conseil_de_fabrique_et_location_des_bancs


La location des places de bancs dans l’église


Etude d’une pratique révolue



Il est utile d’expliquer au départ le fonctionnement matériel de la paroisse et de décrire le rôle du conseil de fabrique.


 

Vue du centre-village.
Années 1960-1970.


Le conseil de fabrique

Dans les départements d’Alsace-Moselle, le conseil de fabrique assure la gestion financière de la paroisse. C’est un organisme de droit public et non une association. Il est doté d’une personnalité juridique et peut recevoir des financements de l’Etat et des collectivités locales. De ce fait, sa gestion est soumise au contrôle de l’Evêché et des pouvoirs publics.

Le conseil de fabrique est créé par un décret de Napoléon Ier en 1809 qui fait suite au Concordat signé entre l’empereur et le pape et qui règle les rapports entre l’Etat Français et le Vatican.

Le conseil de fabrique est supprimé en France lors de la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Mais à cette date, l’Alsace-Moselle est annexée à l’Allemagne et le conseil de fabrique continue donc d’exister dans les départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Il sera maintenu en 1919 et se trouve être aujourd’hui une des particularités du droit local.

Le conseil de fabrique des petites paroisses est composé de 5 membres qui sont cooptés, c’est-à-dire élus par les membres du conseil, et agréés par l’Evêque.

La durée du mandat est de 6 ans, renouvelable deux fois, soit en tout 18 ans. Au sein du conseil de fabrique fonctionne un bureau comprenant le président, le secrétaire et le trésorier. C’est le bureau des marguilliers.

Le maire de la commune et le prêtre desservant sont membres de droit du conseil. Les réunions ordinaires sont au nombre de 4 pour l’année, soit une par trimestre. Les membres du conseil de fabrique sont parfois appelés "fabriciens" dans les anciens registres des délibérations.

Dans les autres départements français, la gestion matérielle de la paroisse est effectuée par un Conseil Paroissial pour les Affaires Economiques (CPAE) dont le curé est le président. Cet organisme n’est pas une association loi 1901, mais une institution d’Eglise qui doit appliquer les règles du Droit Canon. Le CPAE a les mêmes prérogatives que le conseil de fabrique. Il ne peut pourtant recevoir aucune subvention de l’Etat ni de la commune.


Le rôle du conseil de fabrique

Le conseil de fabrique a pour rôle de gérer tous les biens matériels de la paroisse ainsi que les revenus et dépenses de fonctionnement de l’église et parfois du presbytère, s’il est sa propriété. Chaque année, au dimanche de Quasimodo (dimanche suivant Pâques), le conseil de fabrique approuve le compte annuel écoulé et prépare le budget de l’année en cours.


Les revenus de la fabrique

Le conseil de fabrique encaisse
-    le produit des quêtes ordinaires faites lors des offices et des quêtes extraordinaires faites au cours de l’année
-    le produit des biens immobiliers (1), des comptes bancaires, des titres de placement
-    les droits pour les messes, les mariages, les enterrements, appelés des "offrandes"
-    les dons des particuliers
-    les subventions

Il est à noter qu’aucun droit ne peut être perçu pour l’entrée à l’église.

Les dépenses de la fabrique

Le conseil de fabrique règle :

-    les frais nécessaires aux célébrations cultuelles (hosties, vin de messe, cierges, encens, vêtements sacerdotaux, livres de chants et de prières,
     publications, mobilier, accessoires…)

-    les frais liés à l’église : chauffage, électricité,  eau, fleurissement,  sonorisation, entretien des cloches…
-    les vacations de l’organiste, du sacristain, de l’agent d’entretien et du prêtre (2)
-    les travaux d’entretien intérieur et d’embellissement, de réparations courantes de l’église et parfois du presbytère
-    les assurances des biens et personnes ainsi que les risques civils
-    les frais d’entretien des biens immobiliers (le presbytère dans certaines communes)
__________________
(1) Le Presbytère de Kalhausen appartient à la paroisse et non à la commune. De ce fait le conseil de fabrique en assure l’entretien et le loue à des particuliers.
(2) En Alsace-Moselle, les prêtres, tout comme les pasteurs et les rabbins, sont des fonctionnaires publics percevant un traitement de l’Etat. Pour certains offices, le prêtre touche
     en plus des frais de vacation payés par la fabrique.




La location des bancs

Jusqu’à 1854

Autrefois la plus grande part des recettes du conseil de fabrique provenait de la location des bancs et des fondations.

En fait, cette pratique de location ou de vente des places dans l’église découle d’un usage qui s’est mis en place progressivement au cours des siècles et qui consistait à concéder des places aux paroissiens dans le but de créer des revenus pour l’église. Cette coutume est devenue ainsi au fil du temps un droit et nul ne pouvait occuper autrefois une place dans l’église, s’il n’avait obtenu auparavant un titre du conseil de fabrique.

C’était un moyen, parmi d’autres, pour faire rentrer de l’argent dans la caisse de la paroisse afin de pouvoir régler les frais de fonctionnement courants, mais aussi de permettre des investissements en mobilier, ornements et vêtements sacerdotaux.

Nous laisserons de côté les interrogations que l’on pourrait se poser sur le bien-fondé de la location des places dans l’église (égalité devant Dieu,
gratuité de l’assistance aux offices, disparités financières entre les paroissiens…) pour nous consacrer uniquement à la partie historique.


Cette pratique courante dans les paroisses existait déjà à Kalhausen, avant la Révolution Française, pour preuve les comptes des revenus et rentes de 1785-1786 présentés par Philippe Brach en qualité de receveur de la chapelle de Kalhausen, annexe d’Achen, où on peut lire ceci :

" Pour les places dans les bancs de l’église relaissés à différents particuliers suivant l’adjudication du treize août 1786, reçu vingt-deux livres."

Une enquête diligentée par l’Evêque de Metz le 18 octobre 1807 et à laquelle répond le curé Nicolas Kremer en date du 25 novembre suivant nous apprend ceci : "Cette église n’a plus ni biens, ni rentes…La fabrique n’a pour le moment d’autres revenus que 3 F d’une fondation, le produit de quelques bancs et celui de la quête qu’on fait à l’église pour les défunts tous les dimanches et fêtes… Il existe des bancs. Il y a 4 ans qu’ils ont été vendus à vie et place par place."

Il s’agit donc à cette époque d’une vente définitive des places et non d’une location annuelle, comme cela se pratiquera plus tard.

Le curé Kremer continue et détaille les modalités de vente de ces places dans l’église.

"Les principales conditions de la vente sont que :

1° après la mort de chaque personne, sa place retournera à la fabrique, sans que les parents du défunt ou de la défunte puissent s’en emparer,
2° ceux qui se marient hors de la paroisse perdront leur place après l’espace d’un an,
3° ceux qui quitteront la paroisse avec leur ménage perdront leur place après deux ans d’absence,
4° ceux qui loueront une ferme hors de la paroisse conserveront leur place leur premier bail durant,
5° ceux qui quitteront pour garder quelque troupeau dans une autre paroisse conserveront le droit à leur place tant qu’ils n’auront point ailleurs un
    domicile stable

6° ceux qui seront absents en qualité de militaires, domestiques ou garçons de métier conserveront leur place tant qu’il aura lieu d’espérer leur retour.
7° Toute place vacante pour une  raison quelconque retournera à la fabrique.

De cette vente il reste encore dû 300 F que je ferai rentrer dès que les marguilliers seront en fonction.
La fabrique a depuis recouvré 46 places que je fais louer pour un an, le lundi de Pentecôte, à condition cependant que chaque locataire est le maître de conserver sa place tant qu’il lui plaira en payant le loyer annuellement et à la même époque. Cette location a produit 51 F."

Apparemment le curé Kremer change de système : de la vente des places, il passe à la location annuelle des places vacantes. Le procédé est plus souple et plus facilement acceptable par les paroissiens qui n’ont plus besoin de payer une forte somme en une fois, mais désormais une petite somme chaque année. Le locataire garde pourtant sa place tant qu’il le désire et renouvelle chaque année sa location.

Le curé espère par ce moyen renflouer la caisse de la fabrique qui manque considérablement de moyens financiers à cette époque. Mais il n’explique pas les modalités de location des places.

C’est ce système de location annuelle qui sera en usage dans la paroisse jusqu’en 1945, mais avec une adjudication publique et donc possibilité de perdre sa place en cas de surenchérissement d’un tiers. Ce qui était toujours envisageable en cas de rivalité entre deux personnes.

Le registre des délibérations, inauguré par l’entrée en fonction du curé Staub, le 21 septembre 1842, mentionne chaque année, entre autres, les recettes créées par la location des bancs. Ainsi le conseil de fabrique, réuni au presbytère, après les vêpres, le dimanche de Quasimodo 1843, approuve la recette de 630 F (soit 1 593 euros environ), provenant de la location des bancs de 1842, ce qui représente 63% des recettes totales de la fabrique. (3)

____________________
(3) L’exercice comptable  annuel se déroule sur deux années civiles, à partir du dimanche de Quasimodo, il est approuvé chaque année par la réunion traditionnelle qui se tient ce dimanche-là. Le montant de la location des bancs, qui a eu lieu l’année précédente, se trouve dans la partie recettes.


 





Cette location des bancs se faisait à l’église, par adjudication publique, au plus offrant et dernier enchérisseur. Elle avait lieu chaque année au mois d’octobre.
Comme la location des bancs était une source importante de revenus pour la fabrique, on mettait un soin tout particulier à la tenue d’un registre où étaient notés les noms des adjudicataires, la somme payée pour la place et surtout le numéro du banc ainsi que le numéro de la place. Ce registre était en principe tenu par le trésorier de la fabrique, mais en fait par le curé, plus apte à savoir écrire.

Pendant la construction de la nouvelle église paroissiale en 1846 et 1847, il n’y a pas de recettes provenant de la location des bancs. La première location des bancs de la nouvelle église, en 1848,  rapporte la somme de 475 F (environ 1 201 euros).

Le curé Staub avait pris quelques libertés de gestion pendant cette période critique et le conseil  ne put présenter de compte de gestion pour les années 1851 et 1852. Les comptes de la paroisse furent alors minutieusement examinés par les autorités diocésaines. L’évêché décida de remettre de l’ordre dans la gestion du conseil de fabrique en nommant un nouveau conseil le 3 avril 1853 et en remplaçant le curé Staub par l’abbé Brunagel, entré en fonction le 1er août.

 

Code des couleurs :

 Violet : Recette totale
 Bleu   : Poids de la recette des bancs dans le montant total des recettes


La première location des bancs, sous le ministère du curé Brunagel,  eut lieu normalement le 9 octobre 1853, premier dimanche du mois, à l’issue des vêpres, et rapporta la somme de 569 F 50 centimes. (1 440 euros)



De 1854 à 1945

Après l’installation d’un nouveau conseil de fabrique et d’un nouveau curé, il fallait aussi mettre en place un cadre strict pour la location des bancs. C’est pourquoi une  réunion exceptionnelle du conseil de fabrique eut lieu le 17 septembre 1854, par autorisation spéciale de Monseigneur Dupont des Loges, Evêque de Metz, avec pour ordre du jour la rédaction d’un "cahier des charges de la concession des places dans les bancs" qui ne compte pas moins de 11 articles.

Art.1er L’église contient à la disposition des fidèles quarante-six bancs dans la grande allée et quarante-neuf bancs dans les deux petites allées, les uns comme les autres numérotés par séries. Il y a huit places dans chaque banc de la nef et trois dans chaque banc des collatéraux. Toutes ces places au nombre de 515 seront mises en adjudication le troisième dimanche d’octobre à l’exception des deux premiers bancs de chaque côté de la grande nef qui sont réservés pour les fabriciens et les chantres.

Art.2 Les places seront concédées à titre de bail valable pour une année.

Art.3 Les enchères seront ouvertes sur une mise à prix de vingt-cinq centimes (ndlr 0,63 euros). L’adjudication sera faite au plus offrant et dernier enchérisseur et moyennant une redevance payable d’avance entre les mains du trésorier de la fabrique.

Art.4 A défaut de paiement de cette redevance, la place sera considérée comme abandonnée par le concessionnaire et louée de nouveau.

Art.5 La location est résiliée en outre de plein droit et sans indemnité en cas de changement volontaire de résidence hors de la paroisse pendant un an et en cas de décès de l’adjudicataire. Les places ainsi devenues vacantes seront immédiatement remises en adjudication par les soins du bureau.

Art.6 Il ne sera fait de concession de place qu’aux seuls habitants de la paroisse et nul ne pourra devenir concessionnaire de plusieurs places, si ce n’est le chef de famille, lequel a seul le droit de se faire adjuger une place pour lui et une pour chacune des personnes de sa maison.

Art.7 Ne sont point admis comme concessionnaires de places les enfants qui n’auront point fait la première communion, auxquels d’ailleurs une place particulière est assignée à l’église.

Art.8 Les concessions sont toutes personnelles et ne confèrent pas au concessionnaire le droit  ni de sous-louer ni de faire occuper habituellement leur place par d’autres.

Art.9 La fabrique ne garantit aux concessionnaires la jouissance de leurs places que pour les seuls offices paroissiaux et la concession n’empêche pas qu’au besoin les places concédées restent libres pour les catéchismes, confirmations, exercices de confrérie, mariages, enterrements.

Art.10 Les concessions consenties par la fabrique ne font point obstacle aux dispositions qui pourraient être prises par M. le curé ou prescrites par l’autorité diocésaine, soit pour maintenir, soit pour opérer au besoin la séparation des sexes à l’église, non plus au changement que la même autorité jugerait devoir apporter ou consentir dans le placement ou la distribution des bancs, ainsi que l’article 30 du décret règlementaire lui en reconnaît le droit. Seulement, si ces changements causaient un préjudice notable au concessionnaire, celui-ci aurait la faculté de renoncer à la concession, mais sans pouvoir prétendre à une indemnité.

Art.11 Le conseil de fabrique autorise le bureau des marguilliers à régir conformément aux art. 66-68-69 et 70 du règlement la location des dites places aux charges, clauses et conditions ci-dessus, lesquelles serviront à l’avenir de règle au bureau tant qu’elles n’auront pas été modifiées par le bureau.

Dans sa réunion préparatoire à la location des bancs, en date du 17 septembre 1854, le conseil de fabrique s’occupe à "faire le recensement général des places de bancs et prendre les autres dispositions préliminaires à leur location."

Il décide


1° que le registre des concessionnaires de places sera dressé après vérification ainsi qu’il suit : numéros des bancs et des places, noms et qualités des concessionnaires, montant du prix de la place,
2° que l’adjudication aura lieu conformément au cahier des charges le 15 octobre, troisième dimanche du mois,
3° que l’affiche dont la teneur suit sera apposée à la porte de l’église pendant un mois,
4° que M. le curé sera prié de vouloir bien publier cette opération dans l’intervalle au prône des trois dimanches qui précèdent le 15 octobre et donner lecture à chaque publication du cahier des charges ainsi que de l’affiche qui sera affichée.

Le texte de l’affiche est le suivant :

1° Le bureau des marguilliers procèdera le 15 octobre prochain, troisième dimanche d’octobre, à l’adjudication des places dans l’église.
2° Les places seront louées pour une année moyennent une redevance fixée par les enchères et payable d’avance.
3° L’adjudication sera faite au plus offrant et dernier enchérisseur.
4° Les enchères seront reçues vers trois heures de l’après-midi, immédiatement après les vêpres.
5° Le bureau se tiendra à cette fin à l’heure indiquée à l’église et recevra les dernières offres en séance publique.
6° Il ne sera reçu aucune offre inférieure à la mise de prix fixée par le conseil.
7° Le dimanche suivant, si besoin est, il sera procédé à la même heure et de la même manière à l’adjudication des places qui n’auront pas été louées le 1er dimanche ainsi que de celles qui n’auraient pas été payées. Avis de cette seconde adjudication sera donné le même dimanche le matin au prône.
8° Les adjudicaires seront enregistrés comme concessionnaires en titre à moins qu’ils n’aient déclaré que les places qu’ils se sont fait adjuger sont pour d’autres personnes dont ils devront alors déclarer les noms. Cet enregistrement sera fait immédiatement après par les soins du secrétaire.
9° Les concessionnaires entreront en jouissance à partir du jour de l’adjudication.

La première adjudication des bancs selon le nouveau cahier de charges a lieu le 15 octobre 1854 et rapporte les sommes suivantes :

-    135F35 pour le côté de l’Epître (côté des hommes)

-    406F90 pour le côté de l’Evangile (côté des femmes)

Soit un total de 542,25 F (1 371 euros) pour un montant total de recettes s’élevant à 798 F, ce qui représente 67,91% du total.
Désormais une réunion préliminaire à la location des bancs a lieu chaque année en septembre ou au début d’octobre et précise les modalités des opérations (date, cahier des charges). Selon  le conseil de fabrique, l’époque la plus favorable pour la location des bancs est le mois d’octobre.

Jusqu’en 1866, les sommes récoltées sont clairement mentionnées et cela par côté : côté de l’Epître et côté de l’Evangile.

Il apparaît une grande disproportion entre les sommes se rapportant à chaque côté, les sommes rapportées par le côté gauche (les femmes) étant le double, voire le triple de celles rapportées par le côté droit (les hommes).

Cette disproportion ne résulte pas du taux d’occupation des bancs, les bancs sont généralement entièrement occupés aux messes du dimanche et il y a aucune place libre tant du côté des hommes que du côté des femmes. Il faut croire que les femmes donnaient plus que les hommes et de ce fait, les places du côté de l’Evangile étaient plus chères.

A partir de 1867, la mise à prix des places est de 50 centimes (1,26 euros) et non plus 25. Il n’y a aucune somme mentionnée dans le registre des délibérations du conseil de fabrique pour la location des bancs des années 1867 à 1874. Cette location des bancs a pourtant bien eu lieu chaque année.

 

L’année de la nomination de l’abbé Pierron (1875), la location des bancs se fait au mois de novembre. L’abbé Pierron a en effet été installé le 5 octobre
et la location des places ne pouvait matériellement pas avoir lieu à la date habituelle.



 


La "vente" des bancs est étalée cette année sur deux dimanches, le 28 novembre pour le côté des hommes et le 5 décembre pour le côté des femmes. Il en sera de même pour les années suivantes.

La raison en est que l’opération tirait certainement en longueur et que certains paroissiens devaient rentrer à l’heure chez eux pour s’occuper de leurs bêtes.

Les sommes récoltées par la vente des places sont indiquées en 1875 et 1876, et puis il n’y a plus de mention des sommes dans le registre des délibérations, elles sont désormais incluses dans les recettes.

En 1876, la location des bancs rapporte la somme de 1 800 F (4 554 euros), ce qui représente 69,17% des recettes totales se montant à 2 602 F (6 583 euros).


Dans sa séance de Quasimodo 1888 (8 avril) en présence du curé Pierron, le conseil de fabrique relève un abus concernant la location des bancs,
abus "qui tente à s’installer dans la paroisse depuis plusieurs années et qui s’attaque directement aux revenus ordinaires de la fabrique".


"Depuis plusieurs années, il s’est introduit l’abus que les femmes s’entendent lors de la location des bancs pour se mettre trois et quatre pour louer une place qu’elles occupent à tour de rôle. Ce qu’il en résulte, c’est que beaucoup de places restent inoccupées du côté des femmes quoique les bancs n’aient pas de places en suffisance pour la population féminine."

Si certaines paroissiennes en viennent à "tricher", c’est sans doute la conséquence de la pauvreté qui règne dans le village, pauvreté qui a poussé de nombreux habitants à émigrer, soit en France, soit en Amérique ou encore en Algérie.

"Après mûre réflexion", le conseil décide de "remédier à cet inconvénient et statue en se basant sur l’article VIII du cahier des charges relatif à la location des bancs établi en séance régulière à la date du 10 septembre 1854

- que les concessions sont toutes personnelles et ne confèrent pas aux concessionnaires le droit de sous-louer ni de faire occuper habituellement
  leur place par d’autres

- qu’à l’avenir cet article VIII sera remis en pleine vigueur et se charge d’actionner en justice les contrevenants."

Le conseil rajoute que le nombre de places en cause est compris entre 15 et 20 et que la location des bancs rapporte bon an mal an la somme de 1 600 F (4 048 euros).

Cette décision est maintenue l’année suivante. Le successeur de l’abbé Pierron, l’abbé Jean-Michel Albert est installé le 6 octobre 1890.



 

La location des bancs se fait cette année, également pour une question matérielle, au mois de novembre, puis de nouveau en octobre pour les années suivantes et toujours en deux fois.

On parle de " Versteigerung der Kirchenstühle, Stuhlversteigerung, Stuhlvermietung, Stuhlverpachtung", c’est-à-dire adjudication, location des sièges de l’église. L’opération se déroule de nouveau en une fois à partir de 1894. En 1890, la location des bancs rapporte 1 710 Marks (5 065 euros),
ce qui représente 68,20% des recettes totales se montant à 2 507 M.


                                        
                                                                                                                                                   


La curiosité de cet histogramme est le montant élevé des recettes en 1908-1909 (24 431 Marks). Les dépenses s’élèvent pour cet exercice également
à 24 346 Marks. On est en pleine affaire de construction du presbytère et de son rachat au curé par le conseil de fabrique pour la somme de 20 000 Marks.
La période de la guerre est nettement visible, avec une baisse du montant de location des bancs (1 123 Marks en 1914 contre 2 598 en 1913).


En 1899, "le conseil de fabrique constate qu’une grande partie des hommes n’a pas loué de place. Pour quelles raisons ? Il l’ignore."

En 1922, "un certain nombre de jeunes gens n’ont pas loué de place ainsi que quelques femmes."

L’année suivante, "le Conseil de fabrique a constaté avec une vive satisfaction que tous les hommes, à part quelques rares exceptions près ont tous loué une place".
Certainement après une intervention du curé en chaire.

En 1928, le conseil constate encore une fois "qu’un certain nombre de paroissiens et de paroissiennes n’ont pas loué de place." Le problème est récurrent et revient presque chaque année.

En 1930, il concerne "un certain nombre de jeunes filles et non pas des plus pauvres."
En 1931, 1932, 1933, 1934, 1936, il s’agit toujours de plusieurs jeunes gens et jeunes filles et même de quelques femmes qui ne louent pas de place,
"au grand déplaisir du conseil".





L’évacuation en Charente ne permet pas d’organiser la location des places en 1939 et aucune mention concernant cette pratique ne figure dans le registre des délibérations pour la période de la guerre.


Après 1945

La nomination de l’abbé Nicolas Ichtertz, le 11 septembre 1945, sonne le glas de la location des places, telle qu’elle s’est pratiquée selon le cahier de charges de 1854, pendant près d’un siècle.
Un nouveau mode de fonctionnement va se mettre en place et de nombreux amendements auront lieu au cours des années.




 

Le conseil se réunit le 21 octobre 1945 pour fixer les nouvelles conditions de la location des bancs.
Désormais, seules "les places libres par décès ou par le départ de l’intéressé seront louées au plus offrant. Toutes les autres places seront payées à la taxe." Il n’y a donc plus d’adjudication généralisée, mais la fixation d’un barème des prix.

Les places libres sont donc les seules à être soumises à l’adjudication et leur prix est généralement élevé, surtout s’il y a plusieurs amateurs pour une même place.

Ainsi Charles Rimlinger, alors âgé de 21 ans,  paie pour la première fois une place dans le petit banc n°12 au prix de 105 F en 1945, soit 13,16 euros alors que les deux autres places du banc valent chacune 60 F (7,52 euros).

En 1947, dans le petit banc n°25, donc le dernier, Joseph Kormilzin, André Borner et Albert Borner paient respectivement 1 600 F (88,09 euros), 1 100 F (60,56 euros) et 1 000 F (55,06 euros) pour avoir une place. Les années suivantes, ils paieront le tarif normal, soit 500 F (27,53 euros).

Toujours en 1947, Eugénie Aubry-Seltzer paie sa place dans le petit banc n° 13 au prix de 2 000 F (110,12 euros) alors que le tarif normal est de 60 F (3,30 euros).

Le conseil fixe ensuite un tarif pour les bancs, sans distinction pour la taille des bancs (grands ou petits), mais en fonction de l’emplacement des bancs par rapport à l’autel : les bancs les plus chers sont bien sûr ceux du fond de l’église et le tarif est dégressif, par tranches,  selon qu’on s’avance vers l’autel.
Les places des bancs n° 23 à 19 valent chacune 100 F (5,50 euros), celles des bancs 18 à 14 valent 80 F (4,40 euros), celles des bancs 13 à 9 valent 60 F (3,30 euros) et les autres 50 F (2,75 euros). (4)
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(4).    Les places du fond étaient très convoitées et leur prix élevé s’explique par le fait que certains paroissiens préféraient pour diverses raisons personnelles être loin de la vue du curé pendant les offices et surtout près de la sortie. Le conseil maintenait des prix élevés pour forcer ces paroissiens à acquérir des places plus proches de l’autel, mais c’était le plus souvent peine perdue.
Ce tarif élevé pour les places du fond va à l’encontre d’un état de fait existant avant la Révolution qui voulait que plus la place était près de l’autel,
plus sa valeur sociale et monétaire augmentait. Les nobles étaient jadis toujours bien en vue, dans l’église, près du chœur. Dans nos villages, souvent, certains "honorables" paroissiens avaient aussi leur place près de l’allée centrale, à la vue de tous.


Les adjudications devaient être mouvementées et bruyantes à l’église et en prévision de cela, le Saint Sacrement était sorti du tabernacle et conservé provisoirement dans la sacristie, car on risquait de lui manquer de respect.

En 1947, le conseil maintient les prix en vigueur, tout en apportant quelques précisions :

-  du côté des hommes, on mettra 2 bancs supplémentaires,
-  du côté des femmes, on mettra 1 banc supplémentaire.

On louera dans ce banc seulement 2 places, la 1ère étant réservée pour le presbytère. (5)
Comme les jeunes gens et jeunes filles avaient tendance maintenant à s’installer au fond de l’église, le conseil oblige les paroissiens de moins de 25 ans de louer une place dans les 12 premiers bancs. (6)
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(5) Il s’agit de petits bancs et la place réservée pour le presbytère est à disposition de la gouvernante du prêtre, la propre sœur de l’abbé Ichtertz, appelée " ’s Paschdoore Marie." Cette place n’était pas gratuite.

(6) Avec le système de l’adjudication au plus offrant, les places au fond de l’église, donc les plus chères, étaient louées par des paroissiens disposant des moyens de les payer et cela excluait automatiquement les jeunes gens.
 
En 1948, le conseil maintient le règlement instauré depuis 1945, tout en précisant " qu’aucune place n’est louée à des filles en-dessous de 30 ans derrière le 10° banc."

De nouveaux prix sont fixés : 500 F (17,34 euros), 400 F (13,87 euros) 300 F (10,40 euros), 200 F (6,93 euros) et 100 F (3,46 euros) pour les enfants qui ont quitté l’école. Le conseil décide encore de louer les places des Malgré-nous non encore rentrés.

Les prix sont encore augmentés en 1951 : 600 F (14,38 euros), 500 F (11,98 euros), 400 F (9,58 euros) et 300 F (7,19 euros).

Le problème posé par les jeunes filles n’est toujours pas résolu et le conseil doit encore préciser que "les jeunes filles de moins de 25 ans ne pourront pas louer d’autres places" que celles qui leur sont réservées dans les premiers bancs.
Les garçons de 14 ans auront le banc n°4 et ceux de 15 ans le banc n°5. Les filles du même âge auront le banc n°3.

En 1952, le conseil spécifie que "toute place libre est louée." (7)
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(7) Une place devient libre suite à un décès ou un déménagement hors du village. Quand le conseil parle de la louer, il s’agit d’adjudication au plus offrant.


En 1953, le conseil précise de nouveau que "pour louer dans les derniers bancs (n°25 à 13), il faut avoir 25 ans."


En 1956, de nouvelles prescriptions sont données, preuve que le système mis en place en 1945 ne donne toujours pas satisfaction.

Les places libres dans les petits et les grands bancs ne seront désormais plus adjugées, mais, comme les autres places soumises à une taxe fixe.

Cette taxe est fixée à 4 000 F (82,52 euros) dans les 5 derniers bancs, 3 000 F (61,89 euros) dans les 5 suivants, 2 000 F (41,26 euros) dans les 5 autres et 1 000 F (20,63 euros) pour les premiers.

Une règle de priorité est introduite pour la location de ces places libres :

les places sont réservées en premier au fils ou au gendre de la personne décédée, à la fille ou à la belle-fille. Sinon, ces places sont louées à la personne la plus âgée parmi celles qui en ont fait la demande. Toute personne mariée a priorité sur une personne célibataire de moins de 40 ans.
Enfin, pour les jeunes en-dessous de 25 ans et encore célibataires, la règle en vigueur continue à être appliquée.




Lors d’une confirmation dans les années 1960.




En 1958, le conseil fixe les prix ainsi : les 5 derniers bancs à 600 F (10,44 euros), les 5 suivants à 500 F (8,70 euros) et les autres à 400 F (6,96 euros).
Pour les places libres, les tarifs sont dorénavant les suivants : 2 000 F (34,80 euros) par place dans la dernière moitié de la nef et 1 000 F (17,40 euros) pour la première moitié. (8)
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(8) Le conseil a dû faire marche arrière. Il en a aussi profité pour réduire la gamme des tarifs.

Le conseil décide encore que " toutes les personnes n’ayant pas de place paieront la taxe de 400 F ". (6,55 euros)
Une autre clause prioritaire vient encore s’ajouter à celles qui existent déjà : "pour le cas d’une place libre, ont priorité ceux qui paient tous les ans."

Une année plus tard, d’autres précisions sont encore apportées :

" Toutes les places sont libres.
Tout paroissien ayant atteint la quinzième année paie une taxe annuelle de 500 F (6,55 euros).
Cette taxe sera payée chaque année le 3° dimanche d’octobre au presbytère.
Les jeunes en-dessous de 21 ans occuperont les places du 3° au 7° banc et n’iront pas dans les petits bancs.
La dernière place du dernier banc du côté des hommes est réservée à un membre du conseil de fabrique."


En 1963, suite à l’instauration des nouveaux francs, le tarif des places passe à 7 NF (9,75 euros) et l’année suivante à 10 F (13,94 euros).

L’arrivée du curé Antoine Stab, le 10 octobre 1971 n’apporte pas de changements.


 


Le prix unique des places reste à 10 F (10,07 euros), mais le conseil "demande à ceux qui le peuvent de donner davantage."

Cette demande est réitérée en 1975 :" en souhaitant que ceux qui le peuvent donnent une offrande supérieure au tarif minimum établi."

En 1976, le tarif est porté à 15 F (9,35 euros), puis à 20 F (9,44 euros) en 1979 et enfin à 25 F (9,16 euros) en 1981.

L’installation de l’abbé Jean-Marie Zapp, en 1983, comme desservant de la paroisse et responsable d’un secteur paroissial (Achen, Etting et Kalhausen), sera le point de départ de nombreux bouleversements tant dans le fonctionnement matériel de la paroisse et le rôle du conseil de fabrique que dans l’organisation  liturgique.

 


photo Républicain Lorrain

Le système de la location annuelle des places est remplacé par des quêtes à domicile pour le chauffage (au mois de novembre), pour un besoin spécifique (quête des Rois Mages, au mois de janvier), pour la décoration de l’autel de la Vierge (au mois de mai), pour la publication du lien paroissial (à la Toussaint).

Désormais chaque paroissien peut faire un ou plusieurs dons volontaires pour le fonctionnement matériel de la paroisse.

La première quête (celle du mois de novembre) est effectuée à domicile par les membres du conseil de fabrique et n’est pas anonyme puisqu’il y a un talon à remplir en vue de l’obtention d’un reçu fiscal.

Ce reçu fiscal est donné à partir d’un don de 30 euros dans le but d’inciter les paroissiens à faire une offrande au moins égale à cette somme.
Les deux quêtes suivantes se font à domicile également, elles sont effectuées par les communiants de l’année et sont anonymes.
La dernière quête est réalisée à la sortie de l’office de la Toussaint.


Conclusion

Payer sa place de banc dans l’église était considéré par nos ancêtres comme un devoir religieux, tout comme l’assistance aux offices et les indulgences à gagner. Le salut de l’âme dépendait en partie de l’assiduité aux offices, or pour avoir la possibilité d’assister aux offices, il fallait payer sa place.

La plupart des paroissiens avaient de maigres ressources et se faisaient quand-même un devoir d’honneur de louer une place.
Le système actuellement en vigueur est plus respectueux de la liberté individuelle et "n’oblige" plus à donner au nom de la religion et du salut de l’âme. L’Eglise a pourtant toujours besoin de moyens financiers pour mener à bien sa mission.
" Donner à l’Eglise est un moyen de signifier son appartenance et l’intérêt que l’on accorde à sa mission. "
 (Monseigneur Pascal Delannoy, évêque de Saint-Denis
)



 

L’intérieur de l’église. Etat actuel.



Sites consultés pour l’équivalence francs-euros : www.leparticulier.fr et www.histoire-géographie.com    (valeur 2014).

Gérard Kuffler
Avril 2015


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Feuilles du registre de la location des bancs.

12 octobre 1879
En haut, les 8 premiers grands bancs côté des femmes.
En dessous, les 18 premiers petits bancs côté des femmes.




Une page du registre de l’après-guerre concernant
les 6 derniers bancs, côté des femmes.





Page du registre concernant les 13 derniers petits bancs côté hommes