Croix et calvaires de Kalhausen

Les croix rurales de Kalhausen



Ce dossier a pour ambition de mieux faire connaître ces humbles monuments qui font partie de notre vie quotidienne et qui marquent le paysage. Signes de la foi profonde de nos ancêtres, ces croix sont des éléments vivants et parlants de notre histoire locale. C’est dans cet esprit qu’il faut protéger et préserver ce précieux patrimoine.


Sommaire

1.    Généralités
              Les types de croix
         -  Les fondateurs
         -  Les sculpteurs et tailleurs de pierres
         -  L’évolution des croix
         -  Les matériaux et éléments des croix
         -  L’iconographie et le décor des croix
         -  La datation des croix
         -  Leur implantation
         -  Leur rôle
         -  Leur bénédiction
         -  L’état de conservation des croix

2.    Recensement et description des croix situées sur le ban de Kalhausen
-     La croix du 18° siècle
-     Les croix du 19° siècle
-     Les croix du 20° siècle
-     Les croix disparues

Conclusion


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Dans nos contrées chrétiennes, l’habitude de planter des croix, non seulement dans les cimetières, mais aussi au bord des chemins et le long des rues
est très ancienne.

Les premières croix, sans doute de simples croix de bois, comme on en trouve encore parfois dans certains villages de montagne, n’ont pas résisté aux intempéries. Après les dévastations dues à la Guerre de Trente Ans (1618-1648), la situation matérielle s’améliore et permet à de nombreuses familles rurales de faire ériger une croix, surtout aux 18° et 19° siècles. Dans la région, le grès rose issu des carrières toutes proches de l’Alsace Bossue est alors utilisé comme matériau de construction des croix.

Le 20° siècle avec ses deux conflits majeurs a également vu l’érection de croix en rapport avec les guerres mondiales.

1. Généralités

Les types de croix

On peut cataloguer les croix en plusieurs catégories.

•    Les croix de dévotion, érigées en l’honneur de Dieu, "zur Ehre Gottes" ou pour la gloire de Dieu, "zum Lob Gottes", sont la manifestation publique
de la foi et de la piété du donateur. Dressées tout simplement pour rendre hommage à Dieu, elles s’élèvent comme une prière qui monte vers le Ciel. Ce sont les plus nombreuses.


•    Les croix votives ont été érigées suite à l’accomplissement d’un vœu fait par le donateur (guérison, maternité, protection pendant une guerre, retour au pays d’un fils soldat…)

•    Les croix commémoratives rappellent un évènement souvent tragique survenu à l’endroit de leur érection ou ailleurs (accident mortel, meurtre, disparition à la guerre, épizootie…)

•    Les croix de mission ont été élevées par la communauté après une mission paroissiale d’approfondissement de la foi prêchée au village. Bâties grâce à des dons ou une souscription publique, elles sont en général  des monuments plus importants que les autres croix privées. Elles se dressent sur le domaine public, soit contre un mur de l’église, soit au centre du cimetière.
    
•    Les croix de cimetière sont érigées au centre du cimetière, au bout de l’allée centrale, face à la porte d’entrée, de sorte qu’elles interpellent chaque visiteur. Ce sont des croix monumentales, imposantes, élancées et ouvragées, visibles de loin, auxquelles des indulgences sont souvent accordées. Elles ont pour rôle de bien marquer le caractère sacré du lieu. Les prêtres de la paroisse sont souvent inhumés à leur pied.
   
Les fondateurs

Sur la plupart des monuments figure entre autres le nom des fondateurs, mari et femme en général.

Aussi laconique que cette inscription puisse paraître, ces hommes et ces femmes dont les noms sont gravés dans la pierre, reprennent vie et on imagine aisément leur existence de labeur et de piété, leur état d’esprit au moment de la construction de la croix, eux qui ont certainement dû consentir un grand sacrifice financier pour accomplir une promesse, mettre à l’honneur une personne chère ou tout simplement manifester leur foi et leur espérance.

Seules les familles les plus aisées pouvaient se permettre une telle dépense mais à travers elles, toutes les personnes du village avaient la possibilité de profiter de leur prodigalité en priant devant les croix.

En faisant ériger une croix, le fondateur faisait ainsi œuvre utile, non seulement pour lui, mais pour toute la communauté.

Les registres paroissiaux ne nous donnent aucun renseignement sur les gestes de foi et de piété des fondateurs ou sur leurs motivations. Parfois la mémoire collective ou la tradition orale apportent quelques éclaircissements qu’il faudrait pouvoir vérifier.

Les sculpteurs et tailleurs de pierres

Modestes artisans, les tailleurs de pierres et sculpteurs n’ont en général pas laissé de signature sur les monuments qui sortaient de leur atelier et sont restés anonymes. Les croix du 18° et du 19° siècle ne sont pas signées, excepté l’ancien grand calvaire du cimetière (Laroche et Houth de Urbach, d’après Henri Hiegel). Quelques monuments plus récents du 20° siècle sont signés Karmann de Woelfling, Moser de Meisenthal, ou encore Kirsch de Rohrbach.
Ce sont ces mêmes artisans qui taillaient également les pierres destinées aux encadrements des ouvertures des maisons, aux chaînages d’angles, aux marches d’escalier. De leur atelier sortaient aussi les pierres tombales de nos cimetières.

Ces tailleurs de pierres avaient leur atelier le plus souvent sur le lieu d’extraction de la pierre ou tout au moins à proximité.

La règle générale voulait qu’un contrat oral fût établi, après avoir choisi un modèle dans un carnet de croquis et après avoir convenu du prix.

L’étude des croix et les comparaisons possibles permettent de reconnaître un certain air de famille entre différents monuments de la même époque, ce qui permet de déduire qu’ils sont issus du même atelier. Il n’est pas étonnant alors qu’à cause de nombreux caractères communs, ces monuments paraissent stéréotypés dans leur composition et leur iconographie.   

          

    

De nombreuses ressemblances existent entre ces 2 monuments,
le premier se trouvant à Kalhausen et le second à Etting.



Un de ces ateliers de production est attesté à Rahling aux 18° et 19° siècles. En effet, la dynastie des Burgund, maçons, tailleurs de pierres, sculpteurs prend naissance avec Pierre Burgund (1712-1782) et se poursuit avec ses fils Pierre (1750-1813) et Jean (1758-1810).

Leurs descendants et la famille affiliée Aloyse Lang (Aloyse 1808-1873 est le conjoint de Suzanne Burgund 1786-1863) continueront de pratiquer cette activité.

L’activité cesse après l’émigration de Bernard Burgund (1821-) pour l’Amérique et le décès d’Aloyse Lang.

La carrière d’extraction des Burgund se situait à la sortie du village, un peu avant l’écart de la Saumühle, à droite de la départementale menant à Montbronn. (communication de Claude Freyermuth)

L’évolution des croix

Les croix du 17° siècle, du style "Bildstock", sont très rares au pays de Bitche. Leur forme évolue au cours des deux siècles suivants : le fût prend de la hauteur et s’élance vers le ciel, il est couronné par un croisillon en forme de croix latine, orné sur la face avant du Christ crucifié. La niche disparaît.

A partir de 1750, la partie inférieure du fût s’élargit, tout en continuant à gagner en hauteur, pour faire de la place à des reproductions de saints.

L’iconographie s’enrichit et le socle de la croix prend parfois la forme d’un petit autel avec tablette saillante. Le fût s’affine progressivement en hauteur, se rétrécissant de plus en plus.

Au milieu du 19° siècle, le fût se galbe en plan tout d’abord, puis en élévation, donnant à la croix une forme violonnée.
Dans tous les cas, contrairement au Bildstock, le monument est toujours couronné par un croisillon qui lui donne tout son sens.  

Le décor, inexistant au 17° siècle, est limité à une coquille et à des fleurs au siècle suivant. Il devient beaucoup plus riche au 19° siècle
(têtes d’angelots ailés, delta mystique, colombe, guirlandes, fleurs stylisées) pour de nouveau disparaître sur les croix modernes du 20° siècle.




Du Bildstock (17° siècle) vers la croix violonnée (19° siècle)
Inventaire des monuments du pays de Bitche. (Didier Hemmert)




Les matériaux et éléments des croix


Les croix antérieures au 18° siècle sont des monuments monolithes, c’est-à-dire que le fût est sculpté dans un seul bloc de grès.

Les croix des 18° et 19° siècles sont des édifices construits au moyen d’éléments superposés et fixés entre eux par des agrafes métalliques placées à l’arrière ou sur le côté. Quelques-unes ont été peintes au cours des siècles, simplement en blanc, avec une touche multicolore pourtant pour les statues en relief.
Cette peinture, mise dans un souci esthétique, a certainement contribué à protéger les croix des intempéries, mais a eu l’inconvénient de ne pas laisser respirer la pierre. L’humidité n’a par endroits pas pu être évacuée par évaporation et a provoqué parfois l’effritement du grès sous l’effet du gel.


Le matériau employé pendant les 18° et 19° siècles et encore au début du 20° est le grès des Vosges, présent dans les carrières toutes proches des Vosges du Nord.

Après 1945, le granite et le terrazzo (1) prennent le dessus, tout comme le béton.

Toutes les croix, qu’elles soient monolithiques ou constituées d’éléments étagés, comportent, comme toute construction, des parties bien distinctes et facilement reconnaissables.
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(1) Le terrazzo est un matériau formé de petits morceaux de marbre noyés dans du ciment. Il est utilisé pour la confection de sols et de marches d’escalier.


Le soubassement, c’est la fondation du monument, qui lui assure stabilité et verticalité. Il s’agit d’une épaisse et large dalle de grès, posée à même le sol ou mi-enterrée, portant en son centre un trou de scellement pour le socle ou le fût. Pour les croix modernes, le soubassement est une dalle bétonnée.


Le socle, c'est la base du monument. De forme parallélépipédique, il a souvent une section rectangulaire proche du carré. Il peut aussi prendre la forme d’un tronc de pyramide.

Parfois, il est posé sur un emmarchement d’une ou plusieurs marches, ce qui rehausse le monument et lui donne plus d’allure.
Une table couronne quelquefois le socle, transformant le monument en un petit autel-reposoir.

Socle et table sont aussi pourvus d’un trou de scellement, destiné à recevoir le dé qui est la base du fût. On parle parfois de piédestal ou de socle-piédestal.

Le fût est la partie verticale du monument comprise entre la base et la croix proprement dite qui le domine. C’est lui qui donne la hauteur au monument. Cette partie est la plus travaillée car elle porte le décor principal : les statues des saints et les motifs ornementaux religieux.

D’élévation droite au 19° siècle, il se galbe ensuite en plan et en élévation, prenant une jolie forme violonnée. On parle parfois de fût-stèle.

La croix, improprement appelée croisillon, couronne le monument et c’est l’élément principal de l’ensemble, indispensable et présent sur tous les monuments de ce genre, au point de lui donner son nom.

La partie verticale est le montant de la croix ou hampe, alors que la partie horizontale est la traverse ou croisillon.

La section du montant et des bras est quadrangulaire (rectangulaire ou carrée) et peut devenir circulaire au début du 20° siècle dans le style néoromantique.

La forme de la croix est celle d’une croix latine (le montant est plus long que les bras), avec une grande variété dans les dimensions et les proportions.


Du fait que la silhouette de la croix s’affine en élévation et que la section des divers éléments diminue, les passages entre les étages superposés sont toujours très soignés et marqués par des ressauts, des moulures ou des corniches.

Toutes les croix recensées sont complètes, à l’exception de 3 qui ont subi des dégâts suite à des tempêtes ou des accidents. C’est principalement le croisillon sommital qui a disparu ou gît à terre.



 



L’iconographie et le décor des croix

Le Christ en croix est l’élément le plus présent sur les monuments étudiés, exception faite des monuments à piéta qui présentent un croisillon nu, puisque la Vierge de Pitié y tient son Fils sur les genoux.

Sculpté le plus souvent en haut-relief, le Crucifié est toujours un Christ de souffrance, aux côtes saillantes et au visage triste. Il porte toujours un perizonum (2) autour de sa taille et parfois une couronne d’épines sur la tête.

Le titulus (3) est également toujours présent, en forme de panneau ou de bannière, ainsi que le suppedaneum (4).

Parmi les éléments religieux décoratifs, figurent le delta mystique rayonnant dans lequel s’inscrit un œil, la colombe du Saint Esprit et les figures d’angelots ailés.

L’œil inscrit au centre du triangle est l’œil de Dieu, qui voit tout et sait tout. Le triangle ou delta est le symbole de la trinité.
L’urne présente sur une même série de monuments n’est pas une urne funéraire, mais un récipient contenant des parfums ou des huiles destinés à embaumer le corps du Christ.

Le crâne humain présent sur 2 édifices, fait référence au Golgotha, "le mont du crâne" en hébreu, lieu de la crucifixion.

Le reste du décor ornemental se limite à des entrelacs et des motifs floraux destinés à embellir la croix.

Les fleurs sont le plus souvent stylisées et prennent la forme de rosaces, de rosettes. Les palmes présentes sur une croix étudiée sont les attributs des martyrs et les feuilles de vigne identifiables sur une autre croix évoquent le Christ ("Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron". Jean XV verset 1)

La mode évolue au cours du 19° siècle et on arrive au siècle suivant à beaucoup plus de sobriété, voire à une absence totale de décor. Ce sera la mode néoromantique de l’imitation de la nature, avec représentation de rocailles et de troncs d’arbres écotés. La rocaille représente aussi le Golgotha, sur lequel s’élève la croix.

Puis la seconde moitié du 20° siècle verra l’apparition du granite et du béton, sans aucun décor.


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(2). Le perizonum est le morceau d’étoffe qui cache la nudité du crucifié.
(3). Le titulus est le petit cartouche représentant la pancarte fixée au sommet du montant et portant les lettres INRI (Iesus Nazarenus Rex Iudeorum, Jésus de Nazareth Roi des Juifs). Il est absent dans le cas d’une croix sans crucifié.
(4). Le suppedaneum est la petite pièce sur laquelle reposent les pieds du Christ et permettant au crucifié de mieux respirer, ce qui prolonge son agonie.

Les inscriptions

La majorité des croix sont le support d’inscriptions rappelant les noms des fondateurs, l’année de construction et le motif de l’érection du monument.
Aux 18° et 19° siècles, de même qu’au début du 20°, jusqu’en 1918, l’inscription est toujours en langue allemande. Elle figure soit directement sur le
fût ou sur le socle, sur un cartouche ou un panneau.

Les monuments postérieurs utilisent ensuite la langue française et l’inscription figure sur une plaque de marbre rapportée.

Les lettres latines majuscules sont le plus souvent employées, parfois les minuscules gothiques pour la langue allemande. Il n’a pas été relevé beaucoup de fautes d’orthographe ou de grammaire.

Sur une croix, le jambage du N est inversé ainsi que le S, et le V est utilisé pour le U, ce qui est attesté sur une croix disparue.
Quelques rares croix récentes présentent cependant des fautes de syntaxe ou de vocabulaire.

La datation des croix

Aucun monument antérieur au 18° siècle n’existe plus au village pour deux raisons : la première est que le bois utilisé auparavant n’est pas un matériau durable et que le grès, qui a suivi, est facilement érodé par les intempéries. La seconde est que beaucoup de croix ont été les victimes des évènements de la Révolution : le décret du 17 brumaire An II ordonnait en effet de faire disparaître des places et des chemins tous les emblèmes religieux.

Si les croix n’ont pas toutes été fracassées à la masse, beaucoup ont tout simplement été renversées pendant ces évènements et laissées à terre par la suite.

La mémoire collective raconte que la seule croix du 18° siècle présente au village a dû son salut au fait qu’elle était cachée aux yeux des fanatiques, étrangers au village, par des buissons.

La plupart des croix du village datent du 19° siècle, période faste qui correspond non seulement à un essor démographique et architectural, mais aussi à un regain de la vitalité de l’Eglise. Leur nombre se monte à 13.

Mais le 20° siècle n’est pas en reste et d’autres croix sont encore érigées, témoins de la foi et de la piété des habitants. Le dernier monument recensé date de 1966. Actuellement, l’érection d’une croix semble une mode dépassée.

L’implantation des croix

Les croix de village se dressent le plus souvent devant la maison du fondateur, parfois adossées à un mur de jardin ou encore à côté de la maison.
Elles peuvent être implantées sur domaine privé ou sur domaine public (sur l’usoir).

Cinq croix, toutes du 19° siècle, se trouvent au centre de l’agglomération villageoise, dans un rayon de 100 m autour de l’église. Ainsi disposées, elles faisaient partie intégrante de la vie quotidienne des villageois dont toutes les activités se déroulaient devant elles.

Six croix, également du 19° siècle, sont des croix de carrefour, bâties à la croisée de deux rues ou de deux chemins. Cet emplacement n’est pas anodin, car une telle croix de carrefour a beaucoup plus de chance qu’une autre d’être visitée par les passants. Selon que l’on aille, au carrefour, à droite ou à gauche, l’on passe forcément devant le monument, ce qui n’est pas le cas d’une croix placée le long d’une rue, qui ne sera vue que par ceux qui empruntent la voie.

Il est curieux de noter que les croix du 19° siècle, qu’elles soient érigées dans l’agglomération villageoise ou dans les champs, sont toutes orientées vers l’église.

4 croix ne sont plus à leur emplacement d’origine et ont été déplacées suite à des travaux.

Les croix des champs sont implantées sur une partie de parcelle privée située à l’origine en dehors des limites du village et englobée désormais dans l’agglomération villageoise pour certaines. Elles sont en général entourées d’une grille qui délimite parfaitement l’espace sacré sur lequel elles s’érigent et qui les protège en même temps.

Le rôle des croix

Si la foi et la piété sont à l’origine de l’élévation de la plupart des croix, le rôle premier d’un tel monument est de rendre hommage à Dieu, à la Vierge et aux Saints, mais aussi de montrer publiquement la foi du fondateur.

L’érection d’une croix avait valeur de prière et c’était un moyen pour le fondateur et sa famille de pratiquer sa foi, de montrer publiquement sa dévotion.
Par la croix, l’on cherchait aussi protection contre la maladie, les accidents et toutes sortes de malheurs. C’est la raison pour laquelle parfois les saints patrons des fondateurs ainsi que des saints "utiles" sont représentés sur le fût des monuments, entre autres, les Saints Auxiliaires, "dìe vìerzéhn Noothèlfer". (5)
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(5). Les saints implorés localement sont entre autres Florian, patron de l’église (contre l’incendie), Barbe (contre la foudre, la tempête et pour une bonne mort), Wendelin (contre les maladies du bétail) et Agathe, seconde patronne de l’église (contre les maux de seins et l’incendie).

Les croix sont bâties pour être vues, pour être visitées tout au long de la journée et de l’année. La vie de nos ancêtres se déroulait au grand jour, dans le village et dans les champs. Les passages devant les croix étaient journaliers et fréquents dans la journée.
Les passants se signaient et pouvaient marquer un temps d’arrêt pour une brève prière, les hommes se découvraient en passant devant la croix.


Les croix, même si en fin de compte, par habitude, elles ne rappelaient plus beaucoup le sacrifice du Christ, même si les haltes devenaient machinales et les signes de croix automatiques, n’étaient jamais des monuments anodins à cause de la valeur qu’on y attachait. Les croix avaient été bénies par le curé et leur emplacement était devenu une terre sacrée.

Les croix d’indulgence devant lesquelles le passant pouvait trouver un profit personnel quantifié et reconnu par l’Eglise, pour le salut de son âme, avaient aussi une grande importance. Une seule de ces croix a été répertoriée. (6)

Par l’érection d’une croix, le fondateur, tout en accomplissant son devoir de chrétien, faisait aussi œuvre d’utilité publique car tout un chacun pouvait, grâce à lui, y effectuer ses dévotions, par là s’attirer les bonnes grâces célestes et œuvrer pour le salut de son âme.
 
Et c’est tout un village qui vaquait à ses occupations quotidiennes tant à l’intérieur de l’enceinte villageoise qu’à l’extérieur, sous le regard des nombreuses croix jalonnant le ban : labeur et piété faisaient bon ménage chez nos ancêtres.

L’érection d’une croix de la part d’un particulier n’allait pas non plus sans arrière-pensée. L’autorité religieuse encourageait à l’époque les dons pour l’Eglise et pour l’âme. Eriger une croix, instituer une fondation pieuse, en un mot, faire une bonne action en faveur de la religion permettait au
chrétien de "s’acheter" une place au Paradis, pour après la mort.


Certaines croix judicieusement implantées sur le ban de la commune (c’était peut-être uniquement le fait du hasard ou une recommandation du curé), servaient de destination et de halte pour les processions de la Saint Marc (7) et des Rogations (8). C’était l’occasion pour toute la communauté paroissiale de prier pour avoir de bonnes récoltes et pour le prêtre de bénir les champs. (9)
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(6). Des indulgences sont souvent attachées aux croix de mission ou de cimetière.
(7). Saint Marc est fêté le 25 mars.
(8). Elles avaient lieu les lundi, mardi et mercredi avant l’Ascension.
(9). La famine due à de mauvaises récoltes était la hantise de nos aïeux.
 


La bénédiction des croix


La bénédiction d’une croix était toujours une fête non seulement pour le fondateur ainsi mis en valeur, mais aussi  pour toute la communauté. Elle avait lieu en général un dimanche, jour chômé, à l’issue des vêpres, après que le curé ait eu l’autorisation épiscopale de la bénir. (10)

On se rendait, curé et enfants de chœur en tête, en procession à la croix et le prêtre bénissait solennellement le monument au milieu des chants et des prières de l’assemblée.

La bénédiction d’une croix de mission était plus festive que celle d’une croix privée car une telle fête devait profondément marquer les esprits pour que les effets de la mission durent dans le temps.

Les croix devenaient ainsi, de même que la parcelle de terrain les supportant, des choses sacrées et nul n’aurait l’idée de les profaner sans commettre un grave sacrilège.

Cette bénédiction qui allait de soi n’est que rarement relatée dans les archives paroissiales : seules, trois bénédictions de croix sont relatées par le curé dans le registre des délibérations du conseil de fabrique. (l’une par l’abbé Brunagel en 1870 et deux autres, en 1915 et 1925 par l’abbé Albert)


L’état de conservation des croix

Toutes les croix anciennes ont souffert des intempéries car elles ne sont en général pas abritées et le grès, largement utilisé aux 18° et 19° siècles, est une roche fragile qui s’effrite facilement. Ce sont les inscriptions et les personnages représentés qui ont le plus subi l’érosion, de même que le croisillon sommital, souvent tombé à terre.

Pour garantir la verticalité du monument ou au moins empêcher son écroulement, un support en fer rond a quelquefois été installé au dos du monument.




Certaines croix qui gênaient un riverain ont tout simplement été détruites sans laisser de traces. D’autres, qui se sont écroulées accidentellement ou
par suite de leur détérioration due aux intempéries, n’ont plus été relevées : elles ont fini sur une décharge ou ont servi de remblai.

Quelques-unes ont été peintes, peut-être maladroitement, mais dans un souci d’embellissement et de protection.
Aucune n’a semble-t-il été la cible d’un vandalisme bête et méchant.

Nos croix des rues et des champs, bien qu’elles ne soient pas toutes entretenues, sont dans un état de conservation plus ou moins acceptable. Les plus détériorées mériteraient certainement une cure de rajeunissement, une restauration. Et celles qui sont tombées à terre ou démembrées mériteraient une reconstruction.

Rappelons l’action de l’ancienne municipalité qui a réussi, en les déplaçant, à sauver la croix à l’entrée de la rue des lilas, le calvaire du cimetière et la croix de mission accolée à l’église (11). Mais le déplacement de ces monuments aurait dû aller de pair avec leur restauration.

Certaines croix, surtout celles situées à l’extérieur du village, ne sont plus entretenues et laissées à l’abandon de telle sorte que la végétation a vite fait de les envahir : ronces, lierre, herbes folles et arbustes. Notre association a mené en août 2015 une action de débroussaillage sur ces monuments et les a dégagés de toute la végétation qui les envahissait.










Tristes vues de deux croix des champs victimes des intempéries et envahies par la végétation.

Celle de gauche a été réparée depuis la prise de la photo.


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(10). Vers 15 heures.
(11). La croix à l’entrée de la rue des lilas a été déplacée à droite du dépôt mortuaire, le calvaire du cimetière a été remonté à l’extérieur du village, près du verger collectif et la croix de mission qui servait de monument aux morts de la première guerre mondiale a été déplacée contre la façade du dépôt funéraire de la rue des lilas. Mais aucune restauration de ces monuments n’a été malheureusement effectuée et la croix de la rue des lilas est incomplète.
          

 
2. Recensement des croix situées sur le ban de Kalhausen

Le nombre de monuments recensés s’élève à 25, nombre qui est assez important pour un village comme Kalhausen. Il est à noter qu’à Herbitzheim, village beaucoup plus important par le nombre de ses habitants, seulement une dizaine de croix ont été répertoriées. (12)

La plupart de ces croix sont des croix de dévotion, au nombre de 15. Les croix commémoratives sont au nombre de 4 et les croix votives au nombre de 5. Un seul monument n’est pas une croix, mais un monument marial.

L’écart de Hutting ne compte plus qu’une seule croix, alors que Weidesheim n’en compte aucune pour plusieurs raisons : les d’Hausen n’ont jamais résidé en continu dans leur château, les autres habitants du lieu étaient locataires et ne s’y fixaient pas, enfin les métayers des fermes et leurs familles étaient des mennonites et bannissaient tout signe religieux.

Nous avons essayé de classer les croix, chronologiquement, par période de construction, en nous basant sur leur date d’érection, quand cela a été possible. Dans les autres cas, la déduction et la comparaison nous ont permis de déterminer un classement.
























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(12). Cahiers du 2ième semestre 1999 et de juin 2001 édités par le Groupe d’Histoire Locale de Herbitzheim.
Il est à noter que la Confession Réformée est présente à Herbitzheim et que les Protestants n’érigent pas de croix. Ce qui explique peut-être le nombre peu important des croix présentes.

 
La croix du 18° siècle

1. La croix du Hohléck (croix de dévotion)

Un seul monument datant du 18° siècle existe au village, il s’agit de la croix qui s’élève après la maison n°26 de la rue des jardins, ìm Hohléck.
Cette croix trinitaire datée de 1741 se situe entre le Bildstock (croix trapue à niche renfermant une statue) et les croix du 19° siècle plus élancées,
au fût plus large et à l’iconographie plus riche.


Monument en grès, recouvert de peinture blanche fortement écaillée.
Hauteur totale 2,50 m dont 0,85 m pour le croisillon.

Soubassement formé d’une épaisse plaque de grès apparente (0,90 m x 0,95 m x 0,35 m) qui assure l’équilibre de l’édifice, malgré une légère inclinaison vers la droite.

Dé haut de 20 cm se terminant par un ressaut mouluré et surmonté du fût d’élévation droite, élancé, appelé "Stock", haut de 1,35 m, de forme parallélépipédique, à section rectangulaire, aux arêtes vives, en deux parties scellées par des agrafes latérales.
Largeur du fût 0,50 m.

Les 2/3 inférieurs du fût ont une section rétrécie sur 3 côtés et sont restés nus, en attente d’une inscription.
Couronnement du fût en corniche légèrement saillante, épaulement en légères courbe et contre-courbe.

Croisillon en forme de croix latine droite avec le Christ en haut-relief, suspendu par les bras exagérément lâches, revêtu d’un périzonum noué sur le côté et débordant largement.

Iconographie

Moulure en tore entre le dé et le fût.
Coquille entourée de 2 volutes jointives et surmontée de la colombe du Saint-Esprit.
Millésime éclaté de part et d’autre de la colombe.

Tête de mort comme suppedaneum, ce qui signifie que le Christ a vaincu la Mort.
Christ de douleur en haut-relief (tête penchée, côtes saillantes).
Dieu le Père en vieillard au sommet du montant.

Historique

Cette croix antérieure à la Révolution Française aurait été sauvée de la destruction parce qu’elle était cachée par des broussailles à la vue des Révolutionnaires.

             






Les croix du 19° siècle, au nombre de 13

La partie inférieure du fût s’élargit maintenant, faisant de la place pour les statues des saints protecteurs, puis se galbe en plan ou en élévation jusqu’à prendre une forme violonnée.

L’iconographie s’enrichit d’angelots, de guirlandes et de fleurs.
La base du fût porte les inscriptions.
Ces croix, les plus nombreuses, sont stéréotypées puisqu’elles sortent probablement du même atelier et on retrouve sinon une forme générale identique, du moins la même iconographie à peu de choses près. Pourtant une évolution se fait remarquer dans la forme des monuments et leur iconographie.

Ces croix sont toutes tournées vers le centre du village et donc vers l’église, elles ne sont pas forcément parallèles à la rue, mais parfois perpendiculaires et présentent déjà de loin leur face aux passants qui s’en approchent. De par leur position, elles les interpellent de loin, lorsqu’ils quittent le centre du village en direction des champs et nul ne peut les ignorer. Quelques-unes sont des croix de carrefour.

2. La croix de la rue des jardins appelée "Jààkobs Kritz" (croix de dévotion)

Ce monument daté par déduction de 1805 et situé à l’intersection de la rue des jardins et de la rue des roses a été récemment restauré. Il est situé parallèlement à la route et orienté vers l’église.

Edifice élancé en grès rose, bien conservé, adossé au mur d’un jardin. Hauteur totale 2,56 m.
Socle en forme de table d’autel, en tronc de pyramide de 0,65 m de haut et de 0,80 m de large, avec une épaisse table saillante aux arêtes adoucies.
Fût galbé en plan, d’élévation droite, consolidé par des agrafes.

Epaulement concave souligné à la base par un réglet en arc surbaissé et au sommet par un autre réglet plus large.
Couronnement du fût par un croisillon en forme de croix latine droite.

Iconographie

En relief sur le fût, deux registres de sculptures : les patrons des fondateurs (saint Pierre et sainte Anne) et ceux de la paroisse (saint Florian et sainte Agathe). Les 4 figurines sont posées sur des consoles, comme les statues dans l’église.
Christ en bas-relief, avec titulus en forme d’oriflamme bifide.

L’inscription "PETER METZIER" (pour METZGER) et "ANNA SELTZER", en lettres latines, figure sur la base du fût alors que toute la place nécessaire était disponible sur le socle.

Ce choix a obligé le sculpteur à adapter les statues à la place disponible en réduisant la taille des 2 figurines supérieures et l’a empêché de respecter la symétrie dans l’élévation.

Le sculpteur a gravé le patronyme et le prénom du donateur sur une ligne, mais n’a pu le faire, par manque de place, pour son épouse, dont les coordonnées s’étendent sur 2 lignes.


 








                                                     
                                                                   

Historique

Pierre Metzger (1743-1814) et Anne Seltzer (vers 1751-1814) ont fait ériger la croix peu après le décès de Jacques Seltzer (1721-1800), le père de Pierre. Pierre Metzger est le petit fils de Pierre Murer et de Catherine Seiler qui habitaient la maison située derrière la croix et construite en 1721. (renseignements et datation de la croix : Jean Meyer)

3. La croix de la rue de la libération devant la maison Muller (croix de dévotion)

Edifice de la même année que le précédent (1805), ayant de nombreuses similitudes avec lui et sortant par conséquent du même atelier.

Situé perpendiculairement à la rue de la libération, dirigé vers l’église et incorporé dans un mur de jardin.

Monument de grès, recouvert de peinture ancienne et remanié : le socle d’origine et la tablette qui le recouvrait sont figurés par du crépis légèrement saillant. Ces remaniements sont consécutifs au déplacement de la croix suite à la construction d’un garage et au recul du mur du jardin.
Hauteur totale 2,45 m dont 1,05 m pour le croisillon.

Fût d’élévation droite, galbé en plan, surmonté d’un croisillon en forme de croix latine droite.
Epaulement concave avec réglet en arc surbaissé.
 

 




Iconographie

En relief sur le fût, deux registres de sculptures : les patrons des fondateurs (saint Pierre et sainte Madeleine) et la Vierge. Les 3 figurines sont aussi posées sur des consoles.

Têtes d’angelots ailés et colombe du Saint Esprit, tête de mort sous les pieds du crucifié. Christ en bas-relief.
Titulus en forme d’oriflamme bifide.

L’inscription "ZUM LOB GOTTES HATT DIESES KREUTZ AUFGERICHT JOHANN PETER DEMERLE UND MAGDALENA FREYERMUTH 1805" figure également à la base du fût.

Jean Pierre Demmerlé et Madeleine Freyermuth ont érigé cette croix pour la gloire de Dieu en 1805.

Le sculpteur a eu le même problème que précédemment et a pu le résoudre plus facilement grâce à la place centrale de la troisième statue. Mais l’asymétrie persiste dans l’élévation. Quant à la grammaire, l’auxiliaire avoir est au singulier au lieu d’être au pluriel.

Historique

Jean Pierre Demmerlé (1770-1820) et Anne Marie Madeleine Freyermuth (1767-1831) n’ont pas eu de descendants.


4. La croix du Guggelsbèrsch (croix de dévotion)

Croix dirigée vers l’église, située au croisement de la rue de la montagne (Guggelsbèrsch) et de la rue des mésanges (Schbàtzenéck) et insérée dans
un mur de jardin.

Monument malheureusement défiguré dans sa partie supérieure et peint en gris. Ressemblances avec les monuments précédents qui laissent présager le même atelier de sculpture et la même période.

Hauteur totale 2,15 m dont 0,70 m pour le croisillon.

Epais soubassement non peint, de dimensions 0,70 m x 0,25 m et portant un dé de section rectangulaire. Fût d’élévation droite, galbé en plan.
Epaulement concave se terminant par un réglet et devant à l’origine porter directement le croisillon actuel.

Iconographie

Sur le fût, sculptures en relief de saint Jean et de la Vierge.Têtes d’angelots ailés. Christ en bas-relief.
Titulus en forme d’oriflamme bifide, suppedaneum absent.
Pas d’inscription sur le soubassement.

                 




 5. La croix devant la maison Hehn (croix de dévotion)

Edifice ressemblant aux précédents, issu du même atelier et semblant être à peu près de la même période.
Monument remanié (absence de socle), sans doute déplacé et planté directement dans le sol.

Hauteur de l’ensemble actuel 2,50 m dont 1,10 m pour le croisillon. Fût d’élévation droite, galbé en plan, épaulement à ressauts et cavet.

Dé de section rectangulaire et portant le croisillon d’élévation droite, en forme de croix latine, avec Christ et titulus en métal, tous deux rapportés et malheureusement mal proportionnés.


Iconographie

En relief sur le fût, deux registres de sculptures placées différemment : au niveau inférieur, saint Wendelin (invoqué pour protéger les animaux domestiques) et au supérieur saint Jean et sainte Madeleine, peut-être les patrons des fondateurs.

L’inscription est certainement présente sur la base du fût malheureusement enterrée. De ce fait les noms des fondateurs nous sont inconnus.
Monument restauré et bien entretenu.

 



                        
6. La croix de la maison Pefferkorn (ònn de Rùtsch) croix de dévotion

Monument situé dans un jardin, à l’intersection de la rue des vergers et de la rue des jardins, regardant vers le village.

Edifice en grès gris, restauré en 1861. Il se différencie des autres monuments précédemment décrits par le fait que les sculptures sont beaucoup plus importantes et moins fines, ce qui laisse supposer un atelier de sculpture différent ou une période de production antérieure.

Hauteur totale 2,60 m dont 1,05 m pour le croisillon. Absence de socle. Fût d’élévation droite, galbé en plan. Epaulement souligné par 2 bandeaux.

Croisillon en forme de croix latine droite, de section carrée.

La croix n’est plus verticale et son élévation n’est plus rectiligne, mais convexe. Elle s’appuie sur un support arrière en fer.

Iconographie

En relief sur le fût, saint Jean et la Vierge, tous deux de taille plus grande que sur les monuments précédents, également debout sur des consoles et
qui occupent tout l’espace disponible.

Christ en bas-relief et large titulus rectangulaire en forme de panneau.
L’inscription  "Dieses Kreuz war verfallen und ist wieder aufgerichtet worden durch Jean Dellinger und Agathe Gonthier", gravée en lettres gothiques, et la date se trouvent à la base du fût, sur un panneau à champ plat aux angles rabattus et entouré d’un filet.

Cette croix était détruite et a été relevée par Jean Dellinger et Agathe Gonthier.

Effectivement, le fût monolithique à l’origine est fendu en deux dans le sens de la largeur au niveau du cou des statues et a été réparé au moyen d’agrafes latérales et d’une agrafe dorsale.
 
 
                           







 


7. La croix près du dépôt funéraire  (croix de dévotion)

Monument en grès des Vosges, daté de 1832, érigé à l’origine devant la maison Gross de la place de l’église, à l’entrée de la rue de l’école, de Schùùlgàss et déplacé lors de la démolition de l’immeuble.

Hauteur de l’ensemble actuel incomplet 1,40 m.
Socle monolithique massif en forme de tronc de pyramide surmonté d’une épaisse tablette débordant, aux arêtes arrondies (0,80 m x 0, 60m x 0,40m) et fortement abîmée sur l’avant.

Large dé de section rectangulaire, se rétrécissant par un cavet et portant le fût galbé en plan. Epaulement concave, souligné à la base par un réglet.
Dé carré proéminent à la base du croisillon avec inscription sur cartouche, encadré sur l’avant par deux filets.
Croisillon manquant.

Iconographie

Sur le fût, statues en bas-relief de saint Nicolas et de la Vierge.
Au sommet du fût, entrelacs et fleur centrale sur le réglet.
Sur la base du fût, inscription : "DIESES KREUTZ HAT JOHANES KREMER UND MARIA SCHREINER LASSEN ERICHTEN ZUR EHRE GOTTES".

Jean Kremer et Marie Schreiner ont fait ériger cette croix pour la gloire de Dieu.

A noter que le sculpteur a aussi mis l’auxiliaire avoir au singulier (hat à la place de haben) et qu’il a oublié un r à errichten.
Inscription sur le dé supérieur : "CONSUMMATUM EST" (Tout est consommé.).

Ce sont les dernières paroles du Christ, avant de mourir sur la croix (Jean 19 verset 30). Cela signifie que tout est accompli, achevé, c’est-à-dire les prophéties concernant sa naissance, sa vie, son enseignement, son œuvre.

                                                                        














La croix à son emplacement originel
               Photo prise en 1960.

                            

Historique

Jean Kremer, bonnetier, laboureur (1781-1840) et Marie Anne Schreiner (1778-1822) sont attestés dans l’ascendance de la famille Kremer présente au village. Croix récupérée par la commune, déplacée et ayant besoin d’une restauration.

8. L’ancien calvaire du cimetière

Cette croix est en fait un imposant calvaire représentant la 12° station du chemin de croix (Jésus meurt sur la croix en présence de sa mère et de l’apôtre Jean, tous deux debout au pied de la croix).
 
Ce calvaire, déplacé par la commune, était bien plus haut autrefois à son emplacement originel, car le socle est enterré actuellement pour garantir la stabilité du monument.

De même le soubassement d’origine n’a plus été utilisé. Le calvaire a souffert de nombreuses dégradations et des réparations ont été réalisées
(recollage des personnages latéraux, renforts en fer à l’arrière et tiges filetées au niveau du croisillon).

Hauteur de l’ensemble actuel 2,95 m dont 1,85 m pour le croisillon.

Socle, de forme parallèlépipédique, galbé en élévation, presque entièrement enterré, surmonté d’une épaisse table saillante moulurée donnant au monument l’aspect d’un petit autel.

Dé imposant, de 0,65 m de large, orné d’un bandeau dans sa partie supérieure.
Haut épaulement concave aboutissant à une petite tablette saillante
Base du fût en forme de dé proéminent.

Haut croisillon en forme de croix latine droite, de section rectangulaire, mais la traverse semble un peu disproportionnée par rapport au Christ.
Peut-être les deux extrémités ont-elles été raccourcies ?

 

Sur ce cliché pris au cimetière, le socle est visible en totalité et dans son état originel.

Sa hauteur sous la table d’autel avoisine le mètre.
Une des deux statues entourant le fût est mutilée et placée à terre,devant l’édifice.
On aperçoit des sculptures en relief sur une des faces du socle.



Iconographie


Outre un cartouche, dont la partie supérieure est visible sur le socle, mais dont les inscriptions ne peuvent être déchiffrées à cause de la situation enterrée, le décor se limite au delta mystique trinitaire, avec l’œil divin, rayonnant et émergeant d’un nuage, sculpté sur la base du fût et au visage du Christ tel qu’il figure sur le Saint Suaire, sculpté sur la base du montant du croisillon.

La transcription du texte figurant sur le socle a été trouvée aux Archives Départementales, recopiée par l’historien Henri Hiegel. Il s'agit de 2 versets bibliques et d'un texte funéraire sur le caractère éphémère de la vie. Hiegel a même noté les sculpteurs du monument : Laroche et L. Houth de Urbach.

"Seelig sind die reinen Herzens sind
Denn sie werden Gott schauen" (Mathieu 5, 8)

"...Jesus Barmherzichkeit

Hier lieg ich begraben in kühler Erden
Das ich bin wirst du werden
Hier lieg ich und ward auf dich
Geh nicht vorbei, dann bet auch für mich

Nicht mein Wille sondern dein Wille geschehe" (Luc 22, 42)

Traduction

Heureux les coeurs purs, car ils verront Dieu.

…Jésus Miséricorde

C'est ici que je suis enterré, dans la fraîcheur de la terre.
Ce que je suis, tu le deviendras aussi.
Je repose ici et je t'attends.
Ne passe pas ton chemin, prie pour moi.

Que ta volonté soit faite et non la mienne.

Les personnages présents sont des plus classiques :

•    le Christ, sculpté en haut-relief, majestueux et longiligne, occupe tout l’espace disponible sur le croisillon. Sa tête est ceinte de la couronne d’épines, le perizonum, retenu par un cordon, dévoile toute la jambe droite et dépasse largement du montant. La plaie faite par la lance est nettement visible sur le côté.

•    la Vierge, placée à gauche, a les mains jointes à hauteur de poitrine; son visage immensément triste regarde le sol, sa tête est entourée d’une guimpe plissée réservée d’ordinaire aux personnes âgées, sa robe à encolure ronde est ceinturée à la taille.

•    l’apôtre Jean, un des 4 évangélistes, porte un livre sous le bras gauche, il lève la tête vers la croix et pleure. Sa main droite se lève dans un geste de refus ou de plainte.

Comme toujours, les personnages latéraux sont de plus petite taille que le Christ, pour montrer la prédominance du Crucifié.
Titulus en forme de bannière drapée.

Historique

La date d’érection de cette croix ne nous est pas connue, mais on peut présumer qu’elle a été érigée dès l’aménagement du cimetière, soit tout de suite après 1847. En tout cas, elle est présente en 1854, année où le curé Brunagel obtient de l’évêché une indulgence de 40 jours se rattachant à elle.

L’indulgence est accordée "à chaque fidèle de l’un et l’autre sexe qui récitera dans les dispositions requises devant la croix cinq Pater et cinq Ave pour l’affermissement de la foi et la prospérité de la religion dans la paroisse de Kalhausen et dans notre diocèse".
(Indulgence accordée le 26 août 1854 par Monseigneur Dupont des Loges. Registre des délibérations du Conseil de Fabrique de Kalhausen)

La croix est déplacée dans les années 1985 dans le cadre de travaux d'aménagement du cimetière et reconstituée à l’extérieur du village, près de la ferme Hiegel, au carrefour de 2 chemins ruraux.

Ce calvaire imposant mériterait une restauration soignée car les réparations effectuées l’ont été très grossièrement, et surtout un entretien régulier (émoussage). De même, l’accès au monument n’est actuellement plus entretenu.



 
Photo prise dans les années 85

  


                                      



9. La croix Stéphanus
appelée "Schtrùmpwééwersch Kritz" (croix de dévotion)


Monument en grès des Vosges, daté de 1855, situé perpendiculairement au chemin de Hutting, au lieu-dit "Wàldwies", dirigé vers le village, entouré à l’origine par un grillage avec portillon, mais victime de la tempête de 1999 et en attente d’une reconstruction.




Photo des années 1980.
 

Large dé de section rectangulaire surmonté du fût galbé en élévation à la base. Corniche largement saillante et épaulement concave portant un dé de section rectangulaire. Croisillon d’élévation verticale, de section rectangulaire, en forme de croix latine.

Iconographie

Sur le fût, 2 registres de sculptures :

-au niveau inférieur, les statues des patrons du fondateur : saint Jacques et sainte Catherine
- au niveau supérieur, la colombe du saint Esprit étendant ses ailes. Christ en haut-relief, titulus en forme de parchemin.

Inscription en lettres gothiques sur le socle : Dieses Kreuz ist errichtet worden von Jacob Hoffmann und Catharina Murer 1855

Cette croix a été érigée par Jacques Hoffmann et Catherine Murer.1855

Historique

Jacques Hoffmann, tisserand (1777-1845) et Catherine Murer (1784-1863) font partie des familles Hoffmann et Stéphanus dont les ascendants exerçaient le métier de tisserands (noms de maisons "Schtrùmpwééwersch" et "Wééweràms"). Cette croix a changé de propriétaire avec le remembrement et se trouve actuellement sur un fonds appartenant à Adrien Simon.











                 
10. La croix de la rue des fleurs, "Thìewels Kritz" (croix de dévotion)

Monument de la même époque que le précédent (1857), issu du même atelier et regardant vers l’église.

Situé perpendiculairement à la rue des fleurs, devant la maison Klam (Thìewels), il est entouré d’une grille joliment ouvragée avec portillon.
Hauteur totale 2,20 m dont 1,05 m pour le croisillon.

Socle peu élevé en forme de pyramide tronquée aux arêtes concaves, surmonté d’une tablette talutée lui donnant l’aspect d’un minuscule autel et surmonté d’un dé de section rectangulaire.

Fût d’élévation droite surmonté d’une corniche moulurée, de 0.50 m de large. Epaulement de forme concave.

Dé élargi, en deux parties, à la base du croisillon de section rectangulaire en forme de croix latine droite. Agrafes de maintien sur le côté.


Iconographie

Sur le fût, en relief, la statue de la Vierge en premier, puis celle du patron du fondateur,  saint Théobald (Thiébaut) posées sur une console commune.
Têtes d’angelots ailés sur l’épaulement concave. Christ en bas-relief et titulus en forme de panneau.

L’inscription : "Dieses Kreuz hat lasen aufrichten Theobaldus Demmerle zur Ehre Gottes" figure en lettres gothiques sur un panneau rectangulaire gravé en creux sur le socle.

Thiébaut Demmerlé a fait ériger cette croix en l’honneur de Dieu.


Il est à noter que le sculpteur a fait une faute d’orthographe en écrivant lasen et non lassen.






                                                                 

Historique

Théobald ou Thiébaut Demmerlé (1828-1855) est décédé prématurément à l’âge de 27 ans. Ses parents Pierre Demmerlé (1789-1879) et Marie Anne
Muller (1786-1852) ont pu faire ériger la croix.
Monument bien entretenu et fleuri par la famille Klam.


 11. La croix du Làntzebrùnne (croix commémorative)

Monument en grès rose daté de 1868, situé à côté du chemin du Làntzebrùnne, entouré d’une grille simple, sans portillon et regardant vers le village.

Hauteur  totale 2,25 m dont 1,05 m pour le croisillon.

Soubassement surmonté d’un dé massif de section rectangulaire faisant office de socle-piédestal et coiffé d’une tablette légèrement saillante, lui
donnant l’aspect d’un autel.

Fût d’élévation droite, ayant à sa base un dé de section rectangulaire, galbé en plan, ce qui donne une forme violonnée, se terminant par un épaulement en forme de chapeau de gendarme. Dé en deux étages, portant le croisillon en forme de croix latine droite.

Iconographie

Sur le fût, en relief, les statues des patrons des fondateurs : saint Nicolas et sainte Agathe, surmontées de têtes d’angelots ailés.
Guirlande avec rang d’oves et moulures sur l’épaulement. Fleur stylisée sur le dé supérieur. Christ en bas-relief et titulus en forme de banderole.

Petit panneau d’inscription rectangulaire sur le dé à la base du fût, entouré d’une moulure en forme de gorge. Inscription illisible.


L’inscription en lettres gothiques "Dieses Kreuz ist errichtet worden durch Agatha Dier zur Ehre Gottes und zum Andenken ihres verstorbenen Mannes Nicklaus Assant 1868" figure sur le dé-socle de l’ensemble.

Cette croix a été érigée par Agathe Dier en l’honneur de Dieu et en souvenir de son époux défunt Nicolas Assant.1868

Historique

La croix a été érigée à cet endroit en 1868 par Agathe Dier (1811-1879) en souvenir de son mari Nicolas Assant, tonnelier (1813-1866) qui venait de décéder subitement en ce lieu deux années plus tôt, le 15 décembre 1866. Il aurait travaillé comme journalier à la ferme du "Langenwald" (commune
de Dehlingen) et serait tombé de cheval, victime d’une attaque cérébrale, sur le chemin du retour.


                   














   
Le croisillon, tombé à terre pendant l’hiver 2012-2013 a été réparé et consolidé par Lucien Lauer, nouveau propriétaire du fonds.

12. La croix de mission (croix commémorative)

Grande croix érigée à l’origine contre le mur de l’église, à droite de la porte d’entrée et ayant servi de monument aux morts pour les victimes de la première guerre mondiale.

Hauteur totale 3,62 m dont 0,72 m pour le socle.

Déplacée par la municipalité contre le dépôt mortuaire de la rue des lilas.

Piédestal massif en grès, épaulement en courbes et contre-courbes, de dimensions 0,90 m x 0,70 m x 0,70 m.
Couronnement du socle par un haut croisillon en bois (2,90 m) aux extrémités trilobées, qui n’est plus emboîté dans le socle, mais fixé au mur du dépôt funéraire.


 

Iconographie

Grand Christ en bois. Titulus en bois avec l’inscription INRI (Iesus Nazarenus Rex Iudeorum, Jésus de Nazareth le Roi des Juifs).
L’inscription latine : O crux ave spes unica (Salut ô croix, notre unique espoir) se trouve sur la face avant du socle, sur un panneau à table rentrante
aux angles abattus.

Ces mots latins sont le 1er verset de la 6° strophe de l’hymne Vexilla Regis, composée au VI° siècle par Venance Fortunat, évêque de Poitiers.
Grandes palmes croisées sur la face avant du socle. Les palmes sont les attributs des martyrs chrétiens et font référence ici aux soldats morts pour leur patrie. Elles ont pu être rajoutées après 1918, en remplacement de l’inscription originelle.



 
Les noms des victimes de la Première Guerre Mondiale
sont gravés sur les 2 côtés du socle, sur champ plat.
Ils sont devenus pour la plupart illisibles.

  




34 noms figurent sur les 2 faces latérales du socle (2 fois 17)

Ils ne sont pas rangés par ordre alphabétique, mais par ordre chronologique de leur décès. Le choix des noms par face semble aléatoire.
Un prénom est gravé phonétiquement, il s’agit de Gross Aloyse, écrit Alice (en francique Àliss).


Lors d’une cérémonie tenue le dimanche 13 septembre 2015, la commune a inauguré l’apposition de plaques de plexiglas sur les 2 faces du socle,
rendant ainsi lisibles tous les noms des victimes de la Grande Guerre.

Une autre plaque retraçant l’historique de la croix a été apposée au mur du dépôt mortuaire.


 

    



Photomontage "Inauguration des plaques"


Historique

Cette grande croix de mission a été bénie le 24 mars 1870 après une mission prêchée à Kalhausen. Elle a sans doute été érigée par la paroisse au moyen de dons faits par les fidèles et était destinée à rappeler à tous les paroissiens les temps forts de la mission et les bonnes résolutions prises à son issue.

"L’an mil huit cent soixante dix, le vingt-quatre mars, à deux heures de l’après-midi, a été érigée et bénie la croix de mission par le Révérend Père Lallée, rédemptoriste, en souvenir de la mission de douze jours qu’ont donnée les pères Pierrard, Lallée et Muller de la maison de Téterchen".

Etaient présents à la cérémonie les prêtres Brunagel, curé de la paroisse, Vilzmann, curé d’Etting, Bigam, curé de Bining, Bettinger, curé de Wittring, Marschal, curé de Tesala (diocèse d’Oran, Algérie), Grosse, curé de Schmittviller, Pefferkorn, vicaire à Bitche et tous les habitants de la paroisse de Kalhausen. (
Compte-rendu extrait du registre des délibérations du Conseil de Fabrique).

                                            



La croix à son emplacement d’origine.
Années 1960.



                                           

Et actuellement contre la façade
du dépot mortuaire

                         



13. La croix du Schwitzerfèld, appelée "Ängels Kritz" (croix de dévotion)

Située au bout de la rue des roses, à l’extérieur du village et tournée vers le village.

Monument daté de 1882, entouré d’une simple grille, sans portillon, un peu abîmée par les machines agricoles.
Hauteur totale  2,55 m dont 1,40 m pour le croisillon.

Socle trapézoïdal (0,30 m de haut) avec table saillante de dimensions 0,75 m x 0,75 m x 0,10 m.
Fût d’élévation droite, galbé en plan, de 1,15 m de haut, surmonté d’un dé séparé du fût par une moulure en grain d’orge et à la partie supérieure arrondie.

Croisillon rapporté en fonte industrielle, richement ouvragé, de 1,40 m de haut.
Des traces de fixation d’agrafe au sommet du fût (partie dorsale) laissent penser qu’à l’origine le fût était couronné par un croisillon de grès.
Le socle semble un peu enterré et le croisillon d’origine devait être de moindre hauteur que l’actuel en fonte.

Iconographie

Panneau d’inscription sur le fût, entouré d’un fin réglet en forme de chapeau cardinalice. Delta mystique rayonnant symbolisant la Trinité.

Croix de fonte avec le Christ à l’intersection des bras, et les symboles des 4 évangélistes (le lion, l’aigle, le taureau et l’ange), décor d’épis de blé, de lierre et de fleurs stylisées.

L’inscription en lettres latines majuscules: "DIESES KREUZ HAT ZUR EHRE GOTTES LASSEN AUFRICHTE IM JAHR 1882 FLORIAN FREYERMUTH UND SEINE EHEFRAU ANGELIQUE LAUER" se trouve à la base du fût, ce qui laisse un espace disponible pour un autre ornement, hélas absent.
Florian Freyermuth et son épouse Angélique Lauer ont fait ériger cette croix en l’an 1868 en l’honneur de Dieu.

Il est à noter que le sculpteur a inversé les S et le jambage des N. Il a aussi utilisé le singulier au lieu du pluriel (hat et non haben) et écrit aufrichte à la place de aufrichten, à cause d'un manque de place.






                 

Historique

Jean Pierre Florian Freyermuth, journalier (1816-1889) et Angélique Lauer, domestique (1820-1893) sont les arrière-grands-parents paternels d’Antoinette, Madeleine et Florian Freyermuth. Angélique est à l’origine du nom de maison Ängels.

14. La croix de la Ritterschtròòss (croix votive)

Monument de grès, non daté, se trouvant au croisement de la rue de Schmittviller (D83) et du chemin communal appelé "Ritterschtròòss", dirigé vers le village.

Hauteur de l'ensemble actuel 1,20 m, largeur du fût 0,48 m.
Fût droit, galbé en plan, sans socle, arborant une piéta.
Epaulement concave, jadis surmonté d’un croisillon droit rapporté, en forme de croix latine.

Iconographie

Statues sculptées dans une sorte de niche à fond plat, de façon assez naïve : le Christ est chétif par rapport à la taille de la Vierge.
Cette dernière porte une ample robe aux plis très marqués et un nimbe rayonné en pétales de fleurs, un peu lourd, entoure sa tête. Traces de peinture
sur les pétales.


Histoire

Cette croix appelée également  "Jààkobs Kritz", comme celle du début de la rue des jardins, a été érigée ou relevée après 1918 par la famille Florian Metzger, laboureur (1849-1935) et Madeleine Demmerlé (1860-) pour remercier le Ciel d’avoir permis à ses 4 fils de rentrer sains et saufs de la guerre : Jean Pierre (1882-1965), Jean Nicolas (1888-1975), Florian (1889-1962) et Auguste (1889-1975).




Auguste et Jean Pierre
               

A l’origine, la famille Metzger avait promis de faire ériger une petite chapelle, mais les fonds disponibles n’étaient pas suffisants pour une telle construction. (renseignement fourni par Jean Marie Lang)


 


                           
Hiver 44-45. La croix semble couchée à terre.
Photo ECPAD.


Pendant l’hiver 44-45, le monument aurait été jeté à terre lors de l’opération Nordwind, peut-être par des soldats de la 2° DB. Aucune trace de choc avec un blindé n’est visible. Les éléments de la croix gisaient longtemps à terre et le croisillon sommital a disparu à cette époque. Après le relevage du monument, un nouveau croisillon a été installé par les soins de Bernadette Kimmel, née Stéphanus, originaire d’Etting, en souvenir de son père Joseph, décédé en 1980 dans un accident de la circulation, au niveau du carrefour. (communication d’André Neu)

                    


Le croisillon rapporté est visiblement
disproportionné par rapport

au monument et il est fait dans un matériau différent.



Etat actuel






Une autre Piéta figurant sur un fût de croix est emmurée dans le mur de la partie ancienne du cimetière, au niveau du dépôt mortuaire. Elle semble provenir du même atelier et pourrait être de la même période, non déterminée pour le moment.

Si l’on part de la supposition que ce vestige de croix a été maçonné à cet endroit lors de l’aménagement du cimetière, l’on pourrait dater ces deux monuments de la première moitié du 19° siècle. La croix Metzger ne daterait alors pas du début du 20° siècle, mais serait antérieure.



           

     
Les détails du visage du Christ sont passablement effacés car il servait d’appuie-pied aux enfants de l’école qui montaient sur le mur du cimetière pour jouer. (Anecdote rapportée par Joseph Etienne List)


Les monuments du 20° siècle, au nombre de 11.

La forme du monument évolue dès le dernier tiers du siècle précédent : le socle devient plus large et prépondérant, les sculptures se raréfient, des niches réapparaissent, plus grandes que sur les Bildstock et le style néoromantique, à l’imitation de la nature, s’installe.

Certaines croix construites après 1945, n’échappent pas à la mode du granite poli et lustré qui a aussi investi les cimetières. C’en est fini maintenant avec la période glorieuse et faste où le sculpteur avait tout loisir d’exprimer son talent et son imagination.

Les croix ressemblent désormais de plus en plus aux monuments funéraires de nos cimetières, constituées d’un large fût-stèle et d’un croisillon sommital. L’uniformité et la monotonie sont en route…

15. La croix de la rue de la gare appelée "Pééder Pàtts Krìtz" (croix de dévotion)

Monument en grès, élevé en 1915 et constitué d’un emmarchement sur lequel se dresse un imposant piédestal.

Hauteur totale 2 m.

Socle massif élargi, de section rectangulaire, terminé par une fine moulure à gorge et un tore.

Haut dé de section rectangulaire surmonté d’une épaisse corniche moulurée saillante.

Fût court à niche en plein cintre, à renforts latéraux concaves, surmonté d’un grand croisillon d’élévation droite, de section rectangulaire en forme de croix latine, à base élargie.
        



                      

Iconographie

Dans la niche, statue en buste, en bas-relief du Sacré Cœur de Marie, très abîmée par l’érosion. Christ et titulus en bronze.
L’inscription : "O crux ave spes unica Errichtet von Peter Müller 1915" se trouve sur un petit panneau carré à table rentrante situé sur le piédestal.
Salut, ô croix, notre unique espoir. Erigé par Pierre Muller 1915


 


Historique

Pierre Muller (1839-1925) était cuisinier au Grand Séminaire de Metz. Il est décédé célibataire. L’appellation "Pééder Pàtts Kritz" se traduit par "La croix du parrain Pierre". Dans une famille, l’oncle célibataire devenait le Pàtt, le parrain, tout comme la tante célibataire était la Gòòt, la marraine.

Ce même Pierre Muller est bénéficiaire d’une fondation de la part de l’abbé Albert en 1895. Le curé, qui peut l’avoir connu au Grand Séminaire, lègue une certaine somme à la paroisse pour que chaque année, au jeudi précédant la fête des 7 Douleurs, une messe haute soit dite à l’intention de Pierre Muller, suivie d’une exposition du Saint sacrement et d’une bénédiction. (Délibération du 21 avril 1895. Registre des délibérations du Conseil de Fabrique de Kalhausen)

L'abbé Michel Albert, curé de Kalhausen, relate dans le registre des délibérations du conseil de fabrique la bénédiction de cette croix en ces termes (traduction de l’allemand) :
 
"En ce 4 mai de l'an de grâces mil neuf cent dix-sept, en la fête de Saint Florian, patron de la paroisse, a été solennellement bénite la croix érigée en l'année 1915 par Pierre Muller dans la rue de la gare. Vers la fin de l'après-midi, toute la paroisse s'est rendue en procession à la croix ornée de drapeaux et de fleurs, chantant " le Magnificat " et le " Vexilla regis ".

Sur cette croix sont gravés les mots suivants : "O crux ave, spes unica" (Salut, ô croix, unique espérance), ce qui est bien vrai pendant notre vie et à l'heure de notre mort, et plus particulièrement aujourd'hui, en ces temps sanglants de guerre. Pour finir, la croix a été bénie solennellement et l'assistance a prié pour les enfants de la paroisse mobilisés au "front".

Kalhausen, le 5 mai 1917
M. Albert, curé.

16. La seconde croix de la rue des jardins ou croix Mourer (croix de dévotion)

Monument daté de 1925, en grès, avec quelques motifs peints, signé Kirsch de Rohrbach.

Hauteur totale 2,20 m dont 0,90 m pour le croisillon.
Large soubassement de 1,36 m x 1,13 m.
Piédestal à base élargie talutée surmonté d’une tablette.
Fût-stèle creusé de 2 niches.

Epaulement à corniche moulurée en larges courbe et contre-courbe.

Croisillon d’élévation droite, de section rectangulaire, en forme de croix latine aux extrémités trilobées.

Iconographie

A l’origine, statues en ronde-bosse de saint Antoine et de saint Wendelin posées sur consoles. Ces statues ont été volées et remplacées par de plus petites (la Vierge de Douleur et saint Joseph à l’Enfant Jésus. Volutes latérales composées à la base du fût-stèle. Composition florale à dessin symétrique au-dessus des niches.

L’inscription : "ERRICHTET ZUR EHRE GOTTES DURCH DIE EHELEUTE JEAN PIERRE MOURER UND MARIA HOFFMANN 1925" se trouve sur un panneau rectangulaire aux angles abattus, à champ plat entouré d’une moulure plate en creux.

Erigé par les époux Jean Pierre Mourer et Marie Hoffmann en l’honneur de Dieu.1925
 
Historique

Jean Pierre Mourer (1863-1927) et Anne Marie Hoffmann (1866-) sont les grands-parents maternels de Thérèse Holtzritter, épouse Brechenmacher.
L’abbé Albert relate la bénédiction de cette croix dans le registre des délibérations du conseil de fabrique en ces termes :

"L’an de grâces mil neuf cent vingt-cinq, le 12 juillet, huitième dimanche après Pentecôte, à l’issue des vêpres, a eu lieu la bénédiction solennelle
de la croix érigée par les époux Jean-Pierre Mourer et Marie Hoffmann
". L’autorisation épiscopale en avait été accordée en date du 8 juillet.

Le prédicateur avait choisi pour le texte de son sermon les paroles de Saint Paul aux Corinthiens I, chapitre 1, verset 18 : "Verbum enim crucis pereuntibus quidem stultitia est, iis autem qui salvi fiunt id est nobis, Dei virtus  est".

Ce qui se traduit ainsi : "Le langage que parle la croix est une folie pour ceux qui vont à leur perte, tandis que pour ceux qui sont sauvés, pour nous,
c’est une force divine".


                          




La croix a été cédée, avec le fonds sur lequel elle est érigée, à un nouveau propriétaire, Christian Herrmann, qui a fixé une plaque de plexiglas devant les statues pour les protéger autant du vol que des intempéries. Actuellement, le terrain est proposé à la vente.


17. La croix Simonin appelée "Simonns Kritz" (rue de la libération) croix de dévotion

Monument de grès, daté de 1930, érigé à côté de la maison Pia Kremer, rue de la libération (ìm Làngenéck) et signé Moser de Meisenthal.
Hauteur totale 2,25 m dont 1,35 m pour le croisillon.

Croix de style néoromantique, à l’imitation de la nature.

Socle de dimensions 0,80 m x 0,50 m x 0,40 m et fût en moellons factices maçonnés avec joint apparent, formant des blocs de rocailles.
Epaulement également en moellons.

Croisillon d’élévation droite, à section circulaire, en forme de croix latine, fait de troncs d’arbres écotés.

Iconographie


Détails du style naturaliste : moellons, écorce, saillies de branches, fissures.
Feuilles de vigne sculptées sur le socle et feuilles de laurier à la base du fût-stèle.

Présence d’un titulus en bronze et marques apparentes de fixation d’un Christ certainement aussi en bronze.

L’inscription : "ERIGEE PAR LA FAMILLE SIMONIN 1930" se trouve sur un panneau à table saillante présent à la partie inférieure du fût.

Historique

Cette croix aurait été érigée par une des 3 filles de Nicolas Simonin, appelé de Simonn Nìggel.

Nicolas Simonin, laboureur (1847-1919) et Odile Zins (1855-1914) ont eu en tout 10 enfants, dont Madeleine (1891-1968), Marie (1896 -) et Anne (1900-1973). Une de leurs filles aurait fait ériger cette croix en remerciement, pour avoir été délivrée d’esprits mauvais qui hantaient sa maison. (communication d’Agnès Muller)

 
 










L’ensemble mériterait un petit nettoyage, car la pierre est noircie et couverte de mousse. De plus, la croix penche vers l’avant et n’est donc plus verticale.



18. La croix Weittmann de la rue des roses (croix votive)

Monument en grès gris daté de 1948, situé dans le jardin de la famille Sylvie Prando et signé Jean Karmann de Woelfling.
Rénové en 1979 (remplacement du socle en terrazzo par un socle en grès rose).

 

Photo de la croix d’origine prise dans les années 60.



Le monument d’origine comportait un emmarchement sur soubassement, un fût-stèle avec plaque d’inscription surmonté du croisillon et de la statue de la Vierge. Sa taille était plus grande que celle du monument actuel.

Le monument actuel comporte un fût-stèle en maçonnerie de pierres de taille, avec joints apparents, en forme de tronc de pyramide, très élancé, surmonté d’une tablette aux arêtes droites. (Travail exécuté par Raymond Grabherr père, de Butten).

Hauteur totale 2,40 m dont 1,50 m pour le croisillon.

Le croisillon et la statue de la Vierge ayant appartenu au premier monument sont posés désormais sur le nouveau fût-stèle, de dimensions
0,90 m x 0,80 m x 0,80 m.

Grand croisillon d’élévation droite, en forme de croix latine, de section circulaire.

Iconographie

Détails du style naturaliste : troncs d’arbres écotés, écorce, saillies de branches, fentes dans le bois.
Statue de la Vierge en ronde-bosse et du Christ en haut-relief.

Vierge de douleur, immensément triste, portant la guimpe sur un front haut. Vêtement formé d’une longue robe ceinturée traînant sur le sol et d’un manteau porté sur les épaules en larges plis. Grand Christ aux côtes nettement marquées et à la couronne d’épines. Large périzonum aux plis très marqués et aux extrémités glissées sous un bandeau.

Titulus en forme de banderole. Massif floral au pied de la croix.

L’inscription des noms des fondateurs se trouve sur le champ avant de la tablette (WEITTMANN-LIST).


Historique

Croix érigée par Joseph Weittmann, ouvrier mineur (1914-1996) et son épouse Marie List (1911-1967) pour avoir survécu à la guerre. Ce sont les parents d’Odette Beck et Marie Antoinette Freyermuth, nées Weittmann.





                 
Ce monument s’apparente à un calvaire par la présence d’un personnage au pied de la croix. Néanmoins la place n’était pas suffisante pour représenter aussi l’apôtre Jean, remplacé par conséquent par la composition florale dans le but d’équilibrer l’ensemble. Dommage que la Vierge cache une partie de la sculpture centrale.
 


 

19. La croix Bour-Lenhard
de la route d’Oermingen (croix votive)

Monument en grès gris situé sur la route d'Oermingen, daté de 1958, entouré d’un muret surmonté d’un petit grillage, avec portillon et signé Karmann de Woelfling.
Hauteur de l’ensemble 2,70 m dont 1,30 m pour le croisillon. Soubassement en béton.

Socle élargi de section rectangulaire et fût-stèle élancé en forme de pyramide légèrement tronquée, tous deux en massif de rocailles.
Epaulement concave surmonté d’un croisillon d’élévation droite, en forme de croix latine, à base élargie, en troncs d’arbres écotés.

Iconographie

Socle en blocs à l’imitation de la nature, maçonnés dans les traditions de l’art. Fût-stèle à blocs disparates, disposés en rayons autour du panneau d’inscriptions légèrement saillant.

Détails du style naturaliste : écorce, saillies de branches, fentes dans le bois. Christ en haut-relief.

L’Inscription : "O CRUX AVE SPES UNICA ERIGEE PAR LA FAMILLE BOUR-LENHARD 1958" se trouve au centre du fût-stèle sur un panneau à champ plat au sommet arrondi.


Historique


Croix érigée par Henri Bour (1894-1974) et Marie Eugénie Lenhard (1901-1966) pour avoir été épargnés lors de la libération, début décembre 1944.
      



 

Le 1er décembre 1944, les Américains tirent des obus de 155 sur le village, essayant d’atteindre le clocher qui aurait pu servir de poste d’observation
pour les Allemands toujours présents. Plusieurs obus s’abattent au centre du village : l’un d’eux tombe dans la cour de la maison d’Aloyse Pefferkorn "Parissersch", actuellement Noël Demmerlé, et blesse mortellement Aloyse, un autre tombe sur la maison Pefferkorn située à côté de Florian Thinnes et la détruit, un troisième tombe près de la maison de Henri Bour et détruit le pignon.

Les occupants de la maison, réfugiés dans la cave, sortent indemnes de ce bombardement et iront se réfugier désormais dans une autre cave. (renseignements fournis par Lucien Bour).
Monument bien entretenu.
                 




  Les croix Koch et Kilh (20 - 21)

Ce sont deux monuments pratiquement identiques issus du même atelier, celui de Jean Karmann de Woelfling, tout comme le monument précédent et datant aussi de la période après-guerre.
On trouve même un monument funéraire identique à ces 2 croix, à l’exception du socle et du fût-stèle, déplacé du cimetière et conservé par Jean Marie Lang. Ce qui prouve bien qu’un même type de monument pouvait servir pour deux buts différents et que peut-être le carnet de croquis du sculpteur n’était pas bien étoffé…

 


  Monument funéraire Lang-Kremer,
  récupéré et conservé rue des vergers.



20. La croix Koch de la rue de la libération (croix votive)

Monument en pierre reconstituée blanche, situé dans le jardin de la maison Demmerlé-Koch, 18, rue de la libération.

Hauteur de l’édifice actuel 1,60 m. Le monument à l’origine avait une hauteur totale de 2,35 m. Soubassement en grès. Socle et fût-stèle en bloc de rocailles factices.

Statue de la Piéta couronnée à l’origine par un croisillon d’élévation droite, de section rectangulaire, en forme de croix latine.

Iconographie

Blocs de pierres avec fortes stries saillantes et joints de maçonnerie apparents, disposés de façon aléatoire sans recherche d’horizontalité ni de symétrie.
Statues aux visages tristes, amples vêtements drapés de la Vierge, aux plis nettement marqués. Urne à gauche, servant de pot à parfum.
Croisillon originel drapé de longs pans d’étoffe tombants, qui n’a plus été remplacé après la tempête de décembre 1999. Titulus en forme de pancarte.

Le Christ n’est pas représenté sur la croix, puisque sa mère a recueilli sa dépouille.

L’inscription : "Erigée en remerciement et à l'honneur de Dieu par la famille KOCH-PEFFERKORN" se trouve sur une plaque de marbre blanc, fixée
au centre du piédestal.

        





La croix complète avant la tempête de 1999







Historique

Jean Koch (1894-1969) et Clémence Pefferkorn (1899-1970) sont les parents de Cécile Demmerlé, née Koch.       

  
21. La croix Kihl de la rue de la montagne (croix commémorative)

Située rue de la montagne, dans le jardin de la maison Kihl.

Piédestal à emmarchement en terrazzo gris, surmonté d’une Piéta en grès rose sur socle. La forme et le matériau de ce socle nous laissent imaginer ce que pouvait être le monument Weittmann à l’origine.

Le croisillon sommital, comme sur la croix précédente, n’a plus été remplacé après les dommages causés par la tempête de décembre 1999 et pouvait
être semblable à celui de la croix précédente.


Iconographie

Quelques différences existent entre les deux compositions concernant l’inclinaison de la tête de la Vierge, les plis de la guimpe et de la robe, le bras gauche du Christ.

L’inscription : "Erigé par la famille Cath. KIHL-ZINZ en souvenir à leurs fils Henri né 1914 tombé en Russie 1944 et André né 1923 tombé en Russie 1944" se trouve aussi sur une plaque de marbre saillante, fixée au centre du piédestal.

A noter que le patronyme Zins s’écrit normalement avec un s final. Le texte comporte encore quelques autres particularités (en souvenir à leurs fils, né 1914, etc…).

Historique

Catherine Zins est l’épouse de Henri Kihl, charron, né en 1876 et décédé en 1918. Le couple a 9 enfants entre 1906 et 1917. 3 d’entre eux décèdent en bas-âge. Après la mort de son mari, Catherine met encore au monde un fils, André, né en 1923 et tombé en Russie, comme son demi-frère Henri. En tout, elle perd 5 des 10 enfants qu’elle met au monde. C’est elle qui fait ériger cette croix.

               


 
 


Henri Kihl
(11.02.1914- 17.09.1944) Torva. Estonie

         

                            André Zins
     (2.12.1923-8.03.1944) Orscha. Russie




    

              



                
22. La croix Bruch de la rue des mésanges (croix de dévotion)

Monument daté de 1962 et situé devant la maison Daugs, 10, rue des mésanges. Cette croix a aussi changé de propriétaire avec la vente de la parcelle, comme terrain à bâtir, aux époux Daugs.

Hauteur totale 1,70 m dont 0,50 m pour le croisillon.

Socle massif surmonté d’un fût-stèle à base élargie couronné d’un croisillon d’élévation droite, de section rectangulaire, en forme de croix latine, à base faiblement élargie et dont les extrémités sont centrées en pointe.

Iconographie

Socle à l’imitation de la nature, avec blocs factices dont les joints sont fantaisistes.
Christ et titulus en bronze.
L’inscription : "ERIGE EN L'HONNEUR EN DIEU PAR LA FAMILLE BRUCH PALTZ 1962" se trouve au centre du fût-stèle sur une plaque de marbre noir aux angles supérieurs rabattus.
  


               
Histoire

Jean Bruch (1874–1958) et Anne Barbe Palz (1880–1961) sont les grands-parents paternels de Marie José Bruch, épouse Scheh, habitant Rohrbach-lès-Bitche.

Les époux Bruch avaient décidé, avant leur décès, de faire ériger sur une parcelle leur appartenant, une croix en l’honneur de Dieu, avec le ferme espoir
de voir revenir de la guerre leur fils Joseph. Ce dernier n’avait jamais été officiellement déclaré décédé. Hélas, Joseph ne revint jamais…


     

L’inscription est un peu fantaisiste et Palz comporte une erreur.
                     

 23. La croix Laluet de la rue des jardins (croix commémorative)

Monument moderne en béton et en granit, érigé dans la partie médiane de la rue des jardins.
Hauteur totale 2,70 m dont 1,40 m pour le croisillon. Haut emmarchement, surmonté d’un socle plat de section rectangulaire supportant le fût-stèle.

Epaulement de section rectangulaire portant un croisillon massif, d’élévation droite, de section rectangulaire, en forme de croix latine.


Iconographie


Absence de décor, dans le style des monuments funéraires érigés dans la seconde moitié du 20° siècle.


L’inscription figure en lettres dorées sur le fût-stèle, sur un champ plat entouré d’un filet.
"Cette croix a été érigée en souvenir de JACQUES LALUET tué par un éclat d'obus le 3 janvier 1945. Sa famille. Miséricordieux Jésus donnez- lui
le repos éternel
"


Historique

Ce monument a été élevé près de l’endroit où Jacques Laluet, boucher, a trouvé la mort le mercredi 3 janvier 1945, pendant l’opération Nordwind déclenchée par les Allemands.
L’évènement est relaté dans la brochure "Kalhausen : les années sombres 1939-1945" de Claude Freyermuth. Elle
est signée Gaston Laluet, âgé à l’époque de 6 ans.

"Je me rappelle la fin tragique de mon père. Le 3 janvier 1945, les Américains ont réussi par une contre-attaque à revenir jusqu’à Achen, mais ils ont à nouveau été mis en déroute par l’arrivée de la 2° D.B.

En ce début d’après-midi, l’abbé Schilt vient au magasin de la boucherie et demande à ma mère s’il peut voir mon père avec lequel il entretient des contacts fréquents. Mais mon père était sorti par derrière afin de se rendre dans le "Hohléck" (rue des jardins). Sur ce, notre jeune abbé va rejoindre mon père qui est en pleine discussion au milieu de la rue avec Bruch Jean Pierre, Lauer Charles et Stephanus Pierre.

Après s’être mêlé à eux, l’abbé Schilt demande à mon père s’il veut bien l’accompagner à la "Rùtsch" pour aller aux nouvelles : il y a là, en position, un char de la 2° D.B. qui pourrait leur fournir des renseignements sur le front. Mon père refuse une première fois et la discussion continue. L’abbé réitère sa demande une deuxième fois, puis une troisième. Après tant d’insistance, mon père finit par accepter. Ensemble ils vont donc auprès de ce char recueillir les dernières nouvelles des mouvements des troupes. L’abbé Schilt est intéressé à plusieurs titres : en tant qu’officier français, en tant que responsable d’un réseau de résistants, mais il aurait aussi aimé rendre visite aux siens à Saint-Louis-lès-Bitche.

Il est entre 14 et 15 h lorsque nos deux amis, après avoir été aux renseignements, s’en retournent au village. Mais ils sont à peine arrivés à hauteur de l’actuelle maison Bour Lucien (rue des jardins), qu’un obus allemand tiré depuis Achen explose sur le sol fortement gelé du talus longeant la rue. Surpris, les deux hommes n’ont pas le temps de réagir, les éclats fusent, l’un d’entre eux traverse la soutane de l’abbé Schilt sans le blesser, mais vient frapper de plein fouet la cuisse de mon père et lui arrache la jambe. Voyant qu’il gît à terre, grièvement blessé, perdant son sang en abondance, l’abbé appelle du secours dans la maison Pefferkorn (Schùmmàchersch, actuellement Bour Richard) et revient auprès du blessé. Plusieurs personnes sortent de leur abri et accourent, mais constatent leur impuissance. Il n’y a aucun moyen de poser un garrot, et  en quelques instants, vidé de son sang, mon père s’éteint.

L’abbé Schilt se sentait coupable de la mort de mon père, mais le pauvre ne devait pas longtemps survivre à son ami Jacques, puisque, dans la nuit du 17 au 18 janvier 1945, il fut tué dans une embuscade près de Lemberg, entre les lignes allemandes et alliées, alors qu’il voulait rejoindre son village natal. Cette virée nocturne à bord d’une jeep en compagnie d’un certain Jost de Sarreguemines fut fatale à ces deux résistants. »

Un autre témoignage est encore disponible, fourni par Emile Lenhard, 16 ans à l’époque.


"J’étais apprenti-boucher à l’époque et je travaillais ce jour-là à la boucherie, en compagnie de Charles Demmerlé, appelé "de Éddinger Karl ".
Dès que la nouvelle de l’accident fut connue à la boucherie, je me précipitai avec Charles dans la rue des jardins. Mon patron était couché
à même le plancher, dans la pièce de devant de la maison Pefferkorn où vivaient des sœurs célibataires, Catherine, Marie et Marie-Cécile (actuelle maison Richard Bour). Il était hélas trop tard, il n’y avait plus rien à faire. On le coucha sur une échelle et on le transporta ainsi jusqu’à son domicile en prenant le chemin qui passe derrière les maisons Joseph List et Jean-Pierre Freyermuth. Son épouse Anne, toute affolée, nous attendait déjà devant la boucherie. On étendit le cadavre de son mari sur le canapé de la pièce de devant, la "Schdob", en attendant la mise en bière. Je plaignais sincèrement la jeune veuve avec ses 3 enfants en bas âge".



Jacques Laluet (1904-1945)
















 

24. Le monument marial Schreiner-Demmerlé (monument votif)

Monument moderne daté de 1966, en béton recouvert de peinture et situé rue des jardins en face de la maison Schreiner-Thaller. C’est chronologiquement le dernier monument religieux élevé dans le village.

Entouré d’un petit jardinet fermé par des grilles et une chaîne sur un muret de béton. L’ensemble s’inscrit parfaitement dans un triangle isocèle.
Hauteur totale 2,20 m dont 0,65 m pour la demi-sphère et 1,55 m pour l’étoile et les rayons.

Soubassement surmonté d’une demi-sphère, elle-même portant une petite statue de la Vierge dans une niche sans fond, couronnée d’une étoile d’où partent des rayons.

Iconographie

Absence de tout décor. Petite statue de la Vierge de Lourdes.


Symbolique du monument.

La demi-sphère symbolise le globe terrestre. L’étoile représentant la Vierge éclaire de ses rayons la sphère.

L’inscription : "Stella matutina Erigé par la famille Schreiner-Demmerle 1966" figure sur la demi-sphère.

L’expression latine Stella matutina ou Etoile du matin est un vers des litanies de Lorette ou litanies de la Vierge.

Elle désigne aussi la planète Vénus qui précède ou suit le soleil dans sa course céleste, ce qui nous la rend visible soit en fin de nuit, soit en début de soirée. 

L’étoile du matin annonce donc le soleil, le jour qui va se lever. Marie a été très tôt associée à l’image de l’étoile du matin, "cet astre qui révèle
le Soleil". Elle est "la mère de l’astre sans déclin", c’est-à-dire le Christ.

"Comme l'étoile du matin, en même temps que l'aurore, précède le lever du soleil, de même Marie, dès sa conception immaculée, a précédé la venue du Sauveur, le lever du "Soleil de justice" dans l'histoire du genre humain." Jean Paul II, Encyclique "Redemptoris Mater" § 3.

Marie, l’Etoile du matin, qui annonce le Christ, le Soleil, porte ainsi à chaque aurore l’espoir d’un jour nouveau et de la fin de la nuit avec ses terreurs, ses peines et ses angoisses. Eclat du jour naissant, elle porte l’assurance que même si les temps à venir seront difficiles, l’espérance demeure, car le matin vient.
www.etoile-du-matin.fr
www.mariedenazareth.com





Historique

Stèle érigée par la famille Alphonse Schreiner - Lucie Demmerlé en reconnaissance d'une guérison.


                                                
  

Alphonse Schreiner (1925-1976)


                        

                              Lucie Demmerlé (1928-2011)
 
  Monument bien entretenu et périodiquement repeint.

25. La croix de Hutting (croix de dévotion)

Monument daté des années 70 et situé dans la rue principale, un peu plus loin que la maison Robert Neu.

Hauteur totale 1,76m dont 1,26 m pour le croisillon.

Constitué d’un soubassement en béton, d’un socle également en béton, en forme de tronc de pyramide surmonté d’un croisillon d’élévation droite en fonte industrielle.

Iconographie

Croisillon à l’imitation de la nature, en troncs d’arbres écotés, richement décorés de guirlandes florales formant une couronne au centre du croisillon.
Petit Christ à l’intersection des branches de la croix.










 
Historique

Cette croix a été élevée dans les années 70-71 par Lucie Dehlinger (1903-1992), à côté de sa maison (actuellement Robert Neu), sur l’emplacement de la croix Ducotau détruite par les intempéries (voir plus loin). Le soubassement et le socle ont été bétonnés par Camille Klein. (renseignements fournis par Hugo Kirch)

Les croix disparues

Quatre monuments sont attestés disparus, deux à Kalhausen et deux autres à Hutting.
Le premier était très certainement la croix se trouvant au centre de l’ancien cimetière enserrant la chapelle qui s’élevait à la place de l’église paroissiale actuelle. Ce cimetière ne fut plus utilisé pour les inhumations après la construction de l’église en 1847. Cette croix fut maintenue à sa place et finit par tomber en ruines ou bien fut détruite lors de travaux.


 

La croix, dont le fût est visible à gauche sur cette vue, était très élancée, comme toutes les croix de cimetière. Elle se composait d’un socle surmonté d’une tablette et d’un haut fût arborant une piéta. Le croisillon est manquant sur ce cliché des années 1960.


Le second se trouvait au bout de la rue de la montagne et a disparu dans les années 60, renversé par un camion de ramassage de lait se rendant à la ferme Emile Hiegel. Il a dû servir de remblai quelque part.

Les deux seules croix de Hutting ont été détruites dans les années 70. C’était des monuments en grès certainement semblables à ceux de Kalhausen et datant du 19° siècle. L’un se trouvait dans le mur du jardin Noël-Herrgott et apparemment il aurait gêné le propriétaire.

L’autre était une croix de dévotion, la croix Ducotau (voir plus haut la croix n°24). L’inscription présente sur ce monument a été fidèlement retranscrite
par Claude Kirch, la voici :

"Zu Ehren Gottes hat dieses Crevtz aufrichten lassen Nicolav de Covtav avf Segen seines apgelebten H. Vatters Georg de Covtav Herschaft in Hvtting den 4 September .8.3"

Nicolas de Coutau a fait ériger cette croix le 4 septembre .8.3 en l’honneur de Dieu et pour le salut de son père décédé Georges de Coutau seigneur de Hutting.

Il est à noter que le tailleur de pierres a utilisé systématiquement la lettre v pour le u. L’orthographe de certains mots est un peu fantaisiste.
Le monument datait vraisemblablement de la première moitié du 19° siècle.

Historique

Cette croix est une croix votive érigée en l’honneur de Dieu et pour le salut de Georges Ducotau, né le 12 février 1706, ancien militaire et seigneur de Hutting. Il décède à Hutting le 25 juin 1783, à l’âge de 77 ans. Son fils Jean Nicolas, né en 1741, a fait ériger cette croix en son honneur.

D’après la tradition orale, cette croix aurait été élevée à l’emplacement de l’assassinat de Louis Ducotau par Nicolas Hertzog d’Oermingen. (renseignement fourni par Hugo Kirch) Cela devrait donc être une croix commémorative, or ce n’est pas le cas.





Louis Ducotau est un frère de Georges, il est décédé suite à une agression, mais n’a pas été assassiné à cet endroit. Voyons les faits.

Le drame est la conséquence directe des querelles de propriété entre les habitants d’Oermingen et ceux de Hutting. Louis Normant Ducotau, conseiller du Roi et receveur de l’office de Sarrelouis, à son arrivée à Hutting en 1690, considère que ses terres s’étendent jusqu’à la séparation actuelle entre les bans d’Oermingen et de Kalhausen. Les paysans d’Oermingen voient en cela un grignotage de leur espace vital et ne l’admettent pas. Les habitants de Kalhausen, de leur côté, aimeraient que ces terres contentieuses soient lorraines, mais indépendantes du fief de Hutting appartenant à Ducotau. Il s’y rajoute une espèce de lutte de classe entre la noblesse locale représentée par le seigneur de Hutting et les paysans d’Oermingen. Dans ce contexte tendu, il n’est pas anormal que des querelles éclatent, accompagnées parfois de violences physiques.

L’affaire concerne le fils aîné de Louis Normant Ducotau, prénommé également Louis, né vers 1693 et Nicolas Hertzog, le fils de l’ancien maire d’Oermingen. Le jeune Ducotau, lieutenant de la compagnie d’arquebusiers du sieur de Plonquett de Bitche, avait au printemps 1721 chassé d’un champ
la servante et le plus jeune fils de la veuve Hertzog qui étaient en train de brûler des haies. Cela n’avait pas plu au grand frère Hertzog qui s’était juré
de se venger à la prochaine rencontre.

Cette rencontre entre Claude Ducotau et Nicolas Hertzog eut lieu le samedi 13 septembre sur le chemin qui conduit d’Oermingen à Kalhausen, au lieu-dit "Klééblàtt". Cet endroit longe la "Ritterstròòss" qui fait la séparation entre le ban de Kalhausen-Hutting et celui d’Oermingen et se trouve éloigné d’environ 2 km de Hutting.

Claude Ducotau semble avoir menacé Nicolas Hertzog avec un fusil. Ce dernier s’empare d’un piquet de parc et lui assène quelques coups sur la tête. Il arrache le fusil des mains de Ducotau et l’utilise pour lui donner d’autres coups. Ducotau tombe à terre pendant que Nicolas Hertzog s’enfuit. Claude Ducotau, blessé, ramasse les morceaux du fusil brisé et rentre à travers champs à Hutting. C’est là, dans la demeure paternelle qu’il décède des suites
de ses blessures, dans la nuit du 13 au 14 septembre.
(renseignements fournis par Albert Lang)

Conclusion

Tous ces monuments religieux présents sur le ban communal sont des témoins forts des croyances de ceux qui nous ont précédés, de leur foi et de leur piété ainsi que de leur histoire, tragique ou heureuse.

Ils font partie intégrante de notre patrimoine et nous interpellent aujourd’hui, tout comme ils ont interpellé nos ancêtres. Toutes ces croix, de la plus humble à la plus imposante, méritent notre respect et notre protection.

Beaucoup de ces monuments, surtout les plus anciens, ont subi des dégâts ou se sont dégradés, car le grès est une roche friable. Certains, et c’est bien dommage, ne sont plus entretenus, parce que leurs fondateurs n’ont pas eu de descendants ou qu’ils ont été aliénés avec le fonds sur lequel ils s’élèvent.

Ils n’intéressent souvent pas les nouveaux propriétaires qui les tolèrent cependant sur leur parcelle.
D’autres ont été maladroitement peints ou consolidés. Les croix qui sont tombées à terre, en totalité ou partie, réclament une reconstruction.

Il serait souhaitable que les propriétaires de ces croix endommagées ou négligées, envisagent, avec l’aide de la collectivité, leur restauration et leur mise en valeur ou du moins leur sauvegarde. Il serait grandement dommage qu’elles disparaissent à jamais de notre paysage, dans l’indifférence totale.

Il faut quand même signaler que quelques rares croix sont entretenues par des personnes avisées et fleuries chaque année. Ces monuments sont en bon état. Dans le souci de mettre à l’honneur ce patrimoine, des membres de l’Association Historique de Kalhausen ont décidé dans un premier temps de débroussailler certaines croix envahies par du lierre, des ronces ou des arbustes. Ils entretiendront à l’avenir ces monuments et pourront dans un second temps les rénover et les restaurer, selon leurs moyens.

Lien vers la page "Mise en valeur des croix"


Pour information. Ci-dessous, une réponse du ministre de la culture de 2011 au sujet des croix rurales et de leur protection.

Question écrite de M. François Vannson (JO, 26 juillet 2011, p. 7950).

M. François Vannson attire l’attention de M. le ministre de la culture et de la communication sur la protection des croix rurales. Lorsque ces croix ne sont pas inscrites au titre des monuments historiques, elles obéissent au régime juridique des biens meubles. Il est dès lors possible, pour le propriétaire du sol sur lequel elles sont érigées, de les vendre ou même de les détruire, quand bien même dateraient-elles du 16e siècle. Ces témoins de la vie quotidienne du 16e au 20e siècle sont de véritables éléments de notre patrimoine et mériteraient une meilleure protection à ce titre. Il lui demande donc de bien vouloir lui indiquer ses intentions à ce propos.

Réponse du Ministre de la culture et de la communication (JO, 4 octobre 2011, p. 10571).

"Les croix situées en plein air ont la qualité d’immeubles par nature, dès lors qu’elles sont fixées au sol par des fondations, même peu profondes, et ce indépendamment de leur protection au titre des monuments historiques. Le ministère de la culture et de la communication a toujours été très attentif à la préservation des petits édifices relevant du patrimoine rural, en les protégeant notamment au titre des monuments historiques, quand ils présentent l’intérêt minimum requis, au regard de l’art ou de l’histoire. C’est ainsi que la base Mérimée du ministère recense 344 croix de chemin inscrites ou classées au titre des monuments historiques. De nouvelles protections sont possibles à partir de l’important recensement effectué par les services de l’inventaire général du patrimoine culturel, qui a abouti à l’étude de plus de 4700 croix de chemin".

La loi du 13 août 2004, relative aux libertés et responsabilités locales, a transféré aux départements les moyens budgétaires que l’État consacrait annuellement au patrimoine rural non protégé (5,4 Meuros). Il leur appartient, depuis lors, de définir les projets de travaux susceptibles de bénéficier d’une aide financière. Dans certains départements, les services territoriaux de l’architecture et du patrimoine participent à l’examen des projets. Enfin, la fondation du patrimoine, dont l’organisation et les missions sont définies par le code du patrimoine, s’est fixé comme but principal la sauvegarde et la valorisation des éléments du patrimoine rural qui ne bénéficient pas d’une protection au titre des monuments historiques. Elle aide notamment à financer les projets de restauration. Les croix rurales, qui ne peuvent être toutes protégées au titre des monuments historiques, peuvent bénéficier de ces deux dispositifs, que les maires connaissent bien.
 
Le groupe d’étude des croix.

Nicole Meyer, Etienne List, Claude Freyermuth, Gérard Kuffler
Gabriel Freyermuth (* 18/01/1948  + 21/01/2014)