMILZIN Joseph
M. et Mme PROSZENUCK Marcel
M. et Mme STEFFANUS Chrétien Mme BEHR Blanche, née LETT

Mme BENHARDT Lucie, née MOURER
Mme DIER Ernestine, née LERBSCHER
Mme FABING Elise, née JUVING

Mme HITTINGER Marie, née KLEIN
Melle HOFFMANN Marie
Mme JUNG Marie, née MULLER
Mme KLEIN Anne, née LIST

Melle KLEIN Anne
Mme HECKEL Marie, née STEFFANUS 
Mme LENHARD Elisabeth, née GROSS   
Mme MULLER Marie-Thérèse, née LENHARD          

Mme NOËL Marie, née HERRGOTT          
Mme RIMLINGER Marie, née SCHLEGEL             

Mme TAESCH Cécile, née GROSS 
M. DEMMERLE Nicolas   
M. FREYERMUTH Pierre 
M. KLEIN Camille  
M. LALUET Gaston    
M. PEFFERKORN Joseph et ses sœurs               
M. WEITTMANN Joseph                                         

 

- Mademoiselle LENHARD Blandine et Monsieur NUSSBAUMER  Edgar m’ont aussi fourni des renseignements de même que

- Monsieur CABOZ René, historien à METZ.

- Quelques autres données ont été puisées dans les ouvrages empruntés à Monsieur LIST Étienne, maire, et à Monsieur FISCHER André, président de l'Amicale des Sapeurs-Pompiers :

Opération Nordwind             F. RITTGEN (Pierron)  
J’ai vu une meute de loups   J-J. FONDE (Pierron)      
La bataille de la Moselle      R. CABOZ (Pierron)

 
- Monsieur KUFFLER Gérard m'a été d'une aide très précieuse pour l'élaboration de cet ouvrage.

- Monsieur BORNER  André a assuré la reproduction des photos.

- Je voudrais remercier toutes celles et ceux qui de près ou de loin ont contribué à cette réalisation.

- Je ne voudrais surtout pas oublier les deux secrétaires :

- Mademoiselle DELLINGER Blandine                                                                                                                                                                 - -

- Mademoiselle KUFFLER Marie Noëlle

qui ont traité les textes sur ordinateur.

- Un grand merci aussi à mon épouse Marie-Antoinette et à ma fille Manuella qui m'ont permis de disposer du temps nécessaire à l'élaboration de
  cet ouvrage en palliant mon manque de disponibilité.


- La majorité des documents reproduits en annexe provient des archives communales de KALHAUSEN.

Après avoir parcouru ces pages, certains seraient tentés de dire : « Il aurait fallu insérer tel ou tel fait ». Je suis bien conscient que chaque témoin de ces événements pourrait réaliser son propre ouvrage car il a vécu cette période de façon différente en fonction de son âge, de sa situation familiale ou professionnelle, de l'endroit où il se trouvait au moment des faits, ou encore de ses affinités politiques ou religieuses.


ANNEXES



 
Avant l'exode, une fiche d’identité a été remise à chaque
habitant  avec ordre de la mettre autour du cou.




 
Carte d'identité d’une réfugiée établie à BENEST.











Les frères Marcel et Jacques FREYERMUTH
et les frères Joseph et Albert KORMILZIN
durant leur exil au Pic de GER.



Une partie de la famille KORMILZIN
durant leur séjour à PAU.





  Les sœurs GROSS Cécile,
Elisabeth et Hélène en Charente.





Lucien KLEIN en Charente.




Groupe de mineurs dont FREYERMUTH Chrétien, déplacé dans le Nord à LENS




Les conscrits de la classe 1919,
fêtent le conseil de révision en Charente



Cette même classe  au départ pour
l’armée en gare de BENEST




DES PERMISSIONNAIRES EN CHARENTE






LIST Jean auprès de ses frères Pierre et Nicolas












Les frères GROSS Aloyse et Jacques





Groupe de réfugiés en Charente



Jeunes Kalhousiennes durant l'exil


La famille GROSS : toutes ces personnes
sont réparties dans deux pièces





Maison attribuée à la famille KLEIN Jacques




L'abbé KIRCH, curé d’ACHEN,
rend visite aux réfugiés de KALHAUSEN




L'Adjoint au Maire d'AIZECQ








Lors de la fête de la libération Georgette KLEIN
(épouse SPIELEWOY Frédéric) a accepté le rôle de Jeanne d’Arc





Il y avait foule à la fête de la libération



Le jeune couple DUCHE avec leur fille
Gisèle après les cérémonies de la fête de la libération



FREYERMUTH Emile avec les
personnalités lors de la fête de la libération



CARTES POSTALES DE BENEST

 




L’abbé Albert MICHEL a trouvé refuge
dans la première maison à gauche de la grand rue.






CARTES POSTALES DATANT DE LA PERIODE D’OCCUPATION




Le "Lòngenéck" (rue de la Libération)
après le dynamitage de 1940




L'ancien café-restaurant KIHL – ASSANT  rue de la Gare




Des courriers émanant de la Préfecture, en vue d’une éventuelle
évacuation ont été retrouvés, mais l’ordre d’évacuation
contenu dans une enveloppe cachetée, barrée de rouge
n’a pas pu être trouvé dans les archives de la mairie.








 

 
Document élaboré en mairie en 1939, attribuant les diverses
responsabilités pour les membres de la commission d’évacuation.



 

Le Maire était retiré à AIZECQ.
La Mairie était installée à BENEST.




 

DOCUMENT RARE

Laissez-Passer remis au poste de frontière de SAINT-DIZIER
à la famille GROSS Jacques à son retour de Charente.



 






 
Demande d’indemnités établie pour les réfugiés revenus de leur exil en Charente.


ADRESSES :

l’on peut constater les changements des noms des rues suite à la germanisation.


 



 
Les noms de famille à consonance française ont été modifiés lors de l’annexion.



 

Ordre de recenser les étrangers

Etait considérée comme étrangère toute personne n’étant pas de nationalité allemande ou née dans les départements annexés.




 
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Questionnaire relatif au recensement des étrangers.
 





Traduction : le Maire REINHARD invite la population à une réunion
au restaurant SIMONIN pour une campagne d’informations en faveur de la "Hitlerjugend".





 
Traduction :

AVIS A LA POPULATION

Pour éviter aux habitants du village des désagréments au cours d’éventuels déplacements en Alsace,
je conseille à tous les intéressés de ne pas porter de béret basque.


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Deux anecdotes :

Pour effectuer quelques achats, WEITTMANN Joseph, le béret sur la tête, se rend dans une quincaillerie à DIEMERINGEN. Le commerçant de tendance pro-nazie lui ordonne de retirer le béret et refuse de le servir.

AMANN Joseph, employé à la "Reichsbahn" (Chemin de fer allemand), portait aussi un jour un béret lors d’un déplacement professionnel à DIEMERINGEN. En quittant un restaurant où il était allé se désaltérer, il se fait apostropher par un habitant de DIEMERINGEN qui lui arrache le béret de la tête et le jette à terre. Joseph sans demander d’explication, poursuit son chemin. Dorénavant, il portera la casquette de la "Deutsche Reichsbahn" pour ne plus avoir d’histoire.


Un avis émanant de la mairie pour le recrutement de pompiers volontaires,
sinon sera effectué un recrutement d’office.

 




Réponse de la mairie suite à l’avis de recherche du "déserteur" de la Wehrmacht : 
 
 JUVING Léon



 


Tracts largués par les avions de la ROYAL AIR FORCE.


 







  

La commission communale de LORENTZEN responsable du bétail adresse un courrier au Maire de KALHAUSEN
afin qu’il fasse le nécessaire pour que les Kalhousiens récupèrent les 60 têtes de bétail qu’ils ont dû abandonner
dans la vallée de l’Eichel lors de l’évacuation. Cela ne put se réaliser ainsi, puisque la lettre est datée du 29 avril 1940
et que les Kalhousiens ne reviendront de Charente qu’en août et septembre 1940.







Formulaire à remplir durant la période d’occupation afin de pouvoir faire moudre
des céréales et obtenir des cartes pour s’approvisionner en pain.


Exemple de cartes de rationnement :

La première donne droit à 11,5 kg de farine de seigle.
 La deuxième à une paire de "chaussures" (genre de sabots dont la partie supérieure est en tissu).


 


Carte des campagnes de la 2ème D.B.





 


 


 
Les cartes de ravitaillement étaient en vigueur durant la guerre
mais aussi dans la période qui suivit.

 




 



 



Jumelage de nos deux communes fêté à BENEST le 23 août 1987.



 



Mise à jour d’Août 2019

 En décembre 1994, le 50e anniversaire de la Libération avait été fêté avec faste avec la participation d’une grande partie de la population. La Municipalité avait organisé un défilé comprenant : le corps local des sapeurs-pompiers, un détachement d’une douzaine de militaires du 4e Régiment de Cuirassiers (basé à Bitche), une douzaine d’amateurs d’anciens véhicules militaires avec leurs engins (Jeep, Dodge…), l’amicale des mineurs, une section d’anciens combattants d’Alsace Bossue, les scolaires et la population. Après un recueillement au Monument aux Morts et après avoir sillonné les rues du village, ce fut le point d’orgue à la salle polyvalente où sur deux jours, était organisée une exposition de photos et de matériel militaire.

 

Une des jeeps sur la place du village, à son bord :
le conducteur : Pascal Muller d'Oermingen
l'accompagnateur :  Claude freyermuth

 




La Jeep de Camille ZINS (assis sur le pare-choc côté droit,
à gauche son camarade Ervin DEMMERLE) en exposition à la salle des fêtes.




Le 08 mai 1995, avait été célébrée une messe avec exposition des portraits des victimes de cette horrible guerre.


En décembre 2004, pour commémorer le 60e anniversaire de la Libération, la Municipalité avait organisé en collaboration avec des témoins de 1944, une conférence en la salle polyvalente destinée essentiellement aux scolaires, mais bon nombre d’adultes étaient aussi présents. C’est d’ailleurs suite à cet évènement, qu’une poignée d’habitants passionnés d’histoire locale, a créé l’Association Historique de KALHAUSEN sous le sigle "AHK".

Depuis, l’ "AHK" a organisé bon nombre d’expositions de photos et de souvenirs de l’époque, de même que des visites au 1er étage de l’école pour admirer les graffitis des soldats libérateurs. Donc, même 75 ans après les faits, la mémoire reste bien vivante et ce malgré la disparition de la plupart des témoins de l’époque.

Un grand merci à Bernard ZINS, historien local, qui a bien voulu intégrer deux textes retraçant les comptes rendus historiques de la Libération et de l’Opération "Nordwind".




Claude Freyermuth
octobre 2019.