les_processions_et_corteges_religieux

Les processions et cortèges religieux de jadis
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Kalhausen dans les années 1960.

Sommaire


Les processions


A.    Les processions de dévotion

1.    La Fête-Dieu

L’origine de la Fête-Dieu
Les préparatifs de la Fête-Dieu
L’installation de la Fête-Dieu
Les différents autels
La procession
Les arrêts aux autels-reposoirs
L’évolution des autels
Le démontage des autels
La Fête-Dieu aujourd’hui

2.    L’Assomption
3.    La fête du scapulaire

B.    Les processions de demandes

1.    La Saint Marc
2.    Les Rogations

Les cortèges religieux


1.    La grande communion

2.    La confirmation
3.    Les obsèques
      
       Conclusion




Les processions font partie des rites de la religion catholique, dans ce sens que ce sont des cérémonies qui obéissent à un code défini par
l’autorité religieuse.

Comme dans la plupart des religions, elles ont pour but de délimiter un espace sacré à l’extérieur de la maison de prières, de contrecarrer les forces du mal et d’invoquer la bénédiction divine ou mariale sur le village et la campagne environnante.


Les processions sont des déplacements de fidèles priant et chantant, elles partent en général de l’église pour y retourner et peuvent être classées en 2 catégories :
- les processions de demandes, comme celles de la Saint Marc et des Rogations.
- les processions de dévotion, comme celles de la Fête-Dieu, de l’Assomption et de la fête du Scapulaire.


Les cortèges sont de simples déplacements d’un lieu vers un autre, sans chants ni prières. Ils ont pour but d’accompagner, vers l’église, les enfants de la communion et de la confirmation ou encore les défunts vers l’église et ensuite vers le cimetière.

Les processions


A.  Les Processions de dévotion


1. La Fête-Dieu


Parmi toutes les fêtes religieuses qui se tenaient autrefois au cours de l’année, il en est bien une qui surpassait toutes les autres non seulement par sa solennité, mais aussi par son impact sur le village tout entier, à travers sa procession, et c’était justement la Fête-Dieu. Les paroissiens participaient assidument, non seulement à la grand’messe de la fête et à la procession, mais aussi à la préparation matérielle de la fête, en décorant les rues, les maisons et en élevant d’éphémères autels à des endroits bien précis en vue du passage de la procession. Tous prenaient à cœur cette fête et redoublaient d’efforts pour sa réussite.

Appelée aujourd’hui "Solennité du Très Saint Corps et du Sang du Christ", en latin "Solemnitas Sanctissimi Corpus et sanguinis Christi ", la Fête-Dieu est la fête du Saint Sacrement, autrement dit la fête de la présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de l’Eucharistie, c’est-à-dire sous les apparences visibles du pain et du vin consacrés.

Ce jour-là, les catholiques célèbrent donc avec faste la présence réelle du Christ dans l’hostie, comme ils le font d’ordinaire au cours de chaque messe.
Le nom allemand de cette solennité est "Fronleichnam", ce qui signifie le corps du Seigneur, "Hèrrgottsdàà", en dialecte (littéralement le jour du Seigneur).

Elle est célébrée le jeudi qui suit le dimanche de la Trinité, (1) soit 60 jours après Pâques. En vertu d’une dérogation, elle est reportée au dimanche suivant, dans les pays où elle n’est pas inscrite au nombre des jours fériés, notamment en France. Ce jeudi de la Fête-Dieu est communément appelé
"de àlde Hèrrgottsdàà" (l'ancien jour du Seigneur).


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1)   Le dimanche de la Trinité (Drèifàlltischkètt) se situe une semaine après la Pentecôte.

Le jeudi de la Fête-Dieu est un jour férié dans un certain nombre de pays catholiques, comme le Portugal, la Croatie, la Pologne, le Brésil, la Colombie, l’Autriche et dans certains Länder allemands ou cantons suisses à majorité catholique.

Puisque la fête de Pâques est une fête mobile, la Fête-Dieu l’est aussi et se situe chaque année dans une fourchette comprise entre le 21 mai et le 24 juin.

La principale caractéristique de cette solennité réside dans la procession qui suit la grand’messe du dimanche matin, procession pendant laquelle l’Hostie est portée par le prêtre dans l’ostensoir, dans les rues du village. La procession est entrecoupée de stations et de prières à plusieurs autels-reposoirs disposés le long du parcours, qui sont généralement au nombre de quatre.

Les anciens du village parlent de 2 fêtes du Saint Sacrement qui se déroulaient avant guerre à une semaine d’intervalle et agrémentées toutes les deux  d’une procession identique, avec les mêmes autels-reposoirs. La seconde procession avait lieu le dimanche du Sacré Cœur, soit une semaine après le dimanche de la Fête-Dieu, et se déroulait l’après-midi, après les vêpres.

L’origine de la Fête-Dieu

L’origine de la Fête-Dieu remonte au Moyen-Age, et plus spécialement au XIII° siècle. Sainte Julienne du Mont Cornillon et la bienheureuse Eve de Liège, recluse, en sont les instigatrices.

Julienne, née vers 1192 à Retinne, près de Liège, en Belgique, était une religieuse augustine. A partir de 1209, sœur Julienne eut de fréquentes visions mystiques. Une image s’imposa à elle à plusieurs reprises, dans laquelle elle vit une lune rayonnante de lumière, mais incomplète, car une bande noire la partageait en deux parties égales. Le Seigneur lui fit comprendre la signification de cette apparition. La lune symboliserait la vie de l’Eglise sur terre et la bande noire représenterait en revanche l’absence d’une fête liturgique dans laquelle les croyants pourraient adorer l’Eucharistie pour faire croître leur foi, avancer dans la pratique des vertus et réparer les offenses faites au Très Saint Sacrement. À partir de cette période, Julienne œuvra pour l'établissement d'une fête solennelle en l'honneur du Corps du Christ.


 

Photo fetedieualiege.wordpress.

com


En 1222, elle fut élue prieure du couvent du Mont-Cornillon et continua les démarches pour l'instauration de la Fête-Dieu, demandant conseil à d'éminentes personnalités de l'époque, telles que Jean de Lausanne, chanoine de Saint Martin, Jacques Pantaléon, archidiacre de Liège et futur Pape Urbain IV, Guy, évêque de Cambrai, et aussi des théologiens dominicains, dont Hugues de Saint Cher.


La Fête-Dieu fut célébrée pour la première fois en 1246 dans le diocèse de Liège, puis officialisée en 1252 dans le même diocèse.

A la demande de Julienne, le pape Urbain IV instaura officiellement dans la chrétienté cette solennité, le 11 août 1264, en publiant la bulle Transiturus de hoc mundo, dans laquelle il écrit ceci : "Bien que l’Eucharistie soit chaque jour solennellement célébrée, nous considérons juste que, au moins une fois par an, l’on en honore la mémoire de manière plus solennelle. En effet, les autres choses dont nous faisons mémoire, nous les saisissons avec l’esprit et avec l’intelligence, mais nous n’obtenons pas pour autant leur présence réelle. En revanche, dans cette commémoration sacramentelle du Christ, bien que sous une autre forme, Jésus Christ est présent avec nous dans sa propre substance. En effet, alors qu’il allait monter au ciel, il dit: "Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde" (Mt 28, 20)".

Il chargea l’un des plus grands théologiens de l’Histoire, Saint Thomas d’Aquin (1224-1254), de rédiger le texte de l'office et de la messe de la fête. On lui attribue donc la rédaction du Pange lingua avec le Tantum ergo (adaptés d'hymnes liturgiques catholiques déjà existantes), le Lauda Sion et les autres pièces liturgiques latines prescrites par la liturgie de la fête.

Ces textes, encore en usage aujourd’hui dans l’Eglise, sont des chefs-d’œuvre, où se mêlent intimement la doctrine chrétienne de la Présence Réelle
et la poésie.


Pour écouter le "Pange lingua", cliquez sur le lien


Pour écouter le "Tantum ergo", cliquez sur le lien

Pour écouter le "Lauda Sion", cliquez sur le lien


Le pape Jean XXII, en 1318, ordonna de compléter la fête par une procession solennelle où le très Saint Sacrement serait porté en triomphe, dans le
but de sanctifier et bénir, par la présence de Jésus-Christ, les rues et les maisons de nos villes et de nos villages.


Le but de la Fête-Dieu est bien sûr d’honorer le Saint Sacrement par des prières et des cantiques, en l’exposant à la ferveur et à la piété des fidèles, mais aussi de le présenter à tout le village. Ce jour-là, le village était décoré avec amour et devenait "une vaste église ouverte vers le Ciel". Le Christ, dans l’Eucharistie, prenait possession du village, il quittait momentanément l’église, pour sillonner les rues, au milieu des siens, comme il le faisait
jadis, en Palestine. (Sources wikipedia.org)


Les préparatifs de la Fête-Dieu.

Bien que la fête fût éphémère, les préparatifs n’en étaient pas moins longs et pouvaient s’étaler sur toute la semaine précédant la Fête-Dieu.

Les nappes qui serviraient à recouvrir les autels avaient été lavées, repassées et amidonnées dans la semaine, les fanions sortis des armoires, les poteaux de bois décorés de papier crépon ou repeints, les guirlandes de papier tressé renouvelées. Il fallait que tout fût prêt pour le samedi, sinon le dimanche matin.

L’après-midi et la soirée du samedi précédant la fête étaient employés à se procurer tout ce qui devait servir à la décoration des rues et des autels.

Un équipage se rendait en forêt avec un attelage de chevaux ou plus tard au moyen d’un tracteur et d’une remorque pour couper des mais (Maije) (2) qui serviraient surtout d’arrière-plan aux autels. Bien que les deux forêts de Kalhausen fussent privées, cette tolérance était acceptée sans problème par les propriétaires de Weidesheim. Le Mihlewàld était la forêt la plus proche et la mieux accessible, mais l’autre forêt, le Grosswàld, était aussi mise à contribution.

Les fillettes, munies de paniers en osier, se rendaient dans les jardins et les prés pour faire ample provision de pétales de fleurs : pivoines, marguerites et autres. Elles cueillaient aussi de petits bouquets d’œillets dans les jardins.
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2) Les mais ou arbres de mai sont de jeunes arbres ou de grosses branches, principalement des hêtres, que l’on plantait à l’origine le premier jour de mai en l’honneur de quelqu’un.

Les riverains de la procession allaient couper de l’herbe ou des joncs dans les lieux humides, qui serviraient de tapis dans les rues. Ceux qui n’avaient
pas d’attelage prenaient la carriole à bras qui suffisait amplement car la masse d’herbe à faucher n’était pas importante. Chacun en ramenait un peu et cela faisait le compte.

Les fleurs qui serviraient à décorer les autels étaient aussi coupées dans les jardins et gardées au frais jusqu’au lendemain.

Voisins et amis rapportaient de belles fleurs dans des pots et des jardinières. La soirée du samedi se terminait d’ordinaire par un repas frugal, mais copieux, servi à ceux qui étaient rentrés de leur expédition en forêt.

L’installation de la Fête-Dieu


Cela ne pouvait se faire complètement que le dimanche matin, après le passage des bêtes aux abreuvoirs publics. Jusque là, la chaussée et l’usoir devaient rester libres.

Déjà le samedi après-midi ou le soir, dans les rues où passerait la procession, chacun avait nettoyé alors devant sa maison et curé route et caniveaux, surtout si les bêtes avaient laissé des traces de leur passage. Les poules, qui d’habitude divaguaient sur la chaussée, étaient interdites de sorties le dimanche matin et laissées dans l’enclos (de Hìnckelspààrk) ou dans la cour à l’arrière de la maison. Les chiens étaient également enfermés dans la grange.

Le tas de fumier était redressé au carré et l’emplacement rigoureusement nettoyé. Un dernier rangement de l’usoir s’imposait et on éloignait tout objet inutile en l’entreposant provisoirement dans la grange. Alors seulement pouvaient débuter la décoration des maisons et des rues.

Des statues saintes étaient placées sur les tablettes de fenêtres, à l’intérieur de la belle chambre, "de Schdobb", de manière à ce qu’elles soient bien visibles de la rue. C’étaient des statues de saint Joseph, de la Vierge ou du Sacré Cœur. Elles étaient entourées de petits fanions blancs et jaunes, aux couleurs du Vatican, plantés dans des pots de fleurs, et de bougeoirs.

Pour jalonner le parcours de la procession, des poteaux de bois, d’environ 1 m de haut, étaient plantés à la barre à mine à l’arrière des caniveaux
(de Rìnn) et reliés entre eux par des guirlandes bicolores, blanches et jaunes,  en papier crépon. Plus tard, de petits plots en béton serviront à maintenir les poteaux. Cette utilisation de poteaux de bois et de guirlandes avait été "importée" au village après 1945, suite à l’emménagement de la famille Jacques Lenhard (Schààcks Schàkobb) qui avait précédemment habité à Petit Réderching où cette coutume avait cours. Auparavant l’on plantait de petits "mais" le long des rues. (communication de Lucien Bour)


De herbe ou des joncs (Lììscht) étaient étendus sur la chaussée pour former un tapis. Par mesure d’économie, les joncs étaient privilégiés à l’ herbe qui était plutôt réservée à la nourriture du bétail. L’herbe piétinée par la procession était méprisée par les bêtes et ne pouvait plus servir que de litière.
Dans certains villages, et plus spécialement à Neufgrange où se trouvait le couvent des Spiritains, des tapis de sciure étaient confectionnés sous la direction des Pères Missionnaires et formaient de superbes motifs floraux multicolores. De nos jours, cette tradition est reprise chaque année dans ce village, bien que le couvent ait été vendu à la commune et que les Spiritains aient quitté le village.




La rue des Jardins après la procession
Il est à noter que seul le chemin utilisé par
le prêtre portant l'ostensoir était garni d'herbe.


Mais le travail le plus long était bien le montage et la décoration des autels-reposoirs. Il fallait commencer le samedi soir ou, très tôt le dimanche matin, vers 4-5 heures, pour avoir terminé à temps et les décoratrices, qui avaient assisté à la première messe de 7h30 (de Frìhméss), mettaient les dernières touches à leur œuvre pendant la grand’messe de 10 h (’s Hochòmt). Tout devait être prêt pour le moment du début de la procession, soit vers 11 h.

Tous les membres de la famille responsable de l’autel s’investissaient dans cette tâche, aidés en cela par les voisins plus ou moins proches et la parentèle habitant le village. D’année en année, on reprenait la même équipe désormais bien rodée.

Les hommes s’occupaient de la plantation des mais qui formaient l’arrière-plan et masquaient la maison devant laquelle se trouvait l’autel, et du montage de l’autel qui au demeurant était assez simple, voire carrément rudimentaire. L’estrade, composée d’une plate forme en haut d’un emmarchement de plusieurs marches, était fabriquée à partir de madriers servant de ridelles pour les charrettes (Wòhnsdiele), gracieusement prêtés pour l’occasion par les voisins.

La table de l’autel était tout simplement une table quelconque que l’on recouvrait d’une nappe blanche brodée et dont on masquait les pieds avec un long drap.

Pour faire ressembler l’autel au maître-autel de l’église et gagner en élévation, l’on plaçait diverses constructions sur la table de l’autel : un support en bois destiné à recevoir la décoration, des tours, des niches renfermant des statues, un tabernacle.

Les femmes s’occupaient de la décoration de l’autel : tentures, nappes, drapeaux, vases de fleurs, tableaux, statues, candélabres, tapis. La décoration était très soignée et riche, chaque quartier voulant posséder le plus bel ensemble. Tous les objets servant au décor étaient prêtés par les voisins ou la famille.

Une bonne odeur d’herbe et de feuilles d’arbres à moitié fanées embaumait l’air dans les rues et à proximité des autels. Quand l’autel était pratiquement terminé, il était d’usage de prendre en photo, sur les marches devant la construction, tous ceux qui avaient participé au travail et étaient fiers à juste titre de leur chef-d’œuvre.

Les différents autels de la Fête-Dieu

Il n’y avait pas moins de 4 autels-reposoirs sur le parcours de la procession:

-    devant la maison Grosz (Àléxe) de la rue de la montagne (de Guggelsbèrsch)  actuellement n° 6 Denis Scheffer
-    devant la maison Pefferkorn (Klèèn Schùmmàchersch) de la rue des jardins (ìm Hohléck) actuellement n° 29 Richard Bour
-    devant la maison André List (Joseph Muller) de la rue de la libération (de Làngenéck) actuellement n° 14 Agnès Muller
-    en face de la maison Jacques Klein de la rue de la libération (Muurhànse) actuellement n° 13 Jacky Klein

L’autel de la rue de la montagne ou le premier autel du Sacré Cœur (d’après les souvenirs de Jeanne Scheffer, née Grosz)

L’autel de la rue de la montagne était érigé à l’origine par la famille Jean Pierre Pefferkorn-Marie Célestine Muller (Maiébs). Suite au décès de Marie Célestine, en 1933, il fut repris par les voisins du bas, la famille Grosz (Àléxe).



 

Jean Pierre Pefferkorn (1871- 1945), épicier et maire de Kalhausen de 1915 à 1935,
et son épouse Marie Célestine Muller (1871 - 1933)





Joseph Alexandre Grosz, de Àléx, (1888-1948) était ferblantier de métier et exerçait son artisanat dans un petit atelier situé à l’arrière de sa maison. De son union avec Madeleine Koch, appelée Àléxe Léén, (1892-1985) sont nés 4 enfants : Marie Antoinette (1919-2008), Jeanne (1920-), Joseph (1924-1948) et Marie (1931-)



 
De gauche à droite :
Antoinette, Madeleine, Albert Klein, Marie, Jeanne, Joseph Alexandre et Joseph



La construction de ce magnifique autel demandait beaucoup de temps et au fil des années, sa construction fut simplifiée. Plus tard, un autel plus moderne et plus simple remplaça l’édifice originel.


L’équipe de construction comprenait bien entendu la famille Grosz (le père, la mère et les 4 enfants). Plus tard, les conjoints des 2 filles habitant le village vinrent compléter l’équipe (Henri Rimlinger et Joseph Scheffer). Les voisins qui venaient prêter main forte étaient la famille Pierre Wendel, Léhne, (le père et la fille Camille) ainsi que Lucie Juving. D’autres personnes venaient encore aider : Pierre Freyermuth et son épouse Marie Louise, (Grélle Wisserschs), Antoinette, Geneviève et Joséphine Bellott. Joseph Ferner, de Fèrner Sépp, qui avait appris le métier auprès d’Alexandre Grosz, était également de la partie chaque année.

Les mais étaient coupés en forêt et ramenés au village par l’attelage d’Emile Hiegel, aidé de Pierre Freyermuth. Le dimanche matin, ils étaient dressés contre la façade de la maison et fixés aux petites grilles des fenêtres de l’étage. (Ces grilles basses avaient pour fonction d’empêcher les jardinières de fleurs de tomber.)
 
 



  De gauche à droite, Joseph Alexandre Grosz, Pierre Wendel, Jeanne Grosz, Marie Lerbscher,
Marie Klein, Antoinette Grosz, Lucie Dier, Joséphine Lerbscher, Auguste Muller,
Jean Pierre Gross, Rosa Demmerlé, Jean Pierre Lerbscher.




De gauche à droite, Antoinette Bellott, Joseph Ferner, Geneviève Bellott,
Pierre Freyermuth, Joseph Scheffer et Lucie Juving, ép. Freyermuth.



L’autel de la rue des jardins ou le second autel du Sacré Cœur (d’après les souvenirs de Monique Bach, née Kremer)




Avant la guerre, l’autel de la rue des jardins se trouvait au début de la rue, contre le pignon de la maison d’Amélie Lenhard, actuellement Kirch Blandine et c’est la famille Gross (Botts) qui s’en occupait. Du matériel avait disparu pendant les hostilités et la famille Gross n’a plus voulu, au sortir de la guerre, continuer à ériger l’autel de la Fête-Dieu.


 
                      
L’autel fut donc repris par la famille Pefferkorn (Klèèn Schùmmàchersch). Parmi les enfants de Laurent Pefferkorn (1872-1944), Clémence (1899-1970), avait épousé Jean Koch et Marie Louise (1912-2004) Pierre Kremer. Trois autres filles restées célibataires habitaient la maison paternelle : Marie (1898-1974), Catherine (1904-1977) et Cécile (1906-1982). Ce sont elles qui s’occuperont de l’autel, et plus particulièrement Marie, qui avait été la ménagère du curé Albert et s’occupait du fleurissement de l’église.
             


Marie Pefferkorn
appelée 's Paschdoore Marie

Catherine Pefferkorn

Cécile Pefferkorn


Les mais étaient coupés dans le Grosswàld par Jean Pierre Bruch et plus tard par Pierre Kremer, avec l’aide de son gendre Lucien Bour.
Le famille Pierre Kremer, était fortement impliquée dans la construction de l’autel, ainsi que des voisins, comme Charles Demmerlé (de Éddìnger Kàrl), Joseph Bernard Lenhard (Kàrmànns Bernard) qui était menuisier de métier et pouvait mettre ses compétences à disposition. Adolphe Lenhard (Schààcks Àdolf), qui avait, après son mariage en 1953, habité un moment dans la maison Schùmmàchersch viendra désormais tous les ans donner un coup de main.
Dans le but de décorer l’autel, les enfants de la famille et des voisins (Monique Kremer et Anne Marie Schreiner) allaient couper des fleurs dans le jardin de Joseph Eymann, au moulin de la Gàllemihl.

            



Le premier autel de la rue de la libération ou l’autel de la Vierge de Pitié (d’après les souvenirs d’Agnès Muller, née List)

Il était dressé devant la maison André List (actuellement Agnès Muller), contre le mur du jardin potager et regardait vers le bas. Cet autel n’existait pas avant 1945 et il résultait d’un vœu fait par André List et son épouse Madeleine Simonin, suite à une guérison.


                       


  André List

*1908 / +1996



Madeleine Simonin
*1911 / +1958


Le frère d’André List, Joseph, habitant la rue des jardins, venait aider à la construction de l’autel ainsi que ses sœurs Anne et Joséphine, sa belle-sœur Odile Simonin et son beau-frère, Robert Prinzkowsky.

Ses neveux Etienne et Hubert List étaient également présents, ainsi qu’Adrienne Dier, épouse Freyermuth et les voisins d’en face, Nicolas et Clémentine Lenhard (Schààcks).
Les enfants se déplaçaient jusqu’à Hutting et Weidesheim pour couper des fleurs dans les jardins de particuliers.
 
 

L’autel est placé devant la maison, à l’intérieur du petit jardin
se trouvant entre la rue et l’immeuble.          

                     








Debout, de gauche à droite, Odile List, André List,
Hubert et Etienne List.

Assis, Agnès Muller, Anne Prinzkosky et Marie Holzritter.
              

   

  Jean Pierre Bruch, le sacristain, pose le voile
du Saint Sacrement sur les épaules du curé Ichtertz.




Cet autel, plus récent,  reprend le thème de la Pieta. (3) Il comprend, outre la table, une structure en bois, sur laquelle est fixé du papier de roche. Cette structure, surplombant la petite console destinée à recevoir l’ostensoir, porte la statue de la Pieta. Une immense croix de bois, entourée de 2 fanions et dont le croisillon est drapé d’un long linge blanc retombant, couronne le tout.

Des guirlandes de lierre et des fagots de bois mort décorent le papier de roche.
L’autel sera utilisé en juin 1955, lors de la première messe à Kalhausen de l’abbé Nicolas Muller.


 

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3). Le thème de la Pieta, appelée Vierge de Pitié ou Mère de Douleur (Mater Dolorosa) est un thème que l’on trouve fréquemment dans l’iconographie chrétienne en sculpture et en peinture. Il représente Marie pleurant son enfant qu’elle tient sur ses genoux, en l’occurrence le Christ descendu mort de la croix, avant sa mise au tombeau.



Le second autel de la rue de la libération  ou l’autel de l’Immaculée Conception (d’après les souvenirs de Marcel List)

Cet autel, qui n’était distant du premier autel de la rue de la Libération que d’une cinquantaine de mètres, était monté par la famille Jean Pierre List,
(Muur Hànse Schängel) et son épouse, Madeleine Klein. Il n’existait pas avant guerre et doit son érection à un vœu de Jean Pierre List, revenu sain et sauf de la Seconde Guerre Mondiale.

       


Madeleine Klein
*1916 +1986



Jean Pierre List
*1908 +1978




Son emplacement était sur le côté droit de la rue, pratiquement devant la maison de Gaston Klein, à gauche du marronnier qui existe toujours. A cette époque, la maison n’était pas encore construite  et une excavation avait été creusée dans le talus pour recevoir une pompe à bras et un abreuvoir en grès. Cet endroit s’appelait le "Brùnne Éck" et permettait aux bêtes de s’abreuver.

Les mais étaient coupés par Nicolas et Pierre List (Muur Hànse), puis plus tard par Henri Hoffmann (Hènnrische) qui disposait d’un tracteur.
Les principales personnes qui donnaient un coup de main à la famille List-Klein faisaient partie de la parentèle : Marie et Anne Klein, Anne Hoffmann, Anne Seltzer, Nicolas et Pierre List, Henri Hoffmann avec ses filles Marie et Denise.


 

L’autel utilise pour fond un magnifique sureau justement en fleurs au début du mois de juin et les mais ne servent qu'à décorer les abords. Il reprend la structure de la grotte de Lourdes avec la Statue de l’Immaculée Conception placée dans un enrochement figuré avec du papier de roche fixé sur une structure de bois. L’édicule central en bois ouvragé fait aussi penser à un tabernacle.

L’abreuvoir et la pompe à bras du Brùnne Éck sont masqués par l’autel.

La procession de la Fête-Dieu

La procession solennelle et fastueuse par les rues du village était le couronnement de la grand’messe et l’aboutissement de la Fête-Dieu. Toute la paroisse s’était préparée pour vivre cet évènement unique dans l’année liturgique et le curé se faisait un honneur de porter l’ostensoir avec l’hostie à travers le village, en vue de donner la bénédiction aux fidèles, dans les différents quartiers de l’agglomération.

L’église avait été décorée pour l’occasion avec les tentures des jours de fête et un fleurissement exceptionnel. Les bannières (de Fähne) avaient été sorties de l’armoire et attendaient leurs porteurs. Le dais (de Himmel) était prêt à accueillir le prêtre pour la procession.(4) Bref, tout le monde était impatient de participer à la procession et de pouvoir découvrir les autels-reposoirs qui jalonnaient le parcours.
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4). Le dais ressemble à un ciel de lit, c’est un baldaquin mobile à 4 hampes.

Les enfants de chœur d’âge scolaire portaient leur aube rouge et un surplis blanc.
Les autres enfants de chœur plus âgés, qui servaient jusqu’à l’âge de 18 ans, étaient vêtus d’une grande aube blanche.

Dès 10h45, la procession prenait le départ et quittait l’église dans un ordre établi. En tête, marchaient 3 enfants de chœur dont celui du milieu portait la croix au bout d’une hampe. Suivaient les enfants d’école, d’abord les garçons, puis les filles. Ensuite venaient les jeunes gens et les hommes. Une surveillance des enfants d’école était assurée, soit par l’instituteur, soit par un membre du conseil de fabrique.

Une dizaine d’enfants de chœur s’avançaient à leur tour : ils portaient tous une petite corbeille accrochée par un ruban à leur cou. Cette corbeille était remplie de pétales de fleurs qu’ils jetaient vers l’ostensoir au moment des bénédictions. Au cours de la procession, ils venaient s’approvisionner auprès de 2 camarades qui portaient un grand panier à linge rempli de pétales.
   


Corbeille à fleurs retrouvée dans un grenier
et ayant appartenu à un servant de messe.



Le prêtre s’avançait maintenant, marchant sous le dais que portaient les jeunes gens mariés de l’année, au nombre de 4. Encadrant le dais, marchaient encore 4 grands enfants de chœur en aube blanche qui portaient des sortes de lampions fixés au bout d’une hampe. Plus tard, avec l’abbé Stab, les pompiers en tenue de sortie porteront le dais.


Le prêtre, vêtu de la chape (de Choormàndel) et du voile de Saint Sacrement, appelé aussi voile huméral, (’s Sèèjdùch) portait à bout de bras l’ostensoir.(5)




La procession descend la rue de la libération
et s’avance vers le dernier autel placé devant la maison List





 Marie Jeanne Freyermuth et Odette Guinebert, née Lohmann,
encadrent la porteuse de la bannière.



Le dais était suivi de la chorale, qui avant guerre était uniquement masculine, puis par les jeunes filles et les femmes.

Les 2 bannières dont l’une représentait saint Joseph, et l’autre la Vierge marie étaient portées respectivement par les jeunes gens et les jeunes filles.
On se relayait à 3 pour les porter, car elles étaient assez lourdes et surtout avaient prise au vent.


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5). La chape est un vêtement sacerdotal, une sorte de manteau ample, sans manches, ouvert sur le devant et porté sur l’aube. Sa couleur varie selon les fêtes liturgiques. Pour les grandes cérémonies comme la Fête-Dieu, il est de couleur blanche avec des broderies d’or.
Le voile du Saint Sacrement est un châle de grande dimension, porté par-dessus la chape et qui recouvre les épaules, les bras et les mains du prêtre lorsqu’il porte l’ostensoir.

  
 
La procession passait dans le village, accompagnée de prières et de chants. Des jeunes filles priaient des dizaines du chapelet et les fidèles reprenaient les prières. La chorale entonnait des cantiques religieux latins tels que le Pange Lingua, O Salutaris Hostia, Panis Angelinus ou encore Lauda Sion ainsi que des cantiques allemands et tous les fidèles reprenaient en chœur ces hymnes caractéristiques de la solennité de la Fête-Dieu.


 


Il va sans dire que la procession traînait en longueur pour certains, surtout pour les hommes et plus d’un ne rejoignait plus l’église après la procession, pour la bénédiction finale, préférant s’attabler au restaurant pour le traditionnel apéritif dominical.


L’itinéraire suivi par la procession était le suivant : rue de la montagne, avec demi-tour au niveau de la maison Pefferkorn, (Fawriggersch) rue des jardins jusqu’à l’autel-reposoir, rue de la libération avec demi-tour au niveau de la maison Koch, puis retour à l’église. Les rues oubliées par la procession de la Fête-Dieu (rue des fleurs, rue des roses, rue de la montagne supérieure) étaient réservées pour la procession du 15 août, jour de l’Assomption.




La procession vient de la rue de la montagne et se dirige vers la rue des jardins.



Les arrêts aux autels-reposoirs

Ces arrêts, dont le nombre pouvait varier d’un village à l’autre, étaient établis autant pour soulager les efforts du prêtre que pour faire profiter les fidèles de la bénédiction du Saint Sacrement.

Les personnes qui avaient monté les autels n’avaient pas pu participer à la procession et se rassemblaient un peu à l’écart, attendant le départ de la procession pour pouvoir commencer à débarrasser.

Pendant ces haltes d’une dizaine de minutes, le prêtre quittait la protection du dais et gravissait les marches de l’autel. Il posait l’ostensoir sur l’autel et s’agenouillait, avec les enfants de chœur sur les marches. La chorale chantait le Tantum Ergo, puis le prêtre donnait la bénédiction du Saint Sacrement, en soulevant l’ostensoir et en le présentant aux fidèles. A ce moment, un enfant de chœur faisait tinter les clochettes, exhortant ainsi les fidèles présents à s’agenouiller. Tous mettaient alors un genou à terre, à l’endroit où ils se trouvaient : sur la route, dans le caniveau ou sur l’usoir.

Pendant ce temps, les enfants de chœur munis de corbeilles à fleurs, vénéraient le Saint Sacrement en jetant des pétales vers l’ostensoir. Les prières terminées, la procession se remettait en marche, selon l’ordre établi en direction du reposoir suivant.
 
 


Arrivée devant l’autel List Klein.
L’abbé Stab officie. La chorale se tient à
l’arrière, à droite.




Pendant la bénédiction, les fidèles
sont agenouillés et les pompiers au garde-à-vous.





L’autel List- Klein édifié contre la grange de la maison.

La Vierge n’est plus placée en hauteur.

       
        Les fidèles pendant un arrêt à un autel-reposoir

 


Evolution des autels

On peut aisément cataloguer les autels en 2 catégories : d’un côté, les plus anciens, ceux qui existaient avant guerre ou qui reprennent les structures d’avant guerre, et qui représentent le thème du Sacré Coeur, et de l’autre côté, les autels plus modernes, datant d’après 1945, qui reprennent d’autres thèmes de vénération et qui sont beaucoup moins sophistiqués, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont moins beaux.

Les autels d’avant guerre sont construits sur le modèle du maître-autel de l’église, avec le tabernacle, la partie centrale élancée  ainsi que des tours latérales, parfois doublées, couronnées de flèches et formant des niches à statues. La statue du Sacré Cœur de Jésus trône au-dessus du tabernacle et l’ensemble est toujours surmonté d’une croix et de bannières brodées. Les candélabres de l’église sont ici remplacés par des chandeliers à plusieurs branches.

L’ensemble de l’autel rentre alors dans un schéma triangulaire, lui conférant beaucoup de majesté grâce à la croix centrale s’élevant haut dans le ciel.
En cela le schéma de l’autel est semblable au delta mystique souvent présent dans l’iconographie religieuse.


Ces autels arborent une décoration très riche et variée, utilisant de nombreuses fleurs, naturelles ou artificielles, et une grande diversité de statues religieuses.

Le montage d’un tel édifice demandait beaucoup de temps, mais aussi des sacrifices financiers, car la famille responsable ou les voisins investissaient dans l’achat de statues, de tentures, de nappes… Seules quelques familles aisées pouvaient prendre la responsabilité d’une telle entreprise.

Avec le temps, les constructeurs des autels ont cherché non seulement à varier la décoration d’une année à l’autre, mais aussi à se simplifier le travail, en laissant tomber certains éléments des autels ou en changeant carrément de structure.

L’évolution générale des autels de la Fête-Dieu s’est faite vers plus de simplicité. La disparition de l’abondante décoration florale, l’utilisation de papier de roche ont donné aux autels un autre aspect. Le montage et le démontage ont aussi été simplifiés par là. Mais ceux qui ont dressé ces magnifiques autels l’ont toujours fait avec amour et foi et l’on ne peut qu’admirer leur investissement, leur travail et leur goût esthétique.

Leurs réalisations étaient la manifestation publique de leur foi et de leur piété, l’expression de leur prière s’élevant vers le ciel, à l’image de leurs chefs d’œuvres.

L’autel de la rue de la montagne

 


La croix centrale et le tabernacle sont décorés
de fleurs en papier crépon.
Les  tours sont aussi garnies de papier crépon.
L’ensemble de la construction rentre dans un schéma
triangulaire, grâce à la bannière centrale.




Malgré la disparition des flèches des tours latérales,
le schéma de l’autel proprement-dit reste triangulaire.
La  décoration est toujours abondante.
Apparition d’un tableau au pied de l’autel.



La conception de l’édifice a radicalement changé, avec
l’utilisation du papier de roche et d’une grande statue
du Sacré Cœur. Le décor est devenu très sobre.
Sur les rayons, autour de la statue, figurent des sentences religieuses



La simplification s’est encore accentuée, on est loin du foisonnement d’objets et de décorations des premiers autels.


 

L’autel de la rue des jardins






L’évolution est nettement visible entre l’autel Gross, à gauche, et l’autel Pefferkorn, après sa reprise par les 3 sœurs.
          
Les 2 autels reprennent les mêmes caractéristiques que l’autel de la rue de la montagne, avec le pseudo tabernacle central et des niches latérales surmontées de flèches.
L’autel Gross possédait 4 tours latérales ornées de papier crépon, mais les 2 tours extérieures sont difficilement visibles sur la photo de gauche en noir
et blanc.

Sur la photo de droite, la partie centrale a été étoffée par un panneau en escalier double surmonté de 3 niches couronnées elles aussi de flèches. Les statues utilisées semblent être les mêmes que sur la photo de gauche.

Le premier autel de la rue de la libération


    














       
L’autel, à l’origine, comprend un tabernacle, surmonté de la Pieta. Le tabernacle est ensuite supprimé pour être remplacé par une sorte de grotte en papier de roche. L’ensemble gagne alors en hauteur et en importance. L’immense croix drapée est maintenue, mais les 2 bannières ont également disparu.

Le second autel rue de la libération


L’autel, placé à l’origine dans le "Brùnne Éck", sera déplacé, pour plus de commodité, devant la grange de la maison de Jean Pierre List (actuellement Clément Vogel), puis complètement remanié, simplifié à l’extrême et placé vers le bas, contre le pignon de la maison Nicolas Lenhard (Schààcks) dans
les années 1970.

  



Il n’y a plus de mais pour masquer les maisons, ni de constructions sur l’autel. L’estrade a disparu et les nappes sont ce qu’il y a de plus simple, mais les statues de l’Immaculée Conception et de Bernadette figurent toujours les apparitions de Lourdes.

Démontage des autels

Une fois que la procession était passée, les mères du quartier ou de la rue ne manquaient pas l’occasion de venir avec leur bébé et de la déposer ou de
le faire asseoir sur la petite console qui avait porté l’ostensoir. Elles pensaient que le contact avec cet objet aurait des effets bienfaisants et protègeraient leur progéniture des maladies.


 

1965. Agnès Muller et sa nièce, la petite Sylvie Parlagréco.


Dès avant midi, pouvait débuter le démontage de l’autel éphémère qui n’aura servi en tout et pour tout qu’une dizaine ou une quinzaine de minutes. Tout était à démonter et à ranger pour l’année prochaine.


Certains paroissiens avaient consacré de leur argent et de leur temps pour créer ces autels-reposoirs, sans lesquels la procession n’aurait pas été possible et seul comptait pour eux la gloire de Dieu.

L’édification de ces chefs d’œuvres si riches et si somptueux était faite pour rendre hommage au Saint Sacrement, pour l’accueillir dignement chez eux, devant leur demeure et elle devenait un signe public de leur foi et de leur piété.


Les paroissiens qui avaient pratiquement tous pris part à la procession ne manquaient pas de juger les diverses réalisations et longtemps, dans le village, la conversation tournait autour de tel ou tel autel qui avait plus ou moins marqué l’opinion.

Le prêtre pouvait aussi être fier de ses paroissiens, menuisiers, artistes, fleuristes, décorateurs d’un jour qui avaient mis leur temps et leur talent à contribution pour la réussite de la fête.

Le dimanche soir, les rues du village avaient repris leur aspect ordinaire de tous les jours et il ne restait plus de traces de la Fête Dieu, à part les mais entassés devant la porte et quelques tas d’herbe fanée jetés sur les tas de fumier. La rue avait été balayée, et s’il restait encore quelques brins d’herbe, la volaille avait vite fait de les picorer.

Le soir, l’on pouvait se coucher tranquille et pleinement satisfait de la journée, en rendant grâces à Dieu pour le temps ensoleillé qui avait permis le bon déroulement de la procession.

S’il avait fait mauvais le dimanche matin, les autels n’auraient pas été montés, avec l’accord du curé, bien sûr et la procession dans le village n’aurait pu avoir lieu. Le prêtre aurait alors fait avec les enfants de chœur une mini-procession dans les allées de l’église, mais cela n’aurait pas été une vraie Fête-Dieu, célébrée avec faste et ferveur selon le tradition.

La fête était désormais passée et déjà l’on pensait à l’année prochaine, espérant faire aussi bien, sinon mieux, si la météo le permettait.


La Fête-Dieu aujourd’hui


Avec l’augmentation du trafic routier, après les réformes du concile Vatican II et l’évolution des mœurs ainsi que des pratiques religieuses, la célébration de la Fête-Dieu a peu à peu perdu de sa valeur et de son importance, la simplification croissante des autels, dans les années 70, en étant la preuve visible.

Mais, malgré les difficultés liées au trafic routier et la baisse de la fréquentation religieuse, de plus en plus de communautés de paroisses remettent actuellement cette magnifique fête à l’honneur et l’organisent chaque année dans une paroisse différente.

A cause du trafic routier, la procession ne peut bien sûr plus emprunter toutes les rues du village, comme elle le faisait jadis. Les tapis de fleurs ou d’herbe ne peuvent plus être mis en place. Les autels-reposoirs ont été simplifiés et leur nombre réduit à un ou deux. Parfois le dais n’est plus de la procession, car trop vétuste ou abîmé. La fête a ainsi perdu un peu de son faste, mais la ferveur publique est toujours présente.


Neufgrange



Si la procession de la Fête-Dieu s’est maintenue jusqu’à présent dans le village voisin de Neufgrange, c’est parce qu’elle s’est toujours déroulée dans la propriété du Couvent des Spiritains et non sur la voie publique.


Cette procession de Neufgrange, qui a lieu l’après-midi, attire chaque année de nombreux fidèles, nostalgiques des traditions perdues, mais qui viennent aussi admirer le magnifique tapis de sciure colorée dont les Pères Spiritains s’étaient fait une spécialité et une exclusivité dans la région depuis 1920. Cette année, plus de 350 fidèles ont assisté à la procession.



 
(Photo Le Républicain Lorrain)
8 juin 2015




  Pas moins de 1600 kg de sciure sont nécessaires
pour confectionner le tapis long de près d’un km.

Photo lorraineblog.skyrock.com

Le pays de Bitche

Dans le pays de Bitche, la tradition de la Fête-Dieu revit depuis 2000 à Saint-Louis-lès-Bitche, grâce à la découverte dans les archives de la cristallerie d’un majestueux autel-reposoir en cristal.

Désormais, tous les 2 ans, une équipe de bénévoles remonte cette merveille unique en France, large de 5 m et haute d’autant, et composée de pas moins de 6 000 pièces. La messe a lieu en plein air, dans le cadre de verdure du parc de la maison de direction et la procession emmène les nombreux fidèles vers l’église où l’autel en cristal est exposé pendant une quinzaine de jours.


 





L’autel "retrouvé".  Une merveille en cristal



D’autres paroisses ou communautés de paroisses, comme celle de Saint Laurent du Pays du Verre, comprenant les paroisses d’ Althorn, de Baerenthal, Enchenberg, Goetzenbruck, Lemberg, Meisenthal, Montbronn, Mouterhouse, Saint-Louis-lès-Bitche et Soucht, organisent la Fête-Dieu par roulement, chaque année dans une paroisse différente.




 
2013. Procession à Enchenberg. Notez le service de sécurité.

Photo stlaurentdupaysduverre.over-blog.com

C’est le cas également de la communauté de paroisses saint Pirmin englobant Breidenbach, Hottviller, Lengelsheim, Loutzviller, Nousseviller-lès-Bitche, Ormersviller, Rolbing, Schweyen et Volmunster. La Fête-Dieu a été organisée cette année à Hottviller.
 


(Photo Le Républicain Lorrain)

9 juin 2015

La région de Sarralbe

La communauté des paroisses de la Sainte Trinité de l’Albe (Hazembourg, Kappelkinger, Kirviller, Le Val de Guéblange, Rech, Sarralbe et Willerwald) a organisé une procession à Willerwald cette année.
 

(Photo Le Républicain Lorrain)
8 juin 2015

Il existait autrefois, et jusque dans les années 1995, une coutume originale, dans la paroisse du Val de Guéblange, et c’était la coutume des autels vivants. La date d’instauration de cette particularité et son instigateur ne sont pas connus.

La procession de la Fête-Dieu se déroulait au centre de la paroisse, à Guéblange, autour de l’église. Des autels vivants étaient dressés par différentes familles originaires de Guéblange même, mais aussi des écarts (Audviller, Schweix, Steinbach et Wentzviller). Le thème de ces autels était suggéré par le curé de la paroisse. (communication de Régine Muller)






Deux des thèmes représentés :
ci-dessus, la moisson et à droite les 10 Commandements donnés à Moïse.



L’Alsace

Geispolsheim (67) et Burnhaupt-le-Bas (68) font ainsi revivre chaque année la Fête-Dieu "à l’ancienne", pour le bonheur des fidèles des paroisses, mais aussi des touristes. Cela devient ici  une manifestation folklorique dont la messe et la procession sont le point de départ d’une journée folklorique avec repas pris en commun et découverte du "village alsacien".

  

Reposoir à Geispolsheim.






Burnhaupt-le-Haut.

(www.dna.fr)



 
Plus près de nous, la communauté de paroisses de la Divine Miséricorde (Herbitzheim, Oermingen, Siltzheim et Voellerdingen) a célébré la Fête-Dieu cette année à Siltzheim.
 

(Photo Le Républicain Lorrain)
8 juin 2015

Les pays voisins

En Allemagne, en Suisse et en Autriche, les traditions sont plus ancrées que chez nous et la Fête-Dieu est resté un moment fort de la vie religieuse.
Le jeudi de la Fête-Dieu est férié en Autriche, mais ce n’est pas le cas partout en Allemagne ni en Suisse. Les Länder de la Sarre, de Bade-Wurtemberg, de Bavière, de Hesse, de Rhénanie du Nord-Westphalie et de Rhénanie-Palatinat l’ont gardé comme jour férié. Il n’est férié que dans quelques communes de la Saxe (district de Bautzen) et dans les communes à majorité catholique de la Thuringe.




Hüfingen Forêt Noire

(www.pi-news.net
)





(www.diepresse.com)



 


2.  L’Assomption

La fête de l’Assomption (15 août), Mariä Himmelfàhrt, est la fête mariale par excellence. Ce jour-là, l’Eglise Catholique célèbre la montée au ciel de Marie, la mère du Christ. Fêtée dès le VIII° siècle, l’Assomption de Marie a été définie comme dogme, c’est-à-dire comme vérité de la Foi, en 1950, par le pape Pie XII.

La Vierge, au terme de sa vie terrestre, serait directement montée au Ciel, corps et âme, sans connaître la corruption physique de son corps par la mort.
L’Assomption est célébrée officiellement en France depuis 1638, depuis que le roi Louis XIII eut consacré le royaume de France à la Vierge Marie pour la remercier de lui avoir donné un fils, le futur Louis XIV, après 23 années de mariage infructueux. Le roi avait aussi demandé à l’Eglise d’organiser ce
jour-là des processions  dans tout le royaume en l’honneur de Marie.


Avant l’établissement de la République en France, le 15 août était jour de fête nationale et chômé. Il ne fut remplacé qu’en 1880 par le 14 juillet, mais resta jour férié.

La fête de l’Assomption, située après la fenaison et la moisson, est également l’occasion de remercier le Ciel pour les récoltes engrangées. C’est pourquoi, pendant la grand’messe, le prêtre bénit le bouquet de plantes aromatiques, appelé "Wìrzwìsch".

Des processions sont toujours organisées le 15 août en France, notamment à Lourdes, mais aussi dans d’autres pays catholiques. Ce sont en général, dans les villages, des processions aux flambeaux qui se dirigent depuis l’église jusqu’à la reproduction de la grotte de Lourdes.

A Kalhausen, la procession du 15 août avait lieu l’après-midi, après les vêpres, et se dirigeait vers un autel-reposoir dédié à la Vierge. Cet autel, semblable à ceux de la Fête-Dieu, servait de reposoir, non pour l’ostensoir, mais pour la statue de la Vierge qui était promenée dans les rues du village.

Cette fois, la procession n’empruntait pas, au sortir de l’église, les mêmes rues que celle de la Fête-Dieu, mais d’autres rues, la rue des fleurs, puis celle des roses (de Wélschebèrsch). La procession n’avait pas non plus le même faste que celle de la Fête-Dieu : il n’y avait pas de dais pour le prêtre, pas de pétales de fleurs projetés, ni les rues ni les maisons n’étaient décorées.

Les filles qui avaient fait leur grande communion cette année-là portaient la statue de la Vierge, pendant la procession, sur une espèce de brancard.
Des prières étaient récitées et des cantiques en l’honneur de Marie chantés aux autels-reposoirs, pendant que la statue de la Vierge était posée provisoirement sur l’autel.


L’ autel se trouvait, après guerre, dans la rue des roses, au niveau de la maison Adam Muller (actuellement n° 23 Yvonne Dellinger, Rudolfs). Plus tard, après 1954, il fut repris par Adolphe Lenhard. Il était érigé soit devant le garage de sa maison (actuellement n° 20 Nicolas Thaller), soit directement sur la chaussée et regardait dans ce cas vers le bas de la rue.

Les personnes qui montaient cet autel étaient les familles Adolphe Lenhard (Schààcks Àdolf) Auguste Muller (Muurés) et Albert Borner (Joolés). Ce sont surtout les femmes qui s’occupaient de l’autel. Mathilde Muller (Muurés Màdill) achetait chaque année quelques grappes de raisin qui servaient de décoration et qu’elle fixait tout autour de l’image de la Vierge. Ce raisin était dégusté par les personnes présentes, après le démontage de l’autel.

 


Maison Adam Muller.
L’autel est rudimentaire, comparé à ceux de la Fête-Dieu.
En aube blanche et un voile sur la tête, les filles de la Grande Communion.
On reconnaît le curé Ichtertz.





  Adolphe Lenhard.
L’autel est placé devant le garage du 20 rue des roses.

 




Marie Denise Lenhard et Lucie Rimlinger en 1967.

L’autel est placé sur la chaussée.



Avec l’arrivée de l’abbé Zapp, en 1983, des processions aux flambeaux furent organisées en soirée, de l’église vers les reproductions des grottes de Lourdes dans les différents villages de la communauté de paroisses AEKS (Achen, Etting, Kalhausen, et plus tard Schmittviller).

Chaque année, une autre paroisse organisait le culte marial à l’église, suivi de la procession vers la grotte. Le roulement s’étendait au début sur 3 années.


Les villages d’Achen, d’Etting et de Schmittviller ont l’avantage de posséder une reproduction de la grotte des apparitions, mais non Kalhausen. Pour l’occasion, les fidèles érigeaient donc, dans la cour de l’école mixte de la rue de l’abbé Albert, une grotte éphémère, dans le même style que les autels
de la Fête-Dieu. Cette grotte sera délocalisée plus tard au terrain de football et érigée contre les vestiaires. Il y avait là un espace plus important pour contenir tous les fidèles et le démontage de la construction n’était plus obligatoirement nécessaire le soir même, contrairement à la grotte de la cour de l’école.

Toute une équipe de bénévoles se mettait à l’œuvre pour cette construction sous la responsabilité de René Laluet (des hommes : Claude Freyermuth, Gérard et Joseph Rimlinger, Gabriel Freyermuth, Alfred Brechenmacher, André Fischer, Eugène Freyermuth, Josy Karmann, Marcel List… mais aussi des femmes : Blanche List, Marie Antoinette Freyermuth, Gabrielle Vogel…)

La veille, il fallait couper des mais dans la forêt du Mihlewàld, pour former l’arrière-plan, et passer dans le village avec un tracteur attelé d’ une remorque pour rassembler des pots de fleurs chez des particuliers. La grotte était montée l’après-midi de la fête. Une structure de bois servait de support et du papier de roche figurait le rocher de la grotte de Massabielle. Des guirlandes de lierre et des fleurs décoraient le tout. Un tapis de sciure, encadré de nombreux lumignons, s’étalait devant la grotte.

Les statues de la Vierge et de Bernadette avaient été prêtées par Clément et Gabrielle Vogel et provenaient de l’ancien autel de la Fête-Dieu.

La procession aux flambeaux partait de l’église après l’office marial et chaque fidèle portait un cierge allumé garni d’une bobèche en papier. Elle se dirigeait par la rue de la montagne (de Guggelsbèrsch) et la rue des mésanges (de Schbàtzenéck) vers l’école. Plus tard, elle se dirigera directement vers le terrain de football en empruntant la rue de la libération (de Làngenéck)

Les nombreux cierges placés devant la grotte et les petites lumières encadrant le tapis de sciure illuminaient la cour de l’école et donnaient un air féérique à la manifestation.



 


Après les prières et les cantiques en l’honneur de la Vierge, (Salve Regina) la procession regagnait l’église pour la fin de l’office.


Petite anecdote : il était impossible de trouver à Sarreguemines et dans les environs tous les rouleaux de papier de roche nécessaires à la construction de la première grotte, en 1984, surtout au mois d’août où les magasins ne proposaient pas encore cet article. Il fallut se déplacer jusqu’à Metz pour s’approvisionner en papier de roche dans un magasin spécialisé.

Cette procession aux flambeaux a toujours lieu de nos jours, à tour de rôle, dans les villages de la communauté de paroisses AEKSW, mais plus à Kalhausen, dépourvu de grotte de Lourdes.
 


1984. Marie, mère de Dieu, Mère des hommes.







1987




 
La construction de la grotte a eu lieu 2 fois dans la cour de l’école, puis 1 fois, en 1990, sur le parking de la salle socio-éducative.

3.  La fête du Scapulaire


La fête du Scapulaire, "Schapplìerféscht", appelée aussi fête de Notre-Dame du Mont Carmel faisait partie jadis des grandes fêtes religieuses du calendrier liturgique. Elle était dignement fêtée au village, car il y existait une confrérie du scapulaire.

L’ordre de Notre-Dame du Mont Carmel trouve son origine en Palestine, au Mont Carmel, où des ermites construisirent une chapelle dédiée à la Vierge.
En 1251, le supérieur de l’Ordre des Carmes, saint Simon Stock, eut la révélation que la Vierge lui demandait de porter le scapulaire, comme signe
de sa protection.


Le scapulaire était à l’origine un tablier de travail porté par certains moines, puis il fit partie de leur habit religieux, sous la forme de 2 pans d’étoffe portés l’un sur la poitrine et l’autre dans le dos et tombant jusqu’aux pieds. Il a ensuite été "miniaturisé" pour être porté par des laïcs, sous les habits, sous la forme de 2 petits morceaux d’étoffe de laine réunis par un cordon et accessoirement ornés d’images pieuses. Pour des questions de commodité, l’Eglise a toléré son remplacement par une médaille de Notre-Dame du Carmel.



wikipedia.org








www.laportelatine.org

       
Les jeunes gens ayant fait leur Profession de foi ou Grande Communion dans l’année se voyaient imposer le scapulaire lors de la fête de Notre-Dame
du mont Carmel (16 juillet) ou du dimanche suivant la fête, si elle tombait en semaine. (communication de Blanche List)


Ce jour-là, une grande procession avait encore lieu, l’après-midi, après les vêpres et se dirigeait vers un autel-reposoir érigé sur la chaussée, dans la partie supérieure de la rue de la montagne, le "Guggelsbèrsch". L’autel était l’œuvre de la famille Lohmann Nicolas. La statue de la Vierge était aussi portée par les jeunes filles de la communion. Au retour, après la halte à l’autel-reposoir, ce sont les enfants de chœur qui portaient le brancard avec la statue.

Le curé Ichtertz avait quelques problèmes avec les jeunes gens qui préféraient souvent à la procession le match de football qui se jouait un peu plus loin, au terrain de la "Pàffedéll". Il les tançait ouvertement du haut de la chaire, le matin, lors de la grand’messe. (communication de François Freyermuth)
 
B.  Les processions de demandes

La fête de la Saint Marc (25 avril) et les Rogations (semaine de l’Ascension) avaient jadis une signification particulière pour le monde rural, car elles étaient des demandes de bénédiction pour les récoltes futures. Ces deux fêtes comportent de nombreuses similitudes dans leur signification et leur déroulement.

1. La Saint Marc

La procession de la saint Marc a été instituée en 590, par le pape saint Grégoire-le-Grand, pour conjurer une épidémie de peste qui ravageait Rome.
Son but était de faire pénitence, de prier pour apaiser la colère divine et de demander de protéger les fruits de la terre.


La saint Marc est devenue au fil des siècles un moment-clé de la vie rurale, un passage forcé pour les croyants qui attachaient beaucoup d’importance
aux prières de supplications de la fête.


Concrètement  la procession, qui précédait  la messe, avait pour but d’invoquer la bénédiction divine sur les semailles qui venaient tout juste de se terminer et de prier le Ciel en vue de récoltes suffisantes pour pouvoir nourrir hommes et bêtes.

L’office avait lieu dès 6 h 30 du matin, avant la journée de travail. Tous les habitants prenaient très à cœur cette procession de demandes, jeûnaient ce jour-là et essayaient de faire leur possible pour assister au moins à la procession. Pour les agriculteurs, les ménagères et les enfants d’âge scolaire, il n’y avait pas de problème : la traite du matin ainsi que les autres travaux agricoles auraient un peu de retard et l’instituteur, qui d’ailleurs participait également à l’office, ouvrirait l’école un peu après 8 h.


Pour les ouvriers devant prendre l’autocar ou le train pour se rendre sur leur lieu de travail, c’était différent. Ils fournissaient l’effort d’assister à la procession, mais faisaient ensuite l’impasse sur la messe.

Selon le bon gré du curé, le trajet de la procession empruntait  indifféremment une rue du village et se dirigeait ensuite vers une croix des champs pour y faire demi-tour et revenir à l’église. La litanie des saints et des psaumes étaient priés pendant le parcours.

Il faisait encore bien frais le matin, surtout pour les garçons en culottes courtes ou pour les filles en robes. Cette procession traditionnelle a été abandonnée, comme les autres processions, dans les années 70, pour diverses raisons (vie moderne, difficultés de circulation, pénurie de prêtres, surcharge de travail…).

   
2. Les Rogations ou Bittprozessione

Les jours des Rogations, "Bittdàà", se situent dans le calendrier liturgique, le lundi, le mardi et le mercredi précédant la fête de l’Ascension.
Le terme "rogation" se rattache au verbe latin "rogare" qui signifie demander. Les Rogations sont donc des moments de demandes, de prières, de suppliques.


Elles auraient été instaurées, semble-t-il, en 470, par saint Mamert, alors évêque de Vienne, dans le Dauphiné. Ce dernier, suite à une série de catastrophes naturelles, décida d’organiser un jeûne et une procession solennelle de pénitence les 3 jours avant l’Ascension. Cette pratique se répandit dans toute le France, suite à une prescription du concile d’Orléans en 511. En 816, le pape Léon III adopta les Rogations pour Rome et bientôt elles s’imposèrent à l’Eglise entière.

Les Rogations sont donc aussi à l’origine, des prières de supplication destinées à implorer la bénédiction du Ciel sur toute la vie de l’Eglise. Elles sont devenues au fil du temps, principalement à cause de l’époque de l’année où elles se déroulent, et à cause des menaces de famines aux siècles derniers, des prières pour demander l’abondance des futures récoltes.

Elles sont ainsi également devenues un moment-clé de la vie rurale, et toute la communauté paroissiale y attachait aussi beaucoup d’importance. Traditionnellement, la procession et la messe se tenaient aussi tout au début de la journée, pour ne pas faire perdre leur jour de travail aux agriculteurs et aux ouvriers.

Les enfants des écoles y participaient également. L’office commençait aussi dès 6h 30 du matin et débutait par la procession. Le jeûne était aussi obligatoire pendant les 3 jours de prières.


Pour ne pas risquer d’oublier de bénir une partie du ban de la commune, la procession changeait de parcours chaque jour et prenait une autre direction, par allusion aux 4 points cardinaux. Il n’y avait pas d’ordre préétabli et la destination variait aussi selon le bon vouloir du curé.

Tout au long du parcours de la procession, le prêtre ne cessait d’asperger d’eau bénite les champs et les prés, dans l’espoir d’une bonne récolte.
La procession allait un jour en direction de Hutting, par le Guggelsbèrsch, et faisait demi-tour au niveau de la croix Hoffmann-Murer (Schàndersch Kritz)

Un autre jour, elle pouvait aller par le "Làngenèck" (rue de la libération) jusqu’au croisement où se situe la croix Metzger.

Enfin, un autre jour, elle allait dans le "Hohléck" (rue des jardins) jusqu’à la croix de 1741 ou plus loin, jusqu’à la croix Mourer.

Pendant toute la procession, la chorale chantait la litanie des saints en latin et les fidèles répondaient inlassablement "Ora pro nobis" (prie pour nous) ou, au pluriel "Orate pro nobis" (priez pour nous), ainsi que  "Te rogamus, audi nos" (nous te supplions, écoute-nous).

Les Rogations, comme les autres processions, n’ont plus été célébrées après le concile Vatican II. Elles n’ont pourtant pas été supprimées et les évêques ont, chacun dans leur diocèse, le loisir de les organiser comme bon leur semble.

Dans la pratique, les Rogations ont presque complètement disparu, victimes de la vie moderne. Pourtant certains prêtres ruraux tentent de remettre en vigueur cette ancienne tradition, en organisant des prières et des processions de requêtes, en période de sècheresse, de trop grandes pluies ou tout simplement pour bénir les champs.

Tout près de nous, à Grosbliederstroff, une procession de Rogations sur les 3 est remise au goût du jour le lundi précédant l’Ascension et elle réunit les prêtres et les fidèles de la paroisse ainsi que ceux de Kleinblittersdorf, en Allemagne. Cette procession ne veut pas seulement être une démarche de demande de bénédiction sur les récoltes, mais aussi une manifestation d’amitié transfrontalière et un moment de convivialité, puisqu’elle se termine par un petit-déjeuner pris en commun. L’office se tient alternativement d’une année sur l’autre en France et en Allemagne.



 
(Le Républicain Lorrain. 13.05.2015)


  Les cortèges religieux

1. La Grande Communion ( de gross Kommion)

Le jour de la Grande Communion, appelée aussi Renouvellement des vœux de baptême, un cortège conduisait les communiants, accompagnés parfois de leur parrain et de leur marraine ainsi que des fidèles, depuis le presbytère jusqu’à l’église.

L’accueil des communiants par le prêtre se faisait solennellement devant la porte du presbytère en présence des parrains et marraines des communiants, de la chorale et des paroissiens. Ensuite la communauté accompagnait solennellement les communiants jusqu’à l’église.
Cette pratique a également disparu de nos jours, puisque la Grande Communion a été délaissée.

 





  Communion solennelle
  Début des années 1960
 
 
2. La Confirmation (de Fìrmùng)

Le jour de la Confirmation était aussi un évènement important dans la vie de la paroisse, car elle accueillait avec faste l’Evêque du diocèse.

La Confirmation est un sacrement, c’est-à-dire un rite du culte catholique, revêtu d’une dimension sacrée, qui consiste à oindre d’huile sainte une personne baptisée, pour qu’elle reçoive le don du Saint-Esprit et soit témoin du Christ. Elle est donnée, en général par l’Evêque, à des adolescents.

L’Evêque était accueilli solennellement par la paroisse (le curé, la chorale, le conseil de fabrique et les fidèles) et par les autorités civiles (le maire et le conseil municipal). Un arc de triomphe avait été dressé dans le rue de la gare et lui souhaitait la bienvenue.

Le dimanche, avant la messe, toute la paroisse se rassemblait devant le presbytère : en premier lieu les futurs confirmands avec leur parrain et leur marraine, puis le prêtre de la paroisse et l’Evêque, la chorale, les pompiers en grande tenue et enfin les fidèles.

Le court trajet entre le presbytère et l’église était pavoisé avec de petits drapeaux aux fenêtres des maisons. Un arc de triomphe était dressé au-dessus de la rue et la chaussée était balisée au moyen de guirlandes, comme lors de la Fête-Dieu.

Le cortège, enfants de chœur en tête, gagnait ensuite l’église pour la grand’messe solennelle.
La confirmation a lieu actuellement alternativement chaque année, dans une des églises du regroupement de paroisses et elle est toujours conférée par l’Evêque, sinon par le vicaire épiscopal.
 


1958. Les enfants endimanchés quittent l’église et se dirigent vers le presbytère pour accompagner  l’Evêque et les confirmands.



1958. Accueil de monseigneur Paul Joseph Schmitt, Evêque de Metz. La rue de l’abbé Albert est décorée et un arc de triomphe a été dressé.



3. Les obsèques (de Beèrdischùng)

Jadis, l’on mourait à la maison et le jour des obsèques, le corps du défunt était solennellement conduit à l’église par le prêtre et la communauté paroissiale.

Le curé revêtu d’une chape noire et portant la barrette, les enfants de chœur en soutanelle et cape noires quittaient l’église lorsque les cloches sonnaient le glas et annonçaient la messe de funérailles. L’un des servants de messe portait la croix des funérailles, un autre le bénitier avec le goupillon et un troisième l’encensoir. Ils se rendaient au domicile du défunt pour l’accompagner à l’église.

Le cercueil, entouré des porteurs qui étaient le plus souvent des voisins du défunt et placé sur le petit corbillard municipal, une sorte de carriole, qu’on devait pousser, attendait devant la maison. La famille et les paroissiens se tenaient également là. Après l’accueil par le curé, la bénédiction et un coup d’encensoir, tout le cortège se mettait en route pour l’église. Pendant le trajet, le prêtre et le chantre entonnaient des cantiques de l’office des morts, tels que le "Dies irae" ou le "Miserere".

A la fin de la messe, le même cortège se déplaçait de l’église vers le cimetière en chantant "In Paradisium", pendant que les cloches sonnaient le glas.

L’ordre du cortège était immuable : en tête, un enfant de chœur portant la croix, puis les autres enfants de chœur portant le bénitier et l’encensoir, le prêtre, le cercueil et les porteurs poussant le corbillard, les enfants portant les couronnes et gerbes de fleurs, les garçons et les hommes, enfin les filles et les femmes.

        


Enterrement de l'abbé Albert en 1945







 
Enterrement de Denis Proszenuck en 1974


De nos jours, seul subsiste ce dernier cortège, de l’église vers le cimetière. Les agents des pompes funèbres ont remplacé les porteurs de jadis, le prêtre ne porte plus les habits sacerdotaux excepté l’étole, les enfants de chœur ne sont plus là, les couronnes et gerbes de fleurs sont chargées dans le corbillard motorisé… Seule reste du cortège de jadis la ferveur collective de cet évènement communautaire que sont encore les funérailles dans un village.


Conclusion

De nos jours, toutes les processions, manifestations publiques de foi et de piété, telles qu’elles ont été décrites dans cet article, ont disparu dans le village. Les cortèges religieux non plus ne sont plus d’actualité pour diverses raisons. Les pratiques liturgiques ont évolué, tout comme la religion.
Si ces traditions étaient avant tout des manifestations de foi, elles jouaient aussi un rôle de ciment social, car elles réunissaient autour d'un même thème, plusieurs fois dans l'année, toute la communauté villageoise en dehors de l'église.

Pourtant, dans certaines contrées plus attachées aux traditions et à la religion, quelques processions se maintiennent ou ont été remises au goût du jour. On ne peut que se féliciter de ce renouveau des traditions, bien que la frontière entre folklore, tourisme et ferveur religieuse soit difficile à cerner.

Gérard Kuffler


Septembre 2015