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Hutting

les péripéties d’une terre.




Hutting est aujourd’hui un hameau d’une vingtaine habitants dépendant du village de Kalhausen.






(Photo Google maps)

Schématiquement, l’histoire de Hutting peut se scinder en deux parties.

1) Une histoire "médiévale", mal connue, révélée par la présence d’une famille noble qui tire son nom de la terre de Hutting. La localisation du site s’avère difficile. Seule certitude, Hutting est dans l’orbite de l’abbaye de Herbitzheim.

2) Une histoire “moderne” assez bien documentée à partir de 1622, époque où la terre de Hutting a été érigée en fief. Cette fois ci, le site est bien
balisé” dans l’espace. Il est au cœur d’un différent séculaire entre les possessions nassauwiennes et lorraines.


Hutting dans les textes

La première mention de Hutting date de l’année 1265. le document cite Cunigonde de Huntingen, veuve de sire Thiry de Raville.

Le chevalier de Hutting, en 1335, fit don aux habitants de Herbitzheim de prairies sises audit lieu. Il porte les armes suivantes: une aigle noir sur fond jaune. (Sceau des comtes de Saarwerden : une aigle bicéphale).

En avril 1385, le comte Henri III de Sarrewerden s’accorde avec Gertrude, veuve de Jean de Huntingen, sur la tutelle de leurs enfants Jean et Thilmann de Huntingen.

Pour venir en aide au duc de Lorraine René II contre Charles le Téméraire, duc de Bourgogne en octobre 1475, Egenolf de Lutzelbourg, capitaine de Sarrebourg, demande au comte de Sarrewerden et aux seigneurs de Fénétrange et de Bitche de se rassembler avec armes et bagages au camp de “Hyntingen”.

Jean de Huntingen est secrétaire des comtes de Sarrewerden pendant une trentaine d’années au milieu du XVième siècle. C’est donc essentiellement par la lignée des “von Huntingen” qu’on apprend l’existence du lieu.

Dans son article rédigé à la fin du XIXe siècle: Les ruines du Comté de Bitche, l’érudit local Thilloy ne cite pas Hutting comme localité habitée antérieurement à l’an 1200 (village disparu). Hutting ne figure pas non plus dans l’état des lieux habités à l’aube du XIIIième siècle.

Ces informations accréditent la thèse que Hutting ne faisait pas partie du Comté de Bitche.

Le village de Hutting aurait-il disparu lors d’une épidémie de peste à l’instar d’autres localités d’Alsace Bossue toute proche ?

D’une multitude de droits seigneuriaux disparates...

Selon un document de la chancellerie du comté de Bitche de 1469, l’abbaye des bénédictines d'Herbitzheim avait des droits sur des cantons des rivières
de la Sarre et de l’Eichel jusqu’à la terre de Weidesheim.


D’après un plaid annal ou Schöffenweistum d’Oermingen qui délimitait au milieu du XVIième siècle le ban d’Oermingen, les trois bans ( Oermingen, Hutting et Kalhausen) avaient une borne tribanale commune, sise au Horbachbronn. « Von Kalkofen uf Hörnbacherbronnen, alda stossen dreÿ bann zusammen, nemlich Oerminger, Kallenhaûsser und Hütting Bann».

Le ban d’Oermingen incluait alors les cantons de l’actuel ban de Kalhausen : Horbach, Kreitzen, Paffendeller Klamm, Krommenacker, Küweg, Koenighoff, Kaes. (pratiquement toute la section C du plan napoléonien de 1829).

En 1572 le duc de Lorraine occupe la seigneurie de Bitche, qui jusque là était inféodée aux comtes de Deux-Ponts.

…vers une unité territoriale d’un seul tenant

Le dénombrement du duché de Lorraine par Thierry Alix Président de la Chambre des Comptes en 1594, entreprend de clarifier la situation du point de vue des limites. Kalhausen (Kallenhausen) est rattaché à la mairie de Bining (Beningen).

Extrait : « depuis ledict poirier droit au chaulxfour, descendant à une pierre borne plantée au bois appelé Basterwaldt, ladite pierre faisant séparation des bans de Schmidtweiller de Heymeltingen et d’Ormingen, une bonne demye heure de chemin.

Depuis ladicte pierre, par le bois, droict à la rivière Eychel, un quart d’heure de chemin. Puis, tirant aval ladicte rivière jusques à la Sarre, une petite heure de chemin. »

Malgré les efforts réalisés, la frontière reste assez imprécise. Du coté d’Oermingen, l’Eichel ne constitue pas la limite sud du comté de Bitche et Hutting n’est pas cité nommément comme en faisant partie.

Nouvelles limites et échange de souveraineté

Le traité du 3 octobre 1621 entre Henri II Duc de Lorraine et Louis Comte de Nassau Sarrebruck fixe enfin les limites du comté de Bitche au contact des bans d’Oermingen, de Kalhausen et de Hutting.

Le duc de Lorraine abandonne ses droits de vouerie sur Oermingen, obtient en contre partie la souveraineté sur la moitié de 2700 arpents de terre sur la rive droite de l’Eichel. Chacune des parties exerce dans son ressort la souveraineté, le droit de haute, moyenne et basse justice. Cependant le droit de propriété, la perception de la dîme ainsi que les droits de vaine et grasse pâture, pêche et autres demeurent dans la situation antérieure. Ce traité modifie les limites territoriales. L’imminence de la guerre de Trente ans aidant, les nouvelles bornes ne furent pas plantées comme le prévoyait le traité.

La question des limites cent cinquante ans plus tard

Par convention du 15 février 1766, le prince de Nassau, cède entre autres au Roi Très Chrétien Louis XV, les dîmes, les cinquante arpents de terre et les quatorze arpents trois quart, mesure de Lorraine, qu’il possédait encore sur les bans de Hutting et Kalhausen. Trop favorable au Roi de France, cette convention est amendée en 1770.

L’espoir du développement puis la ruine

Le traité de 1621 a fixé précisément les limites territoriales. Le duc de Lorraine se trouve en possession d’un nouveau territoire, appelé ban et finage de Hutting, qu’il entend mettre en valeur. En mai 1622, le duc Henri II donne les lettres patentes à Nicolas Ganss d’Herbitzheim pour l’érection en fief du ban de Hutting.

La famille Ganns est au service des Comtes de Nassau depuis la guerre des Rustauds (1525) où un de ses représentants est cité en tant qu’officier.

Nicolas Ganss obtient l’autorisation de bâtir et d’ériger une maison avec colombier sur pilier. Le fief jouit de la moyenne, basse justice et de la justice foncière. Un maire, qui doit résider sur place, est nommé pour veiller aux intérêts du seigneur.

Le commerce du bois

Entre 1615 et 1623, les autorités lorraines élaborent des projets pour rendre navigable la Sarre (entre Herbitzheim et Sarreguemines) et flottable l’Eichel. L’exécution est confiée à Laudwein Bockenheimer, capitaine de Siersberg, et Jean Valentin Dithmar, receveur du comté de Bitche. On voulait ainsi améliorer l’exploitation des forêts du comté de Bitche. Le bois issu de ces forêts devait être amené par charroi jusqu’à Lorentzen puis flotté de l’Eichel à la Sarre.

Les investisseurs Français après le traité de Vincennes, le redémarrage démographique

En 1665, les enfants du sieur de Barral et d’Inaumont, alliées à la famille de Roucy, achètent les droits, rentes et revenus attachés à la maison (présentement réduite en mazure) ban et finage d’Hutting moyennant la somme de trois cent risdallers monnaie d’Allemagne

En 1681, Ernest Ferdinand de Vaulx d’Achy qui a épousé Charlotte Bénigne une fille du sieur de Barral, rend ses “foy et hommages” au roi de France pour le fief de Hutting.

Un Tourangeau dans les bagages d’Antoine Bergeron de la Goupillière

Louis Normant du Cottau, lieutenant au service du roi se marie en 1689 avec Marie Anne de Humbert et s’installe à Sarrelouis la ville nouvelle créée par Louis XIV. La mariée apporte dans sa dot la moitié du fief de Hutting qui lui vient de sa mère Jeanne de Barral.

En 1690 Louis Normant du Cottau achète, pour 250 écus argent d’Allemagne, l’autre moitié du fief appartenant à son beau frère Ernest Ferdinand. Ce dernier s’établit alors à Hambach. Le 28 novembre 1690, il rend ses "foy et hommages" pour le fief de Hutting. La même année la terre de Hutting est laissée à titre de bail pour trois années à Jean Balthasar.

Des ambitions revues à la baisse

Le traité de Ryswick de 1697 rend le duché de lorraine à son duc légitime. Sarrelouis qui est restée ville française perd de son influence. Pour survivre la famille du Cottau se retire dans son fief en spéculant à l’occasion des crises frumentaires du début du XVIII ième siècle.

Les sources

Archives départementales de la Moselle
Archives départementales de la Meurthe et Moselle
Archives de Sarrebrük
Extrait atlas du comté de Bitche AD 57

 
ADMM B923 Extrait du Schöffenweistum d’Oermingen


 
Une borne côté Nassauvien (hameçon de loup)
 


(Photo Albert Lang)
 
Borne plantée en 1754
 


(Photo Albert Lang)

Une borne côté lorrain (croix de lorraine)
 


(Photo Albert Lang)

Extrait de l’atlas topogéographique du comté de Bitche (1758) AD 57


 
Extrait de la carte Naudin (1737) médiathèque de Metz. Carte conservée à la Bibliothèque municipale de Metz (RES ROL 012).
 





             (Dossier  Albert Lang)