Opération_Nordwind


Opération Nordwind à Achen
(1ère partie)

 

Opération Nordwind.

En janvier 2008, cela fait 63 ans que des éléments de la 2e Division Blindée du Général Leclerc prirent position à Kalhausen et dans les environs. Pourquoi cela ? Kalhausen et les villages limitrophes sont libérés depuis décembre 1944 par les troupes américaines. Ce fut le 6 décembre pour notre village. La population est soulagée, la guerre semble terminée, mais une certaine inquiétude demeure.

Au 1er janvier 1945, le bruit des bottes résonne à nouveau. Une rumeur court : les Allemands reviennent, des réfugiés de Bliesbruck , Woelfling, Wiesviller, Gros Réderching affluent et le 3 janvier, des Kalhousiens prennent la route en direction d'Oermingen. En effet, le 31 décembre 1944, vers 23h00 débute l'offensive " Nordwind ". Comment en est-on arrivé là ?

 

Ceci est un témoignage exceptionnel laissé à l'école de Kalhausen par trois Américains de la 44e Division d'Infanterie. Ils commentent à chaud le début de l'offensive Nordwind. Cela peut se traduire par " Quelle foutue Saint Sylvestre ".

 



 

Le contexte général.

Le 16 décembre 1944 à 05h30 du matin, Hitler déclenche l'opération " Wacht am Rhein " plus connue sous le nom de Bataille des Ardennes. L'objectif est de reprendre le port d'Anvers par lequel transitent la majorité des approvisionnements destinés aux armées alliées. De gros moyens sont mis en œuvre par les Allemands : 10 divisions blindées, 200 000 hommes prennent part à l'assaut.

Devant l'urgence de la situation, la 3e Armée du Général Patton stoppe ses opérations en Lorraine et vole au secours des unités US engagées dans les Ardennes. A Kalhausen, aux environs de Noël, les villageois voient transiter des convois interminables et ne comprennent pas, cela ressemble à une retraite et déjà les premiers réfugiés suivent. La 7e Armée du Général Patch prend la relève des troupes envoyées contre les Allemands en Belgique.

 

 

 

Une famille de réfugiés, originaire de Bliesbruck, est hébergée chez Steffanus Jacques au " Langeneck " (rue de la libération) à Kalhausen.

 

 

 


Dans le secteur Obergailbach-Erching le front se stabilise en deçà de la frontière franco-allemande de 1939. La 44e Division d'Infanterie US s'installe en position défensive vers le 20-21 décembre 1944. Les lignes sont très étirées et un plan de retraite est prévu par les Américains en cas d'offensive majeure.

Vers le 22 décembre 1944, Hitler se rend compte que l'offensive en Belgique n'aboutit pas et commence à planifier l'opération " Nordwind ". L'objectif est de détruire la 7e Armée en la prenant en tenailles. Une attaque doit percer le front dans le secteur de la Ligne Maginot, entre Sarreguemines et Rimling, une autre attaque a pour objectif le débouché des vallées de Wingen et Niederbronn. D'autres forces allemandes doivent traverser le Rhin au Nord de Strasbourg et celles de la poche de Colmar établir la jonction avec les troupes du Nord, ainsi l'Alsace serait à nouveau allemande et le drapeau à croix gammée flotterait à nouveau sur la cathédrale de Strasbourg.

Le 26 décembre 1944, les services de renseignement alliés ont vent qu'une offensive contre le nord de l'Alsace se prépare, le 27 décembre le général Eisenhower annule les ordres concernant l'attaque de la poche de Colmar et la 2e DB (Division Blindée du Général Leclerc) est mise à disposition de la 7e Armée du général Patch.

En cas d'une attaque massive allemande, un plan de repli stratégique sur les Vosges est prévu. Il concerne la 7e Armée US de Patch et la Première Armée Française. Le 1er janvier 1945, l'ordre est donné et doit être effectif le 5 janvier 1945. La réaction de De Gaulle est immédiate : hors de question d'abandonner Strasbourg et l'Alsace. Le 3 janvier a lieu une conférence au sommet entre De Gaulle, Eisenhower et Churchill. Au moment de la conférence, les Allemands sont arrêtés à Achen et Gros Réderching, la situation militaire dans les Ardennes s'améliore. A Wingen sur Moder où est engagée la 6e Division SS, la situation est moins favorable aux alliés. Eisenhower se range à l'avis de De Gaulle et fait suspendre le mouvement de retrait US.

Préparatifs et ordres allemands pour l'opération " Nordwind ".

Le 25 décembre 1944, le plan est approuvé par Hitler. Une série de réunions avec les officiers généraux a lieu le 28 décembre. Finalement dans la soirée, le groupe est conduit au Quartier Général à l'Adlerhorst où Hitler tiendra une conférence. L'accent est mis sur l'importance de cette offensive pour la poursuite de la guerre. Des promesses sont faites quant à l'attribution de moyens aux unités concernées par l'opération. Elles ne seront pas tenues, les visions de l'Etat-major étant en profond décalage avec les réalités du terrain fin 1944.

L'attaque est prévue le 31 décembre 1944 à 23 heures. Les instructions pour la mission Achen " Aufgabe Achen " (nom que donneront les Allemands plus tard à Nordwind au niveau local) sont données le 29 décembre. Les missions pour les unités participantes sont les suivantes :

- La 19e VGD (Volksgrenadierdivision) attaquera entre Habkirchen et Bliesbruck, traversera la Blies, tiendra le secteur des fermes du Viesing et poussera jusque Zetting.
- La 36e VGD (Volksgrenadierdivision) attaquera en direction d'Achen les forts de la Ligne Maginot et continuera vers le Sud. L'objectif est d'être maître de la Ligne Maginot le 1er janvier au matin.
- La 17e SS PZGD (Panzergrenadierdivision) Götz Von Berlichingen percera les lignes alliées à l'Ouest d' Erching, traversera la Ligne Maginot, puis avec l'aide d'un groupe blindé avancera vers Diemeringen puis Drulingen.

L'offensive allemande.

L'attaque débute le 31 décembre 1944, vers 23 heures. (Cliquez ici pour voir la carte). Il n'y a pas de préparation d'artillerie, très vite les Allemands se rendent compte que l'effet de surprise escompté n'a pas lieu. Les troupes américaines composées de la 44e et de la 100e Division d'Infanterie US se défendent avec acharnement. En alerte depuis le 29 décembre, les Américains avaient retiré leurs avant-postes et organisé des patrouilles. Les GI ne fêtaient pas Nouvel An, contrairement à ce que les Allemands pensaient mais sont obligés de céder du terrain sous la pression ennemie. On se bat à la ferme de Morainville, à Gros Réderching. Des prisonniers américains sont acheminés vers l'arrière. Localement des mouvements de panique ont lieu. A Schmittviller, le chauffeur d'un camion GMC benne son chargement composé de ravitaillement dans la rue et prend le large. Les duels d'artillerie reprennent et occasionnent de gros dégâts dans les villages de la zone de combat.

Le 3 janvier 1945, les Allemands se fraient un chemin vers Achen. Ce coup de boutoir est effectué par la " Stossgruppe Kaiser " composée d'éléments du SS Panzergrenadier Regiment 38 et d'éléments de la SS Panzer Abteilung 17. Un groupe de 5 compagnies attaque en direction de Rimling, un autre groupe perce les lignes du 71e Régiment d'Infanterie US. Gros Réderching est pris. La N 410 vers Sarreguemines est coupée. Les lignes américaines sont enfoncées.

Des renforts américains de la 63e Division d'Infanterie sont acheminés dès le 1er janvier 1945 dans le secteur Achen, Gros Réderching. (Cliquez ici pour voir la carte). Ils sont inexpérimentés, c'est leur premier contact avec l'ennemi. Le 2 janvier vers minuit, le groupement " Kaiser " soutenu par quelques blindés s'avance en direction de Achen, en empruntant la petite route qui longe le ruisseau d'Achen depuis Gros Réderching. Vers 4 h30, la lisière Nord d'Achen est atteinte. Vers 9h00 Achen est entre les mains allemandes. Trois canons automoteurs sont embusqués dans les granges. Comme dans les autre villages environnants, de nombreux déserteurs et réfractaires à l'armée allemande sont cachés dans les fenils et greniers. Le danger est grand, en cas de capture, ils risquent d'être fusillés. Charles Rimlinger de Kalhausen, caché chez Petri, raconte : " Le 3 janvier très tôt, je trayais l'unique vache qui nous restait, les autorités allemandes ayant réquisitionné le cheptel. Il y avait des bruits inhabituels. Dans l'obscurité je vis des fusées de signalisation. Ayant été soldat allemand, je compris tout de suite. Ils étaient de retour. J'enfourchai mon vélo, mais dans le village je fus arrêté par des soldats américains. Ils n'avaient pas compris ce qui se passait ; après quelques palabres, ils me laissèrent repartir. Je repris mon vélo. Près du pont, j'entendis les balles siffler et partis en direction de Kalhausen. Un camion GMC venant de la petite route d'Etting, le chauffeur ayant été tué, s'encastra dans la maison d'en face. D'autres rafales de mitrailleuses claquaient, je vis les impacts de balles non loin de moi, me jetai dans le fossé et traînai mon vélo comme je pus. Au Val d'Achen, je réveillai les gens, ils n'avaient pas pris conscience des évènements. Arrivé à Kalhausen, depuis les hauteurs, je vis les maisons de Achen en feu. "

Les derniers Américains quittent Kalhausen le 3 Janvier au matin, ce sont des unités non combattantes.

Les troupes américaines situées de part et d'autre de la petite route de Achen vers Gros Réderching, qui est l'unique voie de communication vers l'arrière pour les Allemands, sont rejetées vers le Sud. Elles se regroupent vers 9h45 entre Singling et le ruisseau d'Achen, soutenues par leur artillerie. Vers midi, la souricière se referme sur les Allemands, ils sont coupés de leur ravitaillement et de leurs renforts. L'offensive est stoppée, c'est le point ultime de leur avancée dans le secteur.

La 2e DB fait mouvement.

Le 2 janvier, les "Leclerc " prennent position dans les localités de l'Alsace bossue et dans le pays de Bitche. Dès le 29 décembre 1944, ils avaient été mis en alerte. Un détachement conduit par le capitaine Fonde du 2e RMT (Régiment de Marche du Tchad) quitte Bourgheim en Alsace le 30 décembre 1944 à 13 heures. La colonne traverse

 

Collection privée

Le Sous-lieutenant Michel de Miscault du 1er peloton 4e Escadron à coté de son char Sherman " Bordelais II ".
La photo a été prise à Postroff avant de faire mouvement sur Kalhausen.
Son Sherman est un M4A3 équipé d'un canon de 76 mm. Les engins ont chacun un nom de province du Sud Ouest.
Les 4 autres chars de son peloton sont : Le Saintonge, l'Angoumois, l'Aunis et le Périgord.

 

Molsheim, Saverne, Phalsbourg, puis ils sont dirigés sur Mittelbronn. Ils ignorent tout de leur mission. Une halte est faite à Baerendorf. Le contraste est saisissant avec les villages alsaciens relativement opulents et les villages lorrains plus modestes où la population semble être plus réservée. C'est un sentiment qui ne les quittera pas durant leur court séjour en Moselle-Est.






Ci-dessus, l'insigne du 12e RCA dont la devise est "Audace n'est pas déraison". Le régiment a été formé au Maroc en 1941, en 1943 il sera équipé avec du matériel américain, prendra le nom de 12e Régiment de Chasseurs D'Afrique et sera affecté à la 2e DB. Il prend part à la campagne de France, en passant par Paris, Strasbourg et terminera la guerre en Allemagne à Berchtesgaden.

Collection privée


Postroff à proximité de Fénétrange, le 1er janvier 1945. Le Chef d'Escadron Gribius, commandant en second du 12e RCA, le Lieutenant Baillou commandant le 4e Escadron, le Sous-lieutenant Piquet du 4e Escadron et l'Aspirant Catala 4e Escadron. Un peloton de leur escadron sera engagé le 3 janvier 1945 à Achen.

Postroff en 2007. Une partie de la fontaine a été démolie. La maison devant laquelle stationnait le Sherman de Michel de Miscault n'a pas tellement changé.

 

La mission du GTL (Groupement tactique Langlade) est de stopper toute infiltration ennemie sur la ligne Wittring, Achen, Bining. Le 2 janvier au matin, le sous-groupement Minjonnet dont fait partie Fonde reçoit ses ordres : rejoindre Oermingen, Kalhausen, Dehlingen par Wolfskirchen, Sarre-Union. Il fait très froid -17°, certains halft tracks (véhicules semi-chenillés) ne démarrent pas, de l'eau contenue dans l'essence a gelé les canalisations. On utilise les lampes à souder pour dégeler, ce n'est pas sans danger. Instruction est donnée de maintenir les moteurs chauds en les faisant tourner à intervalle régulier de jour comme de nuit. A Postroff, le Sous-lieutenant De Miscault commandant un peloton de chars du 4e Escadron du 12e RCA (Régiment de Chasseurs d'Afrique) est lui aussi confronté aux rigueurs climatiques. Parmi les 5 chars Sherman sous ses ordres, 3 sont du modèle M4A2 équipés de moteurs diesel. Lors d'une révision, les réchauffeurs n'ont pas été remontés et pour démarrer les blindés, il est nécessaire de les remorquer avec les Sherman essence. " Il fallut 3 heures de routes verglacées et de visages gelés dans les jeeps, les tourelles des chars et des half-tracks pour atteindre Oermingen. " dira le Capitaine Fonde. (Cliquez ici pour voir la carte).


Collection privée

A gauche le Capitaine Fonde du 2e RMT (Régiment de Marche du Tchad), à droite le Lieutenant Baillou, du 4e Escadron du 12e RCA (Régiment de Chasseurs d'Afrique) ils posent sur le Sturmgeschütz détruit entre Kalhausen et Oermingen. Notez le gilet en peau de lapin du Lieutenant Baillou. L'intendance de la 2e DB en acheta un grand nombre dans une usine des Vosges en octobre 1944. Ils furent confectionnés à l'origine pour l'armée allemande.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce Sturmgeschütz est un modèle G équipé d'un canon de 75 mm, ce char pèse 24 tonnes, c'est surtout un blindé d'appui feu pour l'infanterie. Les Sherman du 12e RCA ont été confrontés à ces engins à Achen et Gros Réderching.
Celui-ci en panne ou à court d'essence a été saboté par les Allemands en retraite début décembre 1944.

Collection privée

 

ACHEN.

Le 3 janvier à 7h30, l'alerte est donnée, les " Leclerc " reçoivent l'ordre de s'installer sur les crêtes dominant Kalhausen, ils ne sont guère enthousiasmés, le sol est gelé, pas moyen de creuser des trous. En outre un contingent de jeunes recrues inexpérimentées a rejoint la compagnie. Quelle sera leur réaction en cas de coup dur ? De loin, ils voient les réfugiés tirant leurs carrioles, ployant sous le poids des bagages, fuir la zone des combats. Des habitants de Kalhausen partent aussi. Anne Klein se souvient : " Nous étions un petit groupe, ma sœur et moi, les Klein du " Langeneck " et quelques autres. Nous avions entassé quelques bagages sur une carriole à 4 roues. Notre père nous a aidées en la poussant jusqu'au croisement vers Oermingen. Un officier français nous arrêta, demanda s'il y avait des civils dans le village et dit que tout danger était écarté. Notre père décida de rentrer à la maison et le village fut bouclé. Vers 5 heures du soir, nous atteignîmes Bischtroff sur Sarre. Le boucher du village nous recueillit. D'autres réfugiés suivirent, notamment 5 ou 6 jeunes de Etting, réfractaires ou déserteurs de l'armée allemande ainsi que Charles Rimlinger . Huit jours plus tard, nous étions de retour chez nous. "

Un peloton de chars du 4e Escadron est positionné sur les hauteurs de Etting, d'autre chars surveillent la coulée entre Etting et Schmittviller. D'autres unités viennent à Oermingen prêtes à intervenir. Vers 9 heures, le sous-groupement Minjonnet reçoit l'ordre de contre-attaquer et de nettoyer Achen. L'ordre sera annulé, en raison de la confusion possible entre troupes amies et ennemies à cet instant.

Vers 11h30, nouvelles instructions, l'ordre est donné de prêter main forte aux Américains, la 1ère section de la 7e Compagnie du Lieutenant Salbaing ainsi que 2 pelotons de chars du 4e Escadron sont désignés. (Cliquez ici pour voir la carte). Michel de Miscault, chef de peloton raconte : " Le 3 janvier au matin, nous vîmes un petit détachement US, automitrailleuses M8 et quelques véhicules à roues traverser à vive allure Kalhausen vers l'Est. Le peloton Dufour fut envoyé en observation sur la crête qui nous séparait du village d'Achen. Vers 12 heures, je reçus l'ordre d'aider le commandant d'un bataillon US à reprendre le village d'Achen. Mon chef de corps (Le Chef d'Escadron Gribius) me rejoignit au PC de ce bataillon, mais il m'interdit de m'engager avec la totalité de mon peloton. J'ai donc envoyé le MDL/C (Maréchal des Logis Chef) Quéffelec avec son groupe de 2 Sherman. Il fut malheureusement tué. "

A 12 heures, l'attaque démarre, les " Leclerc " appuyant les Américains progressent de maison en maison. Dans l'après-midi les chars de De Miscault démolissent 2 Stumgeschütz (canon automoteur) qui appuient les unités allemandes. Des mitrailleuses sont mises en batterie sur les lignes de crêtes surplombant les rues transversales du village. Pour s'échapper, les Allemands doivent traverser les rues sous les feux, c'est presque un tir de pigeons. Quelques Allemands montent jusqu'au cimetière de Etting .Ils n'iront pas plus loin. Ils sont arrêtés par les chars français. Les Américains tirent sans discontinuer, au point qu'ils doivent refroidir les tubes de leurs mitrailleuses avec des pelletées de neige. Des habitations sont démolies, des incendies font rage.

A Kalhausen, un char français du peloton Dufour est positionné en couverture à la " Rùtsch ". En début d'après-midi, le curé du village, l'abbé Schilt accompagné de Jacques Laluet, le boucher du village, va aux nouvelles. L'abbé Schilt, officier de réserve français et responsable d'un réseau de résistants, est à ce titre intéressé par le déroulement des opérations militaires. Il parle anglais, a de bonnes relations avec les troupes américaines et même une certaine autorité morale sur eux. De retour vers le village, au " Hohleck " (rue des jardins), au niveau de la maison Lucien Bour, un obus tiré certainement depuis Achen explose sur le sol gelé. Les éclats fusent, l'un traverse la soutane du curé et tue Jacques Laluet. C'est le dernier obus qui tombe à Kalhausen. Le curé Schilt sera tué quelques jours plus tard, le 18 janvier 1945, de retour de visite de son Bitcherland natal, il sera pris entre les feux américains et allemands entre Lemberg et Goetzenbruck. Joseph Pefferkorn raconte : "Le lendemain, je devais servir la messe et le curé était en retard, un Américain affolé vint vers nous et fit ce que nous prîmes pour des pitreries. Il s'agenouilla, fit de grands gestes avec les bras comme un prêtre disant la messe en scandant " Dead, dead ". Nous ne comprîmes pas tout de suite, en fait il annonçait la mort de l'abbé Schilt. "



A Achen les Allemands essaient de décrocher et de se replier par la petite route vers Gros Rederching. A la nuit tombée, les troupes françaises rejoignent Kalhausen et laissent aux Américains le soin de parachever le nettoyage et la reconquête d'Achen. Quelques Allemands irréductibles sont retranchés dans l'extrémité Nord du village.

Vers 20h30, appuyés par le 3e char, après avoir tué un certain nombre d'Américains, ils percent l'encerclement et parviennent à rejoindre leurs lignes en franchissant la N410 Sarreguemines - Rohrbach au Nord de Gros Réderching.


Dessin de Jacques de Lauriston 2e DB. - Collection privée


Le 4 janvier vers 6h30, à la demande des Américains, le tandem infanterie-blindés du 12e RCA reprend la direction d'Achen, il fait un froid glacial. Les Français sont accueillis avec une joie délirante par les GI, croyant en la présence de blindés ennemis. (Cliquez ici pour voir la carte). Certains embrassent les chars. Le nettoyage final commence, il ne reste que des Allemands isolés qui se rendent pour la plupart. Une douzaine de prisonniers sont faits, pour la plupart des SS tchèques et polonais. Vers 10h00, le dernier point de résistance est un blockhaus de la ligne Maginot.

Robert Velut du 4e Escadron du 12e RCA se souvient : " J'ai été volontaire avec quelques autres pour aller rechercher le corps du MDL/C Quéffelec qui était un ami, tué la veille (3 janvier). Son char était le " Saintonge " un Sherman M4A2. Au cours d'une reconnaissance à pied, il avait été tué par une grenade. Les Allemands tiraient toujours sur Achen. C'était un spectacle désolant, les maisons étaient en feu, les tas de fumier étaient répandus sur la route qui n'était plus qu'un sentier. Partout des cadavres d'hommes et d'animaux mêlés. Ça et là des vaches blessées, pour achever l'une d'elles, l'arrière écrabouillé, je dus lui tirer 7 balles dans la tête. Nous avons enfin trouvé notre copain étendu. Sous le feu ennemi, nous avons salué sa dépouille et l'avons mis à l'abri dans l'attente d'un moment de calme. " Le MDL/C Quéffelec sera inhumé au cimetière de Kalhausen par le curé Schilt et après guerre son corps sera exhumé et transféré.

Vers 17h00 retour à Kalhausen. L'offensive allemande est endiguée, Gros Réderching est repris le 5 janvier et le front se stabilisera jusqu'à la mi-mars.

Le rapport allemand analysant l'échec de l'opération Achen paraîtra le 29 janvier 1945. Les points suivants sont mis en exergue :

- Les blindés prévus n'étaient pas arrivés sur les positions de départ au moment de l'attaque.

- La faible combativité de certaines unités composées de 30% de " Volksdeutsche ", Russes issus de minorités germaniques, Polonais, Tchèques.

- L'absence de réserves en hommes et matériel, des flancs non protégés.

- La détermination des Américains disposant d'une puissante artillerie, de munitions à profusion, de blindés et de la supériorité aérienne.

Le Colonel de Langlade, commandant le 12e RCA en parlant des Allemands analysera la situation de la manière suivante : " De Bitche à Sarreguemines, un front de 35 km était tenu par un détachement de 2000 fantassins appuyé de deux douzaines de chars. Le tout commandé par un enragé Lieutenant-colonel démuni
de tout, sans réserves, n'ayant derrière lui que le vide barométrique ! " En effet des forces considérables soutenues par des éléments d'une Division Blindée et de l'Artillerie Divisionnaire ont été mobilisées contre une armée ennemie démunie de tout.